Vers un filtrage pour désengorger les urgences de l'hôpital Emile Roux ?

Par Nathan Vacher sam 25/06/2022 - 06:00 , Mise à jour le 25/06/2022 à 06:00

Entre le manque de personnel sur la période estivale, les surenchères salariales "indécentes" pour les intérimaires ou encore l'engorgement du service pour problèmes qui ne relèvent pas d'urgences, le Centre Hospitalier craint de devoir fermer les portes de son service d'urgences, à moins de mettre en place un système pour filtrer les entrées...

Le centre hospitalier du Puy fait face à une pénurie de médecins urgentistes pour la période estivale. "Les médecins organisent leur temps de travail de cet été et ont recours à des absences justifiées. De manière générale, on observe une pénurie tout au long de l'année qui se cristallise l'été", entame le directeur de l'hôpital, Jean-Marie Bolliet.

"Pour l'heure, nous avons encore quatre jours sans médecins urgentistes sur la période d'été. C'est pour cette raison que l'on réfléchit à mettre en place un système de filtrage la nuit à partir de 18 heures. Les patients devront appeler le 15 avant de venir. Par téléphone, le régulateur détermine si le patient doit se tourner vers un médecin, doit patienter, prendre un rendez-vous par visio-conférence ou s'il nécessite réellement une prise en charge des urgences. Pour les autres, la porte des urgences resterait alors fermée. L'objectif est de réussir à combler ces manques pendant l'été. Dans le cas contraire nous aurons recours à ce système de filtrage."

"Chacun doit revenir à l'origine de sa mission"

Cette pénurie se constate plus que jamais par de nombreuses causes. "On fait face depuis 20 ans à une dérive de plus en plus importante sur le recours aux urgences par ceux qui n'en ont pas besoin. Aujourd'hui, 36% des patients qui viennent nécessitent réellement une urgence. Qu'en est-il des autres ? Ils devraient se rendre chez un médecin de ville. Encore faut-il qu'il y en ait. Sinon, ils attendent la journée du lendemain pour se rendre aux urgences", poursuit le directeur.

En journée, le service d'urgences est composé de sept médecins. Un premier gère l'unité d'hospitalisation de courte urée. Trois autres accueillent les patients. Deux médecins sont présents pour assurer les urgences et déplacements en ambulances. Un dernier traite les appels du 15 par téléphone.

"En dix ans, la population de Haute-Loire a augmentée de 1,7%, le recours aux urgences
de 25%"

Le problème arrive alors à la fin de journée. De nuit, à partir de 18 heures 30, l'équipe se réduit. A la place de sept médecins, il ne sont plus que quatre. "La journée, le service accueille entre 12 et 17 patients par heure. Le problème est que chaque patient reste en moyenne cinq heures. Quand arrive la fin de journée, après l'école, le travail, le sport, le service est engorgé. L'effectif du soir n'est pas suffisant pour gérer les arrivées supplémentaires, bien qu'elles soient au nombre d'une moyenne de deux par heure", détaille le médecin urgentiste Allirand.

Le directeur du Centre Hospitalier complète : "Le problème initial vient du manque d'effectif de médecin de ville. Il faut que chacun retourne à l'origine de sa mission. Nous ne pouvons pas continuer à recevoir des patients qui ont un mal de ventre qui peut attendre le lendemain en journée. En dix ans, la population de Haute-Loire a augmentée de 1,7%, le recours aux urgences de 25%. Si on continue d'admettre ces patients dans notre service, on mettra la vie de ceux qui nécessitent l'intervention des urgences en danger."

"On est suffisamment d'urgentistes pour traiter les urgences, mais pas assez pour continuer de s'occuper du reste"

"On a perdu une organisation par la facilité d'accès aux urgences", constate le médecin Allirand. "Au début, on prenait peu à peu des cas qui n'étaient pas urgents pour dépanner. C'est devenu la pratique facile pour les patients. A l'heure actuelle, on est suffisamment d'urgentistes pour traiter les cas urgents, mais pas assez pour s'occuper du reste. Aujourd'hui, le manque de médecin de ville est le point de départ de notre problème de système de santé. Il faudrait qu'on soit capable de réinjecter des médecins de ville. A l'échelle nationale, un médecin généraliste suit en moyenne 600 à 800 patients. En Haute-Loire, la moyenne est de 1 200."

Jean-Marie Boyer, au centre en costume gris, entouré des professionnels de santé. Photo par Nathan VACHER
Jean-Marie Bolliet, au centre en costume gris, entouré des professionnels de santé. Photo par Nathan VACHER

Une consultation plus onéreuse pour les patients et pour la sécurité sociale

"Pour la sécurité sociale, et pour le patient, la consultation aux urgences est bien plus chère que celle chez un médecin généraliste. Là où le patient va payer de sa poche 7,50€ chez son médecin de ville, il va débourser 19,61€ aux urgences. Si on met en pratique le rapport Carli de 2019, dont je souscris à 100 aux trente recommandations, je suis persuadé que le système médical s'en portera mieux."

La surenchère salariale "indécente" liée aux intérimaires

Pour combler le manque de personnel pendant l'été, le centre hospitalier a recours a plusieurs alternatives. "On essaye en interne de s'organiser. Les urgentistes font beaucoup plus d'heures que le temps officiel de 39 heures. Certains médecins ayant un peu d'expérience dans le service viennent également prêter main-forte. Mais de manière générale, on fait surtout appel à des intérimaires. Il y a 20 jours, nos plannings pour cet été étaient vraiment sombres. Beaucoup d'intérimaires demandent un salaire trop élevé. A partir de là, c'est une surenchère indécente qui s'est mis en place. J'ai vu que dans certains hôpitaux, cela montait à 3 500€ par jour. Ici, on applique le seuil financier des intérimaires publics, c'est à dire 1 600€. On voit cette digue de l'indécence céder depuis quelques jours, de plus en plus d'intérimaires acceptent notre offre", affirme le directeur Jean-Marie Bolliet.

"Un jeu malsain joué par les agences d'intérim"

Le directeur de l'hôpital dresse un constat de ce problème salarial. "Si on réussit à régler la problématique des tarifs des intérimaires, nous n'aurons plus de problèmes (Ndlr. Pour la problématique des plannings). C'est surtout un jeu malsain joué par les agences d'intérim. Vu que ça marche au pourcentage, elles font monter les enchères quelques jours avant la prise de fonction demandée pour vendre son intérimaire au plus offrant. Certains d'entre eux n'étaient pas au courant de notre offre deux jours avant d'arriver."

Si la question des plannings peut se résoudre pour cet été, avec la concession de certains intérimaires et la solidarité des professionnels de santé de l'hôpital, reste à trouver un moyen sur le long terme pour désengorger le centre hospitalier des consultation qui ne nécessitent pas de se rendre aux urgences...

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6 commentaires

ga

sam 25/06/2022 - 17:34

L'engorgement des urgences est multifactoriel :

- des médecins qui n'ont plus la vocation et perdu complétement le sens du service à la personne soutenu par des pouvoirs publics qui n'exigent rien d'eux (comme le rappelle EL, en France, on peut faire soigner son chien le dimanche mais pas son enfant, de même que les vétérinaires viennent à la maison pour le chat alors qu'on nous oblige à amener mamie aux urgences)

- des organismes qui font de la contre-éducation auprès du citoyen. Je viens pas exemple de lire dans le magazine info de la MGAS qu'il "fallait consulter son médecin pour un bilan général avant tout départ en vacances" ... Sachant qu'un français part en moyenne 5 fois en vacances par an et au vu de l'engorgement du système, quelle ineptie !

 

 

ch

sam 25/06/2022 - 14:31

Aucun problème nouveau. Aucune avancée dans les réponses apportées. Il faut arrêter de parler de vocation. C’est un métier dur, à responsabilité, bac + 12, méritant un salaire élevé. Il y a eu un projet de loi ou d’ordonnance pour plafonner les revenus des intérimaires. Miraculeusement les syndicats de médecin l’ont fait disparaître. Le forfait santé de passage aux urgences sans hospitalisation est de 19,81€, pris en charge par l’assurance maladie et les complémentaires.

el

sam 25/06/2022 - 11:52

article très pertinent. Les intérimaires, qui ont fait ce choix, très souvent pour des raisons pécuniaires, devraient se poser la question de leur motivation pour exercer ce métier. Ce métier se fait par vocation et non pour s'enrichir sur le dos de la collectivité. Quant aux médecins de ville, pourquoi ne pas remettre des tours de garde (cela se pratique chez les vétérinaires, excusez moi) pour désengorger les urgences. Certains patients n'ont aucun médecin référent et on peut comprendre leur angoisse lorsqu'ils sont malades. Merci à l'hôpital de tenter de trouver des solutions "décentes". Dans quelques années, il y aura pléthore de médecins, et là, nous allons voir....

ba

sam 25/06/2022 - 10:36

Arriver à faire un article sur les problèmes des urgences  sans mentionner  une seule fois  le mot « infirmière » un EXPLOIT !!! C est pas comme ci celles ci étaient en grève depuis bien avant le Covid .,.faire croire aux gens que ce n’est qu un problème de médecins …. Bravo 

ba

sam 25/06/2022 - 09:47

En même temps on se rend bien compte que cet article ne traite pas le fond du sujet …. Le ras le bol des soignants post Covid qui se retrouvent avec un nombre de lits fermés en augmentation démesurée dus a la désertion des soignants d’où l’engorgement avant hospitalisation !!! Le personnel quitte l’hôpital public ou les conditions de travail se détériorent  symbole du bateau qui coule,  ….la sonnette d alarme à depuis longtemps retendit et rien n’a été mis en place … 

mi

sam 25/06/2022 - 09:12

Normale que les urgences soient engorgées !!!! C'est gratuit même le week-end PAS besoin d'avancer l'argent Chez un médecin de garde , je crois que la consulte est de 54€ sans radio