« Un immense gâchis » : la déviation de la RN88 n'en finit plus de diviser

Par HUl , Mise à jour le 25/09/2026 à 09:00

Temps de lecture : 4 minutes

Le chantier de la déviation de la RN88 entre Saint-Hostien et Le Pertuis avance, en témoigne la construction du viaduc du Roudesse. Alors que la Région met en avant les mesures de compensation écologique engagées, les opposants au projet continuent de contester son impact environnemental.

La pose de la première pierre du viaduc du Roudesse avait été inaugurée en avril par Laurent Wauquiez. En septembre, une nouvelle visite a permis de faire le point sur l’avancée du chantier. La fin des travaux du viaduc est annoncée pour octobre 2027, avant une mise en service de la déviation prévue à l’horizon de fin 2029.

Le projet reste toutefois l'un des dossiers les plus controversés en Haute-Loire. Alors que la Région défend un chantier présenté comme « exemplaire sur le plan environnemental », ses opposants estiment que les mesures compensatoires ne sauraient réparer ce qui a déjà été détruit.

283 mètres de long, 25 mètres de haut

Ouvrage d'art le plus important des 16 composant le projet de déviation, le viaduc du Roudesse s’étendra sur 283 mètres et atteindra 25 mètres au niveau de sa pile la plus haute. Sa charpente métallique représentera 2 700 tonnes d’acier, pour un coût estimé à 30 millions d’euros.

Dans ses dernières communications, la Région indique que la première phase des mesures de compensation écologique, menée sur 29 sites, est achevée. Haies, mares, pierriers et autres aménagements ont été réalisés afin de créer, restaurer ou améliorer différents habitats naturels. Une seconde phase doit débuter à l’automne.

Selon la Région, 214 hectares d’habitats naturels ont été compensés. Le bilan fait également état de 9 kilomètres de murets en pierre sèche reconstitués, 60 kilomètres de haies aménagés, 2 600 mètres de protections acoustiques et 26 passages pour animaux.

Il devrait être achevé en octobre 2027
Il devrait être achevé en octobre 2027 Photo par HU

« Un immense gâchis financier et environnemental »

Mais tout cela a bien du mal à convaincre l'opposition. Pour Renaud Daumas, vice-président de France Nature Environnement Haute-Loire et conseiller régional Les Écologistes, « il y avait des alternatives à mettre en place pour éviter ce carnage. » 

Il reproche aux porteurs du projet d’avoir « repris un projet qui date des années 80 », alors que des propositions alternatives auraient, selon lui, été formulées sans être retenues.

À ses yeux, le chantier intervient dans un secteur particulièrement sensible sur le plan écologique et patrimonial. Il évoque notamment « des prairies, des zones humides, des bocages, des murets patrimoniaux en pierre sèche ».

L'élu résume en parlant d’un « immense gâchis financier et environnemental ».

Des compensations équivalentes ?

Le conseiller régional reste réservé sur l’efficacité des mesures. « Ils essayent de compenser tant bien que mal leurs impacts, alors qu’ils auraient pu les éviter », affirme-t-il.

« Les mares ont dû être à sec tout l’été. Ils détruisent des haies qui ont des arbres de 50 ans, qui stockent du carbone, qui abritent des espèces et ils replantent des petits arbustes avec des équivalences écologiques inégales. »

Il affirme que France Nature Environnement Haute-Loire a demandé à la Région et au préfet des informations sur l’état d’avancement de ces mesures et leur correspondance avec les éléments détruits. « On attend toujours », déclare Renaud Daumas.

Renaud Daumas, conseiller régional (Les Écologistes) de Haute-Loire
Renaud Daumas, conseiller régional (Les Écologistes) de Haute-Loire Photo par HU

L'incertitude judiciaire

Une autre incertitude demeure sur le plan judiciaire. L’instruction devant la cour administrative d’appel de Lyon est close depuis mai. Renaud Daumas espère encore un appel susceptible d’annuler la dérogation environnementale et de remettre en cause le projet.

Au fil de l’avancée du chantier, il prévient : « Ce qui a été détruit, ce n’est rien par rapport à ce qui le sera. » En cas de décision favorable aux opposants, il évoque la possibilité de demander « une remise en état », qui pourrait impliquer la démolition des ouvrages déjà construits.

Contactée à ce sujet, la Région n'a toujours pas répondu à nos questions.

 

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