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Rythmes scolaires : la chute du dernier bastion de résistance

jeu 14/02/2019 - 16:11 , Mise à jour le 27/11/2020 à 08:56

"Le village gaulois rentre dans le rang". C'est ainsi que Michel Huet, le directeur de l'école de Chadrac, tire le rideau d'une réforme des rythmes scolaires qui n'aura guère percé dans le département, faute probablement d'assise politique suffisante.
En effet, sous la présidence de François Hollande (PS), il a été décidé de mettre en place cette réforme mais le coût qu'elle représentait a été directement imputé aux communes, dont un très grand nombre a alors décidé de faire le strict minimum. Seules quelques mairies, presque exclusivement socialistes, ont joué le jeu. Elles rentrent aujourd'hui dans le rang.

----Quand l'exception devient la règle
Pour l'instant, la loi stipule toujours que les communes sont tenues de mettre en place la réforme des rythmes scolaires. "La dérogation à la loi est devenue la règle", ironise Michel Huet, "finalement, on se met dans le rang en étant hors-la-loi. Quelle ironie... mais aussi quelle image donne-t-on de l'école ?", interroge-t-il.-----Vingt voix (contre cinq) pour l'abandon de la semaine à 4,5 jours
"On estime avec fatalité qu'on va faire comme tout le monde et se mettre qu même rythme que les autres écoles du département", ajoute le directeur de l'école chadracoise, alors que le vote lors du dernier conseil d'école a enteriné la question, avec une majorité de vingt voix pour l'abandon de la semaine à 4,5 jours, contre seulement cinq voix favorables au maintien de ce rythme scolaire.
Cette décision devra désormais être validé en conseil municipal (le prochain est fixé au vednredi 1er mars et la fin des rythmes scolaires sera bien à l'ordre du jour), au grand dam du maire socialiste de Chadrac Gérard Convert, qui avait multiplié les efforts pour que cette réforme soit menée correctement sur sa commune, déclarant notamment au micro de Zoomdici "On préfère investir dans la jeunesse que dans le bitume". "C'est dommage car c'était très bon pour les enfants et beaucoup de communes n'y ont vu qu'une opportunité de réaliser une économie financière", juge-t-il.

De nombreuses activités avaient repris le mercredi matin, sans les enfants, et les enseignants manquaient eux aussi des formations
Assez rapidement dès septembre 2018 , tout s'est remis à fonctionner comme si la semaine de 4,5 jours n'avait jamais existé et deux raisons ont conduit le conseil décole a apporté un vote aussi massif pour le retour à la semaine à quatre jours. D'abord du côté des enseignants, qui avaient besoin de reprendre un rythme de formation semblable à celui de leurs homologues, "car on ne pouvait pas participer aux formations proposées le mercredi matin", relate le directeur de l'école chadracoise, certaines conférences étaient également inaccessibles.
Du côté des enfants surtout, le mercredi matin était redevenu une matinée sans école et certains clubs sportifs avaient repris les créneaux du mercredi matin pour proposer des cours. Idem pour des activités musicales (on pense notamment à l'Atelier des Arts) ou théâtrales. Autant d'activités qui échappaient aux petits chadracois, les pénalisant aux regards de certains parents. 

"Ça permettait des initiations à certaines disciplines pour certains publics"
Pas question non plus de dresser un tableau idyllique de cette réforme : "elle ne nous a pas amené d'élèves supplémentaires non plus", analyse Michel Huet, "pour nous, c'était l'argument pédagogique avant tout et on a bien vu que ça permettait des initiations à certaines disciplines pour certains publics".
Un postulat confirmé (en partie) par Cindy, Magalie et Audrey, trois jeunes mamans rencontrées devant l'école ce lundi matin. "Ma fille est en CM1", témoigne l'une d'elle, "elle faisait des activités intéressantes, ça lui a permis de découvrir des disciplines qu'elle ne connaissait pas, comme la zumba par exemple et elle s'est ensuite inscrite".

----Les mères de famille, premières victimes
Certains parents ont exprimé leur mécontentement, puisqu'ils devront trouver de nouveaux modes de garde... à leurs frais. De plus, ce sont malheureusement souvent les mères de famille qui amputent leurs temps de travail à cet effet.-----"Je travaille alors c'est difficile, il va falloir trouver d'autres modes de garde"
Difficile pour autant de ne pas proposer un bilan nuancé de la part des parents d'élève. L'une des jeunes mamans rencontrées prend la parole pour exprimer sa déception : "c'est une mauvaise nouvelle pour moi, je travaille alors c'est difficile, il va falloir trouver d'autres modes de garde", quand la dernière tempère : "pour moi, au contraire, je ne travaille pas alors je préfère garder ma fille le mercredi matin, elle est encore petite, elle n'est qu'en moyenne section. Je pense que cette réforme était plus utile pour les enfants en primaire".
Globalement, elles espèrent qu'une partie du périscolaire sera conservé, "et au moins la garderie jusqu'à 18h". Pour les deux qui travaillent, il faudra peut être se rabattre sur le centre social, qui avait ouvert à titre expérimental le mercredi matin pour les enfants des communes périphériques (service stoppé, faute de suffisament d'enfants), et qui réouvrira dès septembre 2019. Il faut maintenant faire le deuil de l'école ouverte le mercredi matin. "Quand les grands parents ne sont pas là, ça dépannait bien", conclut une des parents d'élèves.

Maxime Pitavy

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