Le chanteur de Motel PIERØ en concert au Puy-en-Velay le 28 octobre
On pourrait croire que la fameuse lentille du Velay, fleuron de chez nous, sera toujours là. D'ailleurs, Stéphane Bern est même venu en terre ponote vanter le "caviar noir" du Puy. Depuis, beaucoup de Français se sont intéressés à notre lentille AOP préférée. Mais pourtant, la production ne cesse de baisser...
La lentille vellave, surnommée "l’or vert", a des atouts uniques dus à son terroir : une peau très fine, une amande non-farineuse, une tenue parfaite en cuisson qui apporte un goût spécifique de noisette et de châtaigne, ainsi qu'un parfum léger de fer et de terre. On vous raconte tout.
En ce qui concerne la production, elle baisse drastiquement, par manque de rentabilité et à cause des aléas climatiques face à une production fourragère plus rentable et plus sûre. Alors, beaucoup, abandonnent pour des cultures plus sûres, colza, blé, fourrage pour les bêtes.
D’autres vont finir par se résigner et arrêter si la météo de l'année prochaine n’est pas favorable, car les pertes sont énormes : entre les graines, les produits phytosanitaires, la location des terres, le temps, l’achat de matériel spécifique... Il est financièrement difficile de produire la lentille tout en finissant de payer les crédits.
Heureusement, il y a encore des producteurs investis, motivés et dynamiques. C'est le cas de Stéphane Gory, de Saint-Jean-Lachalm. Il continue de cultiver à la suite de ses parents depuis 2005 : "Cette espèce est capricieuse, nous dit-il. Avec elle, on ne peut, hélas, jamais prédire avec exactitude la production, contrairement au blé ou au colza."
C’est un travail ardu sur ces 10 hectares de terres splendides à 1 250 m d'altitude. Il nous l’explique avec un sourire qui ne le quitte pas : "Il y a d’abord le labour avant Noël, puis un premier passage au vibro pour les mauvaises herbes en mars et un deuxième en avril, détaille Stéphane. Il faut aussi ôter tous les cailloux que les passages ont déterrés. À la mi-avril, à la lune vieille, on peut semer, puis ensuite passer le rouleau et enfin le traitement phytosanitaire autorisé par le label AOP. Après, il faudra encore surveiller si une maladie ne détruit pas les précieuses lentilles."
Mais c’est avec passion que Stéphane exécute et vend son produit AOP, même si, cette année, la production est catastrophique en raison de la canicule, qui, pour la première fois, s'est abattue en altitude en mai, juillet et août.
Mais Stéphane n'en démord pas, il continuera néanmoins "par respect pour ses acheteurs des marchés", confesse-t-il. Mais aussi, certainement, par amour du terroir.
De leur côté, Sabarot, célèbre producteur, se dit lui aussi "touché mais pas coulé".
L'entreprise témoigne : "L'hiver à rallonge suivi immédiatement de la canicule a empêché des racines profondes cette année." Mais chez Sabarot, on reste plutôt optimiste pour la suite, "la lentille supporte la chaleur et sera plantée plus tôt l'année prochaine".
Mais il y aura probablement des conséquences : "On soutiendra sans doute la prochaine production avec un prix plus élevé."
Le musée l’Aventure de la lentille du Puy, qui s’est ouvert récemment place du Breuil, nous explique ses autres atouts en un hymne à la lentille. C’est une association à but non-lucratif qui a tout organisé, sous l’initiative du fondateur Jean René Mestre, et aussi de passionnés divers du produit comme la Confrérie de la lentille.
Pour ce projet, trouver des subventions n'a pas été chose aisée. Mais grâce à la Région, aux 550 producteurs eux-mêmes, à des dons privés et au Crédit Agricole, le projet a pu aboutir.
Dans une scénographie pédagogique, nous nous retrouvons, grâce à des mises en scène, dans un train des lentilles du monde, ou encore dans la cuisine de Régis Marcon ou en Grèce, en Egypte ou avec 4 producteurs qui nous reçoivent sur leurs terres.
On y revient aussi sur les multiples vertus de la lentille pour notre santé ; ce qui, franchement, nous donnerait envie d’en manger tous les jours !
Alors, qui viendra sauver nos lentilles ?
Ce qu'il faudrait vraiment, c'est un temps enfin clément.
La Région, l’État, les entreprises qui en font leur emblème ou un combat plus rude contre le réchauffement climatique ?
Il faut agir vite, avant que nos producteurs ne se tournent définitivement ailleurs, car le "caviar noir" ou "l’or vert" se fait de plus en plus rare.
B. B.
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