"Tout travail mérite salaire"

mar 17/06/2014 - 19:10 , Mise à jour le 26/11/2020 à 19:21

"Tout travail mérite salaire, mais moi en ce moment, on dirait que je ne le mérite pas parce que ça fait un moment que je ne le touche pas et côté finances, ça commence un peu à faire la grimace", regrette Mohamed Belhadj, une des victimes.
Depuis quelques mois déjà, plusieurs employés (et ex-salariés) de JR Creation n'ont plus perçu de salaires. Ils se voient ainsi plongés dans une certaine précarité, devant vivre sur leurs économies, alors qu'ils ont des familles à charge. Mais la source commence à se tarir et bientôt, certains n'auront bientôt même plus les moyens de payer leur loyer.
L'une des victimes, Oliviera Pinho, a même été convoqué par le tribunal car il n'était plus en mesure de rembourser son crédit voiture auprès de sa banque. Pour Mohamed Belhadj, le retard atteint aujourd'hui une douzaine de milliers d'euros et il commence à avoir des difficultés à vivre sur ses économies. Il assure qu'il aime son travail et il espère que tout va vite s'arranger. Ecouter. {{audio2}}

----Le 27 juin, le tribunal de commerce du Puy-en-Velay va pencher sur ce dossier épineux. S'il ne tranche pas aussitôt, les vacances judiciaires prendront le relais et la procédure pourrait alors durer bien plus longtemps, avec une échéance peu probable avant septembre.-----Une entreprise qui n'aurait jamais dû exister
L'entreprise, créée en 2011, est spécialisée dans les espaces verts, la démolition, le terrassement et les travaux publics. Selon le syndicat CGT, elle devait être placée en redressement judiciare en avril dernier, mais elle n'avait pas d'existence légale car son directeur, Julien Roiron, avait déjà été placé en liquidation judiciaire en mars 2007, par le TGI du Puy et cette procédure n'est toujours pas close, compte-tenu d'un contentieux financier.
Ainsi, le tribunal de commerce ne peut pas placer cette société en redressement judicaire et les salariés ne peuvent pas percevoir d'indemnités de licenciement. Si l'employeur n'est pas en mesure de verser les salaires des mois écoulés, ce sont les AGS (assurances de garantie des salaires) qui doivent s'y coller. Mais les versements sont bloqués "car les contrats n'ont pas pu être conclus régulièrement", explique Serge Prades, du service juridique de la CGT. Mohamed Belhadj explique qu'il attend toujours le versement de ses salaires, depuis plusieurs mois, et espère que tout va pouvoire rentrer dans l'ordre le plus vite. Ecouter.{{audio1}}

----Rappelons qu'aujourd'hui, ce problème concerne six personnes connues "mais peut-être y en a-t-il d'autres, qui ne sont pas venues frapper à la porte de la CGT et si c'est le cas, on les invite à se faire connaître", précise Pierre Marsein.-----"C'est une situation plus qu'exceptionnelle, il faut donc trouver des réponses exceptionnelles"
Les salariés se sont adressés à la CGT, qui a déjà rencontré le secrétaire général de la préfecture, la direction du travail, "et aujourd'hui, on veut mobiliser les pouvoirs publics". C'est pourquoi ils se sont réunis ce lundi après-midi devant la mairie du Puy-en-Velay, surtout que l'un des chantiers dépend de la municipalité. Il a été pris en sous-traitance et cette entreprise sous-traite elle même auprès de JR Creation.
Comme le chantier est terminé, les cégétistes demandent à ce que l'argent soit bloqué "pour qu'il aille directement auprès des salariés, et non pas dans les caisses d'un patron qui ne paye pas ses salariés", avant d'ajouter : "c'est une situation plus qu'exceptionnelle, il faut donc trouver des réponses exceptionnelles, même si ça déroge peut être un peu au cadre traditionnel". Pierre Marsein, représentant du syndicat CGT, n'hésite pas à parler de "patron voyou" et déplore l'impasse dans laquelle se trouvent les employés. Ecouter. {{audio3}}

"Vous appelez ça des employés ?"
Face à de telles accusations, nous avons contacté Julien Roiron, qui reconnaît le non versement de certains salaires. Mais il se justifie : "j'ai fini un chantier à 60 000 € tout seul, alors qu'ils m'avaient laissé tomber. Vous appelez ça des employés ?". Plutôt remontés contre ces derniers, qui lui aurait également fait "perdre un chantier de 45 000 € pour malfaçon", il assure être "honnête" et s'engage, dès qu'il aura été payé (normalement dans les deux mois), à "verser en priorité cet argent aux salariés".
Déçu de ses ouvriers, "en qui on ne peut pas faire confiance", il souhaite désormais "tout faire tout seul". Enfin quant à son entreprise qui n'aurait pas dû exister, selon la CGT, il rétorque : "je me suis inscrit sans problème, j'ai un numéro de registre, tout est nickel". Premier élément de réponse le vendredi 27 juin prochain, après une audience au tribunal de commerce du Puy.

Maxime Pitavy

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