Réélection... et démissions au PS de Haute-Loire

mar 03/04/2018 - 12:07 , Mise à jour le 27/11/2020 à 08:52

Ce vendredi 29 mars 2018 avait lieu le vote pour l’élection du Premier secrétaire national du Parti Socialiste ainsi que du Premier secrétaire fédéral et des 24 secrétaires de sections.
Avec 70% de votants et 98% de suffrages exprimés, André Chapaveire, Premier secrétaire fédéral sortant de Haute-Loire, sort renforcé de ce scrutin, réalisant "le meilleur score de toute la région Auvergne et un des meilleurs scores français", se félicite-t-il.

----Le nouveau Conseil fédéral se réunira courant avril pour élire son bureau et désigner le secrétariat fédéral (l’exécutif du Parti en Haute-Loire).
-----"Mettre en place une équipe rajeunie et rénovée"... mais sans les militants démissionnaires
Le patron de la Fédération du Parti Socialiste de Haute-Loire s’est dit "très satisfait de la confiance que lui ont accordée les militants socialistes du département" (il est pébiscité dans les trois arrondissements et les deux circonscriptions) et fort de leur soutien, il s’apprête à "mettre en place une équipe rajeunie et rénovée" autour de lui pour préparer les prochaines échéances électorales. "Beaucoup de jeunes et de nouvelles têtes vont faire leur entrée", nous assure-t-il, "et la parité sera davantage respectée".
Le problème, c'est qu'une trentaine de figures socialistes de Haute-Loire (voir le détail en bas d'article) vient de claquer la porte, jugeant que "la rénovation du PS est ratée", font-ils savoir dans un communiqué de presse. Ils s'appuient sur un constat sans appel : le parti socialiste est passé de 150 000 adhérents au plan national à moins de 40 000.

"Le PS a tourné le dos à notre histoire, en cassant les conquêtes sociales pour les profits des grosses entreprises et l'augmentation des dividendes des actionnaires"
En 2012, après avoir emporté l'élection présidentielle, les socialistes étaient majoritaires à l’Assemblée nationale, au Sénat, dans les Régions, les Départements et les grandes villes. "Cette conjonction idéale pouvait devenir l’occasion historique de réaliser l’espérance de nos électeurs, sans entrave", jugent les démissionnaires, mais "cinq années de présidence de François Hollande, piétinant nos valeurs fondamentales sociales et économiques, ont conduit à une défaite sans précédent de la gauche".
Selon eux, les décisions qu’il a prises ont "non seulement préparé la victoire d’Emmanuel Macron, mais aussi anticipé toutes les mesures de régression sociale mises en place aujourd’hui". Ils lui reprochent notamment d'avoir "adopté le dérisoire dogme libéral d'un prétendu ruissellement" et dénoncent : "le parti socialiste et ses dirigeants ont tourné le dos à notre histoire, en cassant les conquêtes sociales pour les profits des grosses entreprises et l'augmentation des dividendes des actionnaires. Également incompréhensible et inacceptable, le projet de destitution de la nationalité française, envisagée un temps, par calcul politicien, a été le signe du renoncement moral définitif".

"Avec leur position très très très à gauche, presque intégriste, je leur souhaite bien du courage pour remporter un scrutin au Puy"
Joint par téléphone ce mardi matin, André Chapaveire tempère l'annonce des démissionnaires : "la moitié n'était plus au PS depuis longtemps, ne cotisait plus et ne participait plus aux réunions". Pour lui, ces démissions ont "au moins le mérite de la clarification", car le Premier secrétaire fédéral assure : "depuis 2012, ils n'ont eu de cesse de critiquer le travail du Président François Hollande ; ils sont désormais à leur place en dehors du parti".
Pour André Chapaveire, ces démissions sont "un non événement" car ce sont, selon lui, "une petite quinzaine de départs seulement parmi plus de 400 adhérents en Haute-Loire", nous confie-t-il avant d'adresser un petit tacle à ses anciens partenaires : "avec leur position très très très à gauche, presque intégriste, je leur souhaite bien du courage pour remporter un scrutin au Puy".

"Le score « poutinien » de Stéphane Le Foll", et "l'absence totale de remise en cause de la tête de la fédération"
Les militants PS qui quittent le parti déplorent également le déroulement de la dernière élection présidentielle, où "nous avons vu nombre de responsables socialistes trahir honteusement leur parole, ne respectant pas le choix des femmes et des hommes de gauche ayant participé à la primaire, qui avaient, à une large majorité, désigné Benoît Hamon comme notre candidat, confirmant nos jugements et actions au sein du PS contre cette politique".
La conséquence pour eux est simple : "les électeurs nous ont abandonnés, en masse, comme les militants" [...] et le résultat du vote récent pour le Congrès du Parti Socialiste est "pour les trois quarts des votants, la continuité, sans tirer le bilan des dérives passées". Ils vont plus loin en soulignant, "en Haute-Loire, le score « poutinien » de Stéphane Le Foll", qui démontre "l'absence totale de remise en cause de la tête de la fédération et, pire, sa compatibilité avec la politique menée par Macron".

"C'est bien eux qui abandonnent parce que leur candidat n'a pas été élu non ? "
Le Premier secrétaire fédéral André Chapaveire est à deux doigts de s'étrangler face à l'insinuation du score « poutinien » de Stéphane Le Foll évoqué par les militants quittant le navire socialiste : "c'est une blague ? Pour le congrés, nous avons eu deux votants sur 36 possibles à la section du Puy ! C'est à eux de venir voter aussi... C'est bien la preuve que leur décision était prise depuis longtemps".
Quant à l'absence de soutien de la candidature de Benoît Hamon, André Chapaveire certifie être droit dans ses bottes et il réfute complètement : "c'est bien eux qui abandonnent parce que leur candidat n'a pas été élu non ? Ils ne respectent pas le vote des militants. Lors de la campagne présidentielle, j'ai soutenu Benoît Hamon même si mon choix initial se portait sur Emmanuel Valls. Mais j'ai respecté le vote des militants et je suis le seul élu socialiste de Haute-Loire à avoir parrainé Benoît Hamon".

"Élaborer les bases d'une offensive collective, constructive, imaginative, face à la destruction massive des conquis sociaux"
"Nous sommes convaincus que seule une gauche fidèle à son histoire de lutte contre les inégalités et contre un capitalisme qui ravage tout, des acquis sociaux à notre environnement, seule une gauche rassemblée nous permettra de conquérir à nouveau le pouvoir, pas pour lui-même, mais pour répondre aux aspirations de nos concitoyens", poursuit le communiqué de presse des démissionnaires.
Il est donc logique de les voir quitter le Parti Socialiste, "ce qui n'est pas sans quelques déchirements", précisent-ils, avant de conclure : "nous avons décidé de nous consacrer à la refondation d'une gauche unie, progressiste, prête à affronter les défis de ce 21e siècle, en ayant analysé le passé, la réalité du monde actuel. Nous avons toujours le projet de construire une société plus juste, plus solidaire, plus humaine, pour assurer des conditions décentes de vie pour toutes et tous, et en répondant aux questions énergétiques et environnementales [...]. La question centrale n'est pas de savoir qui apparaîtra sur l'affiche, mais bien d'élaborer les bases d'une offensive collective, constructive, imaginative, face à la destruction massive des conquis sociaux et des droits démocratiques et aux enjeux sociétaux de demain".

Maxime Pitavy

Voici la liste des "30 premiers" signataires de cette démission du PS (par ordre alphabétique) : 

Arlette ARNAUD-LANDAU
Sylvie BERODIAS
Clémence BOREL
Christian BOURQUARD
Sabine CHIROL
Franck CORTESE
Annie COSTE
Irène DUFEUTRELLE
Jacques FLOQUET
Françoise GIVERS
Geneviève GROLLEAU
Agnès HAY
Laurent JOHANNY
Christian LAFOND
Didier LUCE
Jean-Pierre MAHAIE
Jean-Paul MAISONNIAL
Sarah MARCON
Sébastien MARCON
Martine PIERRON
Gaston RAVEYRE
Michèle ROBERT
Michel ROCHE
Gérard ROQUEPLAN
Fernand ROSIER
Andrée ROUSSEL
Catherine TEYSSONNEYRE
Raymond VACHERON
Paul VALETTE
Emmanuel WIEDERHOLD

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