"Révéler ma séropositivité à ma famille a été le plus dur"

Par RSi jeu 01/12/2022 - 06:00 , Mise à jour le 01/12/2022 à 06:00

Chaque 1er décembre a lieu la journée mondiale de lutte contre le sida. Une maladie qui touche encore de nombreuses personnes en France Aujourd'hui, les personnes atteintes du VIH peuvent avoir une charge virale indétectable. Ci-dessous, un témoignage aussi vif que poignant. 

1986. Cette année là, cet auvergnat âgé aujourd'hui de 62 ans s'en souviendra toute sa vie. A cette époque, il est âgé de 26 ans. Il travaille à Londres dans un palace. Une vie heureuse qui bascule brutalement suite à l'appel de son petit ami d'alors parti faire son service militaire. " Il m'annonce qu'il s'est fait dépister et qu'il est positif au VIH", se remémore-t-il.

Le jeune homme se rend immédiatement dans un laboratoire et se fait tester à son tour. Le verdict tombe : Séropositif. "On me donne alors 10 ans à vivre. Ca me paraissait beaucoup, je ne me suis pas affolé. Les soignants m'avaient pourtant alerté et conseillé de changer de travail mais je n'ai pas voulu", poursuit-il

Ce lourd secret, il le garde enfoui et ne le révèle à personne. " Je l'ai seulement confié à mes deux amies colocataires d'alors. Elles m'ont demandé ce que j'avais car je pleurais en rentrant du dépistage. A l'époque, c'était tabou. Nous étions vus comme des pestiférés. On savait ce que c'était et on en avait tous peur ", livre le sexagénaire. Il continue de travailler à travers le monde et part en Afrique puis en Australie.

"C'est en 1996 que la cloche a sonné" 

10 ans plus tard, en 1996 la maladie le rattrape. Fatigue, perte d'appétit et la dépression l'envahissent. Un jour, il explose. Il se rend dans le bureau de sa direction et leur avoue tout. " A ce moment là, je travaillais à Hong-Kong. Ils ont été extraordinaires. Ils m'ont simplement demandé de ne le dire à personne", confie avec émotion l'auvergnat.

Tout de suite, ils lui proposent de l'aide et lui mettent une chambre d'hôtel à disposition pour qu'il puisse se reposer. Alors âgé de plus de 30 ans, l'auvergnat se rend dans un hôpital de la ville. Il rencontre un médecin chinois. Le verdict l'afflige une nouvelle fois. S'il ne rentre pas au plus vite en France, ses jours seront comptés. "Je voulais mourir à Hong-Kong. Je ne voulais pas que ma famille me voie dans cet état. Je préférais me cacher", souffle-t-il. 

"Révéler ma séropositivité à ma famille a été le plus dur" 

Le 15 février 1996, il quitte son appartement précipitamment. Il y laisse ses meubles, ses vêtements et même la nourriture dans le frigidaire. Son but : rentrer en France. "Je n'avais pas prévenu mes employeurs. Je les ai appelés en arrivant à Paris et leur ai expliqué mon choix", poursuit-il. A l'aéroport, il retrouve ses proches. " Je me cachais derrière ma capuche. Quand je l'ai enlevée, ma mère ne m'a pas reconnu. Elle m'a immédiatement demandé si j'avais le sida et j'ai menti", ajoute-t-il.

De retour chez ses parents, cet auvergnat se confie sur sa maladie auprès de ses frères. Ces derniers lui font promettre de ne rien révèler à leur mère car celle-ci souffre de problèmes cardiaques. Ce n'est que quelques temps plus tard que l'annonce tant redoutée survient. Il se rend avec sa mère chez le médecin de famille. " J'ai tout d'abord vu le médecin seul et lui ai tout dit. Elle m'a demandé si maman était au courant. Je lui ai avoué que non", continue-t-il. 

L'auvergnat raconte, la voix encore brisée par les larmes et les souvenirs l'annonce de sa maladie à sa mère. " Elle est rentrée dans le cabinet. Je tournais la tête pour cacher mon visage. Le docteur lui explique alors que nous avions effectué un test VIH et qu'il était positif", partage-t-il en évoquant ces secondes de souffrance. Aussitôt, cette dernière crie, hurle. " Elle disait : donnez lui mon sang, mon cœur. La voir ainsi a été le plus dur de toute mon épopée de trente ans de vie avec le sida", lâche-t-il doucement, son souffle entrecoupé par les sanglots. 

"Au début, je prenais 30 gélules par jour. Certaines avaient la taille d'un auriculaire"

Libéré d'un poids, l'auvergnat commence les traitements. "Maman s'est occupée de moi. On a fait le tour de France pour rencontrer des médiums, sorciers...J'ai fait tout ce qu'elle voulait", témoigne-t-il. C'est en 1996 qu'apparaît la trithérapie, un traitement permettant de stopper la multiplication du virus du VIH dans l'organisme.

"Au début, je prenais 30 gélules par jour. Certaines avaient la taille d'un auriculaire. Parfois je vomissais mais il fallait en avaler d'autres une heure plus tard. C'était un calvaire. Une horreur. Aujourd'hui, ce ne sont que deux petits granules à prendre le matin", décrit l'auvergnat. Même s'il vit depuis 30 ans avec le VIH, le sexagénaire a une charge virale indétectable. " ça donne des ailes. Je ne suis plus contagieux", précise-t-il. 

Le VIH, une maladie toujours taboue 

"J'ai toujours révélé à mes compagnons que j'avais le sida. En général, ils le prenaient plutôt bien surtout depuis que j'ai une charge virale indétectable. Bien sûr, on m'a quitté aussi. Je ne jugeais pas. Je comprenais. Je ne sais pas comment j'aurais réagi à leur place", assure-t-il.

À 62 ans, il veut parler, témoigner et surtout alerter les jeunes sur cette maladie. "Aujourd'hui, lorsque j'échange avec des jeunes, je m'aperçois que beaucoup ne connaissent pas les traitements qui existent pour soigner ou prévenir le VIH. Je suis outré de voir leur ignorance. Il faut continuer de se protéger, et surtout se renseigner sur ce qu'il existe. Etre séropositif ça change la vie, rien n'est plus comme avant. ça peut bousiller une existence. Moi, ça a bousillé ma carrière. Il faut prendre cela au sérieux", prévient-il. 

"...et je suis en vie"

Aujourd'hui, à 62 ans, il effectue une visite tous les six mois chez son infectiologue pour contrôler l'évolution de la maladie. " J'ai eu beaucoup d'effets secondaires pendant des années. J'ai suivi beaucoup de thérapies très lourdes. J'ai le foie et le pancréas abimés. On m'a détecté du diabète. Mais c'est bien moindre qu'avant et je suis en vie", conclut-il avec optimisme. 

 

C'est dans les années 1980 que le Syndrome d'Immunodéficience Acquise touche de nombreuses personnes en France. Une maladie qui terrorise. A cette époque, les traitements n'ont pas encore été développés et le virus se transmet par voies sexuelles et intraveineuses. 

Le VIH en chiffres

En 2021, 691 tests de dépistage du VIH ont été effectués au Centre d'Informations, de dépistage et de diagnostic du Puy-en-Velay.

En Haute-Loire, une soixantaine de personnes atteintes du VIH sont prises en charge.

En France, 190 000 personnes sont atteintes du VIH.

"Dans l’organisme ce virus va globalement détruire les ganglions, lieu où se forme la réponse immunitaire contre les infections. Cet état d'infections opportunistes multiples fait le lit du sida" détaille Christine Jacomet, infectiologue à l'hôpital du Puy et cheffe du service maladies infectieuse au CHU de Clermont-Ferrand. 

C'est en 1996 qu'apparaît la trithérapie, un traitement qui permet de stopper la prolifération du virus dans l'organisme. "Aujourd'hui il est possible de vivre avec le VIH. On arrive pas à le faire disparaitre mais à arrêter sa multiplication. Grâce à ce médicament, les personnes atteintes du SIDA ont une charge virale indétectable et ne sont plus contagieuses.", poursuit la spécialiste.

Plus tard, en 2016, la PrEP, prophylaxie pré-exposition, est déployée et vise à diminuer le risque d'infection chez les personnes les plus à risques. " Des profils types existent par exemple les homosexuels, les travailleurs du sexe, les personnes originaires de zones où l'endémie est généralisée ou encore les usagers de drogue intraveineuse sont plus exposées. Ce qui ne signifie pas que le reste de la population ne peut pas être touchée, bien au contraire", indique l'infectiologue.  

Se faire dépister et se protéger 

A l'occasion de la journée mondiale de lutte contre le sida, les spécialistes rappellent l'importance d'aller se faire dépister et de se protéger lors de rapports sexuels. " Même s'il s'agit aujourd'hui d'une maladie chronique, elle n'est pas sans conséquence. L'éradication de cette pathologie passe forcément par un dépistage massif", précise Anne-Lucie Laly, médecin référent du CEGIDD du Puy-en-Velay. 

Depuis le 1er janvier 2022, toute personnes souhaitant se faire dépister peut se rendre dans un laboratoire médical et le faire gratuitement. 

Il est également possible d'effectuer des dépistages gratuits, sans rendez-vous et anonyme au CEGIDD dont les locaux sont situés dans l'enceinte de l'hôpital Emile Roux du Puy-en-Velay. Le centre est ouvert le lundi de 13h30 à 17h45, le mardi de 12h30 à 14h, le mercredi de 13h30 à 16h30 et le vendredi de 9h à 12h30. 

 

 

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1 commentaire

ga

ven 02/12/2022 - 12:19

Témoignage poignant ! Merci d'avoir eu le courage d'évoquer le sujet pour donner du courage aux autres. Le VIH est toujours là et nous devons à la fois tout faire pour améliorer les traitements, prévenir au maximum ainsi qu'ouvrir les esprits sur les moyens de transmission pour ne plus jamais traiter les malades comme des pestiférés.