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En Haute-Loire, un chantier d’une ampleur inhabituelle est en train de débuter. Une canalisation de gaz d’environ 25 kilomètres doit relier le site de méthanisation Métha Rocher, installé à Siaugues-Sainte-Marie, jusqu’à Saint-Paulien. Mais pourquoi construire un tel tuyau sur une aussi longue distance, et quel impact aura cette infrastructure sur les territoires traversés ?
À Siaugues-Sainte-Marie, le site Métha Rocher fait partie des installations pionnières de la méthanisation en Auvergne-Rhône-Alpes. Depuis 2010, l’exploitation pilotée par l’agriculteur Franck Rocher transforme des matières organiques issues de l’activité agricole en énergie.
Le principe est celui de la méthanisation : des matières végétales et animales, comme des cultures de l’exploitation ou des déchets d’élevage, sont placées dans des cuves où elles fermentent naturellement. Ce processus produit du biogaz, un gaz qui contient notamment du méthane, la partie utilisée pour produire de l’énergie.
Jusqu’à présent, le biogaz fabriqué à Siaugues était utilisé directement sur place. Il alimentait un moteur de cogénération qui permettait de produire de l’électricité revendue à EDF, mais aussi de récupérer de la chaleur. Le système permettait ainsi une double valorisation du gaz produit.
Mais après plus de quinze ans de fonctionnement, le modèle évolue. L’exploitation arrive à la fin de son contrat de vente d’électricité, qui garantissait jusqu’ici une rémunération de la production électrique.
Face à cette évolution économique, Franck Rocher a choisi de se tourner vers une autre solution : transformer le biogaz en gaz injectable dans le réseau. Concrètement, le biogaz produit par un nouveau méthaniseur sera nettoyé pour retirer notamment le CO₂ et obtenir un gaz proche du gaz naturel. Ce gaz vert, appelé biométhane, pourra alors circuler dans les réseaux existants.
« Aujourd’hui, l’État se désengage de la production d’électricité verte issue de la méthanisation. Il nous oriente donc vers d’autres possibilités, notamment le gaz. Ce qui est intéressant avec la production de gaz, c’est qu’on valorise environ 90 % de notre production », estime Franck Rocher pour Zoomdici.
La réponse tient simplement au fonctionnement du réseau de gaz. Le nouveau méthaniseur de Siaugues n’est pas situé à proximité d’un point permettant d’envoyer directement son gaz dans les canalisations existantes. Après plusieurs études menées avec GRDF, Saint-Paulien, et plus précisément le secteur de Nolhac, a été identifié comme le point de raccordement le plus proche.
« J’ai été sollicité par GRDF. Nous avons réalisé des études et, avec la validation de la Commission de régulation de l’énergie (CRE), il est ressorti qu’un réseau entre Saint-Paulien et Siaugues-Sainte-Marie était pertinent pour venir récupérer mon gaz », indique l’exploitant.
La future canalisation permettra donc d’acheminer le gaz produit à Siaugues jusqu’au réseau existant, où il pourra ensuite être distribué aux consommateurs raccordés.
Les premiers travaux préparatoires ont déjà commencé, notamment avec la réalisation de passages sous certains cours d’eau grâce à des opérations de forage, afin de préparer le tracé de la future conduite. Le chantier traversera plusieurs communes de Haute-Loire. Des conventions ont été établies avec les collectivités concernées ainsi qu’avec le Département pour permettre le passage de l’infrastructure, assure l'agriculteur.
Selon Franck Rocher, ce projet a nécessité plusieurs années d’études avant d’entrer dans sa phase de réalisation. « Une fois que la Commission de régulation de l’énergie a validé le processus, il s’agit d’une infrastructure considérée comme relevant de l’intérêt général », explique-t-il.
Avec son nouveau méthaniseur, Métha Rocher prévoit d’injecter environ 13 GWh de biométhane par an dans le réseau. Cette production représente l’équivalent de la consommation annuelle d’environ 1 100 à 1 400 foyers, selon les usages.
Pour l’exploitant, ce changement représente une nouvelle manière pour l’agriculture de participer à la production énergétique locale. « Je trouve que c’est un joli moyen pour l’agriculture de se démarquer. Aujourd’hui, avec la production de gaz, on valorise davantage notre production », explique-t-il.
Le coût global du projet est estimé à 10 millions d’euros. Franck Rocher finance la majeure partie de l’opération, à hauteur de 8 millions d’euros. Les 2 millions restants sont pris en charge par GRDF.
« Aujourd’hui, c’est un projet qui coûte 10 millions d’euros. Nous partons sur un amortissement d’environ une dizaine d’années, même s’il existe toujours des aléas liés aux performances, à l’optimisation ou au contexte politique », précise l’agriculteur.
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