Un Poilu au collège Lafayette du Puy

Par Nicolas Defay ven 01/10/2021 - 12:00 , Mise à jour le 01/10/2021 à 12:00

Il est impossible à présent d’avoir un soldat de la 1ere Guerre Mondiale en face de soi. Pourtant, cette illusion a été rendue possible grâce à la passion dévorante d’Anthony Villemont, ancien élève du collège public Lafayette. Lundi 27 septembre, face à des élèves captivés, il a partagé le quotidien, les angoisses et la peur de nos aïeux, au front pour sauver notre liberté.

Anthony Villemont, c’est le genre de personne qui ne lâche rien. Une fois son intérêt pris par une passion, il n’aura de cesse de la dépiauter, de l’ausculter, de la retourner encore et encore, afin d’en extraire le cœur de sa précieuse substance. Les Poilus, le 1er conflit mondial, le 86ème régiment d’infanterie, les uniformes bleu-gris des soldats et leur havresac de plus de 30 kg...Rien ne lui échappe concernant cette sombre époque où 20 millions d’existences ont péri par les balles et les baïonnettes et plus encore des suites des blessures de guerre. La France a perdu 1 186 000 de ses enfants. Quant à la Haute-Loire, 11 000 soldats altiligériens ne reviendront pas des terres boueuses et écarlates de la Grande guerre.

Un vrai Poilu dans l'âme

Anthony Villemont fait partie de l’association « Les Greniers de nos Soldats » basée à Brioude et du « Souvenir Franco-Polonais », une association nationale cherchant à entretenir la mémoire et le souvenirs des anciens combattants français et polonais.

Quand le Puy abritait trois casernes militaires

Devant les étudiants à peine plus jeunes que les combattants d'il y a un siècle, Anthony Villemont leurs décrit cette époque révolue mais dont l'Histoire a été marquée à jamais au fer rouge. Il révèle qu'en août 1914, le Puy est une ville de garnison, le 86eme régiment d’infanterie (R.I.) étant présent et actif. Les hommes de 20 à 23 ans effectuaient leur service militaire obligatoire dans la caserne «Romeuf », là où est implantée aujourd'hui la Gendarmerie nationale, celle de « Mouton-Duvernet (le Centre Pierre Cardinal actuel) et enfin celle « du Séminaire », occupée par le diocèse ponot.

À la mobilisation, de nombreux réservistes revenus à la vie civile sont rappelés à l’activité. Les hommes de 24 à 26 ans viennent renforcer les rangs du 86e R.I., ceux de 27 à 33 ans et une partie des cadres mettent sur pied le 286 e R.I. et ceux de 34 à 39 ans sont incorporés au sein du 101 e régiment d’infanterie territoriale (R.I.T.). Les réservistes les plus âgés, ceux entre 40 et 46 ans, ne sont pas immédiatement mobilisés mais certains volontaires forment alors une garde communale qui vient aider la gendarmerie dans ses missions de surveillance de la voie publique et de maintient de l’ordre.

689 vies altiligériennes anéanties en une fraction de temps

Le brillant historien décline alors les heures les plus noires du conflit, des instants où les cadavres s'alignent dans les rangs des deux nations ennemies. Parti du Puy le mercredi 5 août 1914, le 86eme R.I. déplorera la perte de 1811 militaires. 1811 jeunes âgés d'une poignée de printemps morts pour la France et les générations à venir.  À la journée de Baccarat, le 25 août 1914, 689 soldats enfants du pays sont fauchés en quelques heures. Après une année à subir les bombardements de l’artillerie allemande dans ses tranchés, les altiligériens sont plongés en février 1916 dans la fournaise de Verdun. Le 86ème régiment est l’un des premiers à s’opposer à l’avancée allemande sur le fort de Vaux. Et en septembre, il prend part à la terrible et sanglante bataille de la Somme.

Le 286 e R.I., après un séjour d’instruction dans les Alpes, se battra férocement en Lorraine avant d’être dissous en 1916. Le 101ème R.I.T. qui ne devait normalement pas prendre part au combat, est tout de même envoyé au front lors de la bataille de Verdun pour arrêter l’offensive allemande. Il sera dissous en 1918. Enfin, le dépôt mobilisateur du Puy fournira en 1915 un quatrième régiment, le 301ème R.I.T., qui connaîtra un parcours plus calme avant d’être lui aussi dissous en 1917.

Un masque de l'époque pour se protéger des attaques chimiques. Photo par Florence Roche

Une tenue de combat lourde mais qui ne faisait pas le poids

Mais parce que c'est un érudit en la matière, Anthony Villemont ne s'arrête pas à ces actions militaires que nous avons tous appris durant nos années collège et lycée. Reproduction d’uniformes fidèles à ceux d'antan et équipement originaux en démonstration, il explique l’inadaptation totale de l’uniforme que portaient nos fantassins du Puy en août 1914. Devant les soldats allemands parfaitement drapés, recouverts de vareuses vert-de-gris discrètes et confortables ainsi qu'un équipement allégé, nos hommes portaient une tenue qui n’avait pas beaucoup évoluée depuis la guerre de 1870. Un képi pourpre surmonté d’un manchon de toile bleue, une lourde capote croisée en drap de laine gris de fer bleuté, un pantalon garance, une paire de jambière et de brodequins en cuir noirci. Voilà pour la mode vestimentaire.

Quant à l’équipement, il était composé d'un ceinturon, de cartouchières, d'un porte-épée-baïonnette, de bretelles de suspension, d'un étui-musettes, d'un havresac, d'un bidon et fusil «Lebel». Poids de l'ensemble ? Plus de 30 kilos.

Une escouade dans les tranchées de première ligne. Photo par Alex Mini

Le folklore des vêtements 

Réalisant très vite que cette tenue de campagne est celle d’un autre temps, l’Armée se modernise alors. Jusqu’au printemps 1915, pas un des hommes du 86ème régiment d'infanterie n’est habillé de la même manière : panachages de capotes ancien modèle gris de fer bleuté et de capotes nouveau modèle « bleu horizon », pantalons-culottes en velours marron, beige ou bleu côtoyant des pantalons en drap réquisitionnés dans le civil ou dans les compagnies locales de pompiers, équipement en cuir ou « ersatz » en toile, etc. C'est un festival de tout et de n'importe quoi qui habille et équipe les combattants de la nation française. Anthony Villemont souligne qu'il faudra attendre le printemps 1916 pour que l’uniforme français soit enfin harmonisé. À ce moment-là, la quasi-totalité des capotes, pantalons-culottes et bandes molletières sont confectionnés avec le nouveau drap « bleu horizon ».  

Avec l’apparition des gaz de combat en avril 1915, aucune armée belligérante n’est équipée de protection efficace contre les armes chimiques. Sont alors envoyés en urgence des bâillons en gaz remplis de coton humidifiés avec une solution chimique neutralisante et portés avec une paire de lunettes en caoutchouc réquisitionnée dans le civil. Mais dans certains cas, les hommes devaient uriner sur leur bâillon pour rendre celui-ci suffisamment humide et imperméable.

Après la succession de protections rudimentaires anti-gaz, le masque M2 apparait en mars. C’est pour le coup un vrai masque très efficace et rapide d’utilisation puisqu’il recouvre entièrement le visage. L’apparition du modèle ARS dès 1917 devient néanmoins le dispositif le meilleure sur le sujet car équipé d’une cartouche filtrante, amovible, multipliant grandement l’autonomie d’utilisation par rapport aux anciens modèles humidifiés.

Une panoplie de képis durant la Grande guerre. Photo par Florence Roche

Une histoire de casque, de fusil et de souvenir

Tel un puits de savoir sans fond, l'ancien élève du collège Lafayette mentionne qu'avant juin 1915, c'est le vieux "Lebel" de 1886 qui règne en matière de fusil. L'arme affiche une masse de plus de 4 kilo et leur détenteur doit recharger munition par munition. Au mois de juin 1915, le nouveau fusil «Berthier» fait son apparition. Plus léger d'un kilo et plus simple d’utilisation, il permet des salves de trois cartouches.

Du côté des casques, Anthony Villemont montre que les  premiers casques «Adrian» équipent enfin les hommes du front. En tôle d’acier, ils sont renforcer d'un cimier qui permet d’atténuer les chocs des bouts de ferrailles, innombrables dans la tourmente d'une explosion. Ainsi coiffé, habillé de la capote croisée, du pantalon-culotte et des bandes molletières bleu horizon et chaussé avec des brodequins de cuir fauve, le combattant de 14-18 venait de fixer sa silhouette dans la mémoire collective des Français.

Anthony Villemont termine en proposant aux élèves d'ouvrir grands les yeux à la croisée d'un mémorial aux morts de la Grande Guerre. "Jetez un coup d’œil aux statues de bronze et de pierre. S'il s’y trouve une effigie d'un Poilu, l’homme représenté y sera très souvent sculpté avec cette tenue, abandonnant le képi et le garance au douloureux souvenir de la guerre de 1870". Mais ça, c'est une autre histoire...

Une mitrailleuse Saint-Etienne de 1907 aux mains d'un Poilu. Photo par Alex Mini

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