UFC-Que Choisir mène l'enquête dans les pharmacies ponotes

dim 08/04/2018 - 22:20 , Mise à jour le 27/11/2020 à 08:52

Pour Zoomdici, Paule Sol, pharmacienne et conseillère de la Haute-Loire de l’Ordre des Pharmaciens est revenue point par point sur cette enquête dans les pharmacies du Puy-en-Velay intitulée : « Le conseil et la concurrence en souffrance sur l’automédication. »

Introduction de UFC- Que Choisir de la haute-Loire
« Alors que le prix des médicaments sans ordonnance a augmenté de 29 % en dix ans, les bénévoles de l’UFC – Que Choisir de la Haute-Loire ont mené l’enquête en pharmacie. En novembre dernier, nous avons ainsi visité 24 officines sur Le Puy en Velay et les communes environnantes. Les résultats mettent en évidence une transparence de l’information largement insuffisante, des écarts de prix très marqués pour un même médicament et, plus grave encore, un conseil hasardeux pour les usagers de notre territoire. »

La réponse de Paule Sol : « Je ne suis pas d’accord sur le pourcentage d’augmentation du prix des médicaments annoncé. Certes, les fabricants augmentent les prix tous les ans, suivant le cours de l’inflation. Nous avons un relevé chaque mois de janvier, et cette augmentation est plus de l’ordre de 10 à 15 %. Il faut savoir que nous sommes un des pays les moins chers d’Europe. Des Italiens par exemple viennent en France pour acheter des médicaments. »

Premier paragraphe : « Conseil en automédication : peut largement mieux faire »
« Le scénario de notre enquête était le suivant : nos enquêteurs se présentaient en pharmacie sans ordonnance, et expliquaient être enrhumés. Ils demandaient alors à acheter pour eux-mêmes deux médicaments, qu’il est déconseillé d’associer car ils contiennent la même molécule (paracétamol) : du Doliprane 1000mg et de l’Actifed Rhume Jour et Nuit. Dans 92% des cas, nous avons bien été mis en garde sur les dangers de cette association. Mais alors que la dose maximale en automédication est de 3 grammes de paracétamol par jour, 58% des pharmacies ont conseillé une dose supérieure. Pire, dans 25% des cas, la dose dépassait même 4 grammes par jour, un niveau dangereux pour la santé. »

La réponse de Paule Sol : « La dose maximale en automédication est de 4 grammes de paracétamol par jour et non pas 3 grammes. Il suffit de regarder le VIDAL, la Bible des pharmaciens, pour le savoir. La dose létale est de 8 grammes. »

Deuxième paragraphe : « Transparence : bonne sur les prix, à revoir sur l’information des consommateurs »
« Nos enquêteurs ont ensuite voulu vérifier le respect de la réglementation sur l’information des consommateurs en pharmacies. Si les prix sont aujourd’hui largement affichés (plus de 9 pharmacies sur 10 les affichent, même si dans 18 % des cas, leur lisibilité derrière le comptoir laisse à désirer), ce n’est pas le cas de l’information des consommateurs sur le fait que le prix des médicaments non remboursables varie d’une pharmacie à l’autre. L’affichage à ce propos, rendu obligatoire par la réglementation, n’a été retrouvé que dans 4 des 24 pharmacies visitées. Un manque de transparence qui n’étonne guère, quand on voit les écarts de prix entre officines sur l’automédication. »

La réponse de Paule Sol : « Concernant l’information sur la variation des prix des médicaments non remboursables d’une officine à l’autre, les pharmacies doivent mettre à la disposition des clients un catalogue papier ou une borne interactive portant sur ce sujet. C’est une obligation de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes. Je suis persuadée que ces dispositifs ont été mis en place, le contraire serait étonnant. »

Troisième paragraphe : « Prix : le grand écart entre officines »
« Notre enquête nous a enfin permis de relever le prix d’un médicament très courant, l’Actifed Rhume Jour et Nuit, dans différentes pharmacies de l’agglomération. Avec un prix moyen de 5.43€, nous nous situons en-dessous de la moyenne nationale (5,71 €). Mais ce qui frappe, c’est surtout l’étendue des prix, puisque nous avons pu acheter ce médicament entre 3.99 € au minimum et 7.23 € au maximum. Un écart de près de 1 à 2, qui justifie que les consommateurs ponots fassent jouer la concurrence !  Dans ces conditions, se pose à nouveau la question de la pertinence d’une libéralisation encadrée de la distribution des médicaments sans ordonnance, c’est-à-dire leur vente sous le contrôle permanent d’un pharmacien, en parapharmacies et dans des espaces dédiés en grandes surfaces. Cette mesure permettrait, pour les consommateurs, une économie de plus de 11% des dépenses de médicaments sans ordonnance (soit 252 millions d’€ par an au niveau national), sans occasionner la fermeture de pharmacies rurales. »

La réponse de Paule Sol : « Effectivement, il peut y avoir des écarts de prix entre les pharmacies. Les pharmacies sont soumises à quatre TVA. Par exemple, le taux de TVA d’un médicament remboursé est de 2,1 %, celui d’un médicament non remboursé est de 5,5 % ou 10 %. Dans le prix d’un médicament, il ne faut pas y inclure que le coût du fabricant et la marge, il y a aussi la TVA. Et puis, il ne faut pas voir le prix d’un médicament que sur l’aspect comptable, le médicament n’est pas un bien de consommation comme les autres. Poster des pharmaciens en parapharmacies et dans des espaces dédiés en grandes surfaces, je n’en connais pas qui souhaiterait le faire. Le médicament doit rester en pharmacie où travaillent des gens diplômés qui suivent une formation continue. »

Conclusion de UFC Que Choisir Haute-Loire
« Au vu des résultats de son enquête, et soucieuse de promouvoir une automédication sûre et accessible à tous, l’UFC – Que Choisir de Haute-Loire demande aux parlementaires du département d’œuvrer pour : - l’interdiction de la publicité sur l’automédication auprès du grand public ; - la présence d’un encadré spécifique sur l’emballage des médicaments sans ordonnance, pour informer le consommateur sur les principales interactions et contre-indications ; - l’ouverture de la distribution de l’automédication aux grandes surfaces et parapharmacies, sous la surveillance impérative d’un pharmacien. »

La conclusion de Paule Sol : « Cette enquête crée un climat anxiogène. Les pharmaciens sont là au quotidien pour expliquer, pour conseiller les personnes en prenant chaque détail en considération. La France est de plus en plus sévère en termes de législation, on ne peut pas se permettre la moindre erreur.  L’État nous fait confiance en nous confiant la vaccination, l’entretien pharmaceutique, parce que nous sommes au plus près des patients, auxquels nous sommes attachés. Je ne conçois pas mon métier autrement. Et puis, preuve que nous faisons les choses consciencieusement, le Conseil national de l’Ordre des Pharmaciens a créé le Dossier Pharmaceutique dans lequel est recensé, pour chaque personne, tous les médicaments délivrés au cours des quatre derniers mois. C’est un gage de sécurité puisque ça permet d’éviter, entre autres, les risques interactions médicamenteuses. »

Stéphanie Marin

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