Une famille albanaise menacée d'expulsion

ven 02/11/2018 - 16:49 , Mise à jour le 27/11/2020 à 08:55

Cette demande de recours gracieux, c'est Cécile, une militante et amie de la famille Gallushi, qui l'a déposée le 31 octobre dernier, en son nom propre. "Leur vie est en Haute-Loire, c'est là qu'ils ont commencé à se reconstruire", explique-t-elle bouleversée. Elle raconte leur histoire. "La famille Gallushi a été persécutée en Albanie du fait de sa religion chrétienne et de la mainmise de la mafia sur leur fils aîné. Ce dernier a été séquestré et subissait des sévices corporels, il s'est sauvé pour se réfugier en France. Il a obtenu le statut de réfugié. Il a les traces des sévices subis sur son corps. Quelque temps après, la mafia a menacé de mort toute la famille qui était restée en Albanie : maison brûlée, « accident » de voiture avec message de menace de mort à l'encontre de leur dernier fils Alésio, sévices subis visibles sur le corps du père de famille. L'ensemble de la famille a donc fui vers la France. Nous les avons accueillis en Haute-Loire il y a deux ans. Alésio a été grandement traumatisé et il a dû être soigné en psychothérapie. Actuellement, il est collégien et ses professeurs l'attendent pour la rentrée, lundi prochain."

Lors des démarches effectuées pour la demande de droit d'asile, le couple et leur enfant de 13 ans n'auraient pu faire entendre leur voix, faute d'interprète albanais et les persécutions subies n'auraient pas été prises en compte, malgré de nombreuses démarches (certificat médical, témoignages, différents recours...). Au 31 octobre 2018, tous les recours juridiques étaient épuisés (sauf la demande de recours gracieux), la famille a donc été contrainte de quitter sa chambre d'hôtel au Puy-en-Velay, direction Lyon, puis retour au commissariat du Puy, avant d'être conduite dans un centre de rétention administrative à Toulouse. La Cimade, qui accompagne les personnes étrangères dans la défense de leurs droits, s'est emparée du dossier. Une aide précieuse pour Cécile et les amis des Gallushi, épaulés par RESF 43 (Réseau éducation sans frontière).

Tous se sont réunis ce vendredi 2 novembre 2018 devant la préfecture de la Haute-Loire pour demander la régularisation de cette famille. Cécile, qui avait formulé une demande d'audience en passant par le service des étrangers de la préfecture, n'a pas pu s'entretenir avec le préfet. La demande devait être formulée à l'écrit, elle ne l'a été qu'à l'oral. Contacté par téléphone, Yves Rousset, préfet de la Haute-Loire se dit prêt "à recevoir la délégation de militants". Toutefois, "sans éléments nouveaux qui laissent à penser qu'il faut réexaminer le dossier", il ne pourra remettre en cause les décisions de la Cour Nationale du Droit d'Asile et de l'Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides "qui ont jugé que les menaces - réelles ou pas, ce n'est pas à moi d'en juger - n'étaient pas de nature à ce qu'on leur accorde le droit d'asile."

La famille Gallushi sera présentée ce samedi 3 novembre devant le Juge des Libertés à Toulouse. Celui-ci devra se prononcer sur le maintien ou non de la famille en centre de rétention administrative. Si c'est le cas, le couple et son fils devront monter dans le prochain avion qui les ménera à Tirana. Si le juge invalide le dossier pour un problème de forme ou de fond, ils seront remis en liberté mais sans régularisation de leur situation, ils seront toujours soumis à une obligation de quitter le territoire. "On garde espoir", s'exclame Cécile qui a annoncé la création d'une pétition en ligne.  
Stéphanie Marin 

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