« Rien » ne protège les forêts en Haute-Loire, selon ce syndicaliste forestier

Par Mathias CUBIZOLLES , Mise à jour le 31/07/2026 à 17:00

Temps de lecture : 4 minutes

Le président du syndicat forestier « Fransylva » en Haute-Loire, Philippe Beignier, dénonce un manque de moyens pour prévenir les incendies sur le département. En 2025, Fransylva 43 avait proposé plusieurs mesures pour mieux protéger les forêts. Un an après, où en est-on ?

L'année dernière, la fédération des propriétaires forestiers privés de Haute-Loire, Fransylva 43, avait exposé cinq idées pour limiter les dégâts causés par les feux de forêts. Celle-ci préconisait l'installation de caméras, la présence d'extincteurs dans les voitures, un meilleur recensement des cours d'eau, une gestion forestière plus active, et des constructions plus restreintes à proximité des forêts. 

Fin juillet 2026, le président Philippe Beignier n'est pas satisfait : « Les sénateurs s'y sont intéressés, mais on n'a pas vu de changements concrets depuis... » Y a-t-il là une partie d'explication aux incendies de cet été en Haute-Loire ?

Cours d'eau moyennement indiqués, des règles « contradictoires »...

Selon Philippe Beignier, ces cinq mesures sont essentielles. « Beaucoup de départs de feu sont causés par des voitures qui s'embrasent. Il faut donc des extincteurs dans les véhicules ».

Concernant l'amélioration du repérage des rivières, le président de Fransylva 43 affirme que les pompiers, lors de leurs interventions face aux incendies, « n'ont que les cartes Michelin pour se repérer et savoir où capter l'eau ». Pour lui, ce manque d'informations précises entraine un usage plus important d'eau potable. Philippe Beignier propose ainsi un travail de cartographie et l'installation de récupérateurs d'eaux de pluie en forêt. 

« Nous sommes très en colère contre les discours écologistes qui veulent mettre la forêt sous cloche », Philippe Beignier

Les forêts et surfaces agricoles couvrent plus d'un tiers de la Haute-Loire. Photo par Archives Zoomdici

D'un point de vue global, le président du syndicat pointe des « injonctions contradictoires » imposées aux propriétaires forestiers. « Nous [Fransylva 43] sommes très en colère contre les discours écologistes qui veulent mettre la forêt sous cloche. Il nous faut juste moins de normes ». Il se plaint ainsi de règles qui restreignent l'entretien des bois et lisières. « Dans les faits, on ne peut débroussailler et extraire le bois tombé au sol qu'en septembre ! Si ça, ça ne favorise pas les incendies... »

De la même manière, Philippe Beignier regrette la possibilité, toujours en vigueur, de construire une habitation près d'une forêt. Pour lui, ce droit est incompatible avec l'annonce du 31 juillet du préfet Yvan Cordier, qui place 1250 hectares supplémentaires en Haute-Loire en protection forte, dont des zones forestières. Désormais, toute intervention humaine (coupe, entretien, plants...) sera interdite sur ces espaces situés à Chanaleilles, Landos et au Fay-sur-Lignon.

Face aux feux, l'enjeu du renouvellement des forêts

« En Haute-Loire, rien n'est fait pour protéger les forêts des incendies », estime Philippe Beignier. D'après lui, certaines normes découragent la plantation de nouveaux arbres. « On est obligés d'installer des piquets autour de chaque plant pour les protéger de la faune. Cela revient à 7500 € par hactare. Résultat : les propriétaires coupent mais ne replantent pas ».

« Les propriétaires coupent mais ne replantent pas »

Les faibles surfaces de la plupart des parcelles en Haute-Loire freinent aussi la reproduction des bois. « Les entreprises qui viennent extraire du bois coupé viennent pour une coupe à blanc. Sinon, le déplacement des machines leur revient trop cher ». Pour cette raison, Philippe Beignier propose un regroupement parcellaire, afin de permettre des coupes plus modérées.

D'après Philippe Beignier, les normes écologiques découragent le reboisement après coupe. Photo par Archives Zoomdici

Enfin, se pose la question de l'adaptation des forêts aux évolutions et risques climatiques. « Pourquoi le guichet unique de reboisement du gouvernement a-t-il fermé (« France Nature Verte », fermé en juin 2026, ndlr) ? Aujourd'hui, nous avons besoin de nouveaux arbres plus robustes », lance Philippe Beignier, qui alerte en parallèle sur la forêt de Haute-Loire.

Selon lui, celle-ci est mal adaptée à la sécheresse et aux feux, avec une majorité d'espèces moins résistantes. « On est à 75 % de résineux et 25 % de feuillus. C'est à l'inverse de la moyenne en France ». Les arbres résineux (pin, sapin, épicéa...) sont en effet plus sensibles aux aléas climatiques.

Les forêts et les terres agricoles couvrent 39 % de la surface de la Haute-Loire, d'après Fransylva 43. 

Plus d'inondations à venir en Haute-Loire ?

La disparition des arbres brûlés permettra, d'après Philippe Beignier, moins de rétention d'eau à l'avenir. Les fortes précipitations seront ainsi moins contenues sur les reliefs escarpés, et pourraient entrainer des inondations plus facilement.

 

Vous aimerez aussi

Je renseigne ma commune de préférence :

  • Accès prioritaire à du contenu en lien avec cette commune
  • Peut être différente de votre lieu de travail
Valider