Portiques dans les lycées : pétition et incompréhension

mer 10/02/2016 - 18:27 , Mise à jour le 27/11/2020 à 08:39

C'était l'une des promesses de campagne post-attentats de Laurent Wauquiez pour accéder à la présidence de la nouvelle Région : la mise en place de portiques de sécurité dans les lycées.
Dans un premier temps, l'expérimentation va se faire dans une quinzaine de lycées de la Région Auvergne Rhône-Alpes, et le lycée Léonard de Vinci de Monistrol-sur-Loire (le seul de Haute-Loire) devait en faire partie mais nous apprenons ce vendredi matin qu'il ne ferait finalement pas partie du dispositif, qui doit ensuite être généralisé à tous les établissements de la Région d'ici la fin de l'année 2016.

Une pétition car "l'éducation a besoin d'humanité, pas de machines"
Cette idée n’est pas du goût de tous. Vivement opposé au déploiement de ce dispositif, un professeur du département de l'Isère a fait circuler cette pétition adressée à Laurent Wauquiez et à Béatrice Berthoux, nouvelle conseillère régionale en charge des lycées. En cinq jours, elle avait déjà recueilli plus de 750 signatures ce mercredi 10 février au soir.
Et chacun y va de son petit commentaire, comme par exemple ce lycéen qui déclare : "je ne suis pas prêt à devenir un code barre ambulant", alors que beaucoup dénoncent une annonce démagogique proche des idées de l'extrême droite. "L'école doit porter nos espoirs, pas nos peurs", ou encore "l'éducation a besoin d'humanité, pas de machines", sont d'autres exemples de témoignages.

----A Nice, des portiques installés, mais inutilisés
Evoqués à plusieurs reprises après des faits divers en milieu scolaire, les portiques n’ont jamais été généralisés. A Nice, le maire Christian Estrosi avait financé l’achat de deux portiques en 2009. L’année suivante, ils n’avaient toujours pas été utilisés.-----"Surfer sur la vague sécuritaire n'est pas connecté à la réalité des établissements"
Fabrice Farison est le président de la FCPE (Fédération des Conseils de Parents d'Elèves) du lycée Léonard de Vinci de Monistrol-sur-Loire. Il est signataire de la pétition à titre individuel et s'exprime au nom de la FCPE, qui devrait dès la rentrée des vacances d'hiver informer les parents et les familles de sa ferme opposition à cette mesure. Notons également qu'il était en troisième position de la liste socialiste de Jean-Jack Queyranne lors des élections régionales... et donc un adversaire politique de Laurent Wauquiez.

Quelle est la position de l'association des parents d'élèves du lycée Léonard de Vinci de Monistrol-sur-Loire par rapport à cette mesure ? Finalement, ce sera des portiques de sécurité, ou des tourniquets ? Il règne un certain flou autour de cette mesure ?

En toile de fond, ce que vous déplorez, c'est aussi une réaction électoraliste et démagogique ? Qu'est-ce qui a été fait au lycée, ces dernières années, pour assurer la sécurité des élèves ?


----Du portique au tourniquet... pour autant de sécurité ?
Ce que l'on a, dans un premier temps, qualifié de portique de sécurité devrait plutôt s'apparenter en fait à des tourniquets, que les lycéens ne pourront franchir qu'après avoir badgé. Ces tourniquets devraient également être accompagnés de caméras de vidéo-surveillance. Il n' y a plus de détecteurs de métaux, donc on peut entrer avec une arme. Ce dispositif permet principalement d'éviter l'intrusion d'un individu n'ayant pas de badge dans le lycée (mais un terroriste peut toujours dérober le badge d'un lycéen...).-----Au-delà du coût, c'est surtout la mise en pratique qui interroge
Le coût pour la mise en place de ce matériel est estimé à 100 000 euros par portique mais une fois le dispositif généralisé, on table plutôt sur une facture de 20 millions d'euros, selon Laurent Wauquiez, qui avait annoncé 40 millions d'euros durant la campagne. Mais au-delà du coût, c'est surtout la mise en oeuvre pratique qui interroge. Comme nous l'avions évoqué en janvier dernier, les temps de passage seraient énormes et les ados auront intérêt à se lever tôt ! 
En prenant une moyenne de 440 élèves (rapport entre le nombre de lycéens divisé par le nombre de lycées de l'académie de Clermont-Ferrand), l'équivalent d'un petit établissement (à la rentrée 2015, le lycée ponot Charles et Adrien Dupuy comptait 760 élèves, le lycée ponot Simone Weil 1 169 et Léonard de Vinci à Monistrol-sur-Loire 937), on arrive déjà à une file d'attente conséquente. Avec une moyenne de trois secondes par élève, il faut déjà compter 22 minutes. Si en plus, il y a quelques cas de fouille, le temps de passage s'allonge. En prenant une moyenne de dix secondes par élève, on compte alors 73 minutes pour entrer dans l'établissement... 
Fabrice Farison, le coût de ces installations a été sujet à polémiques. Mais au-delà du coût - car après tout, la Région est souveraine de son budget - c'est surtout la mise en oeuvre pratique qui interroge : est-ce réalisable ? Comment va-t-on procéder ?


Une mesure qui va à l'encontre de sa visée sécuritaire ?
Dans un précédent article de Zoomdici, nous avions évoqué que les temps de passage allaient être particulièrement longs et on s'interrogeait sur la portée sécuritaire d'un tel dispositif car les longues files d'attente que ce dispositif générerait pourraient même être "une aubaine" pour un terroriste souhaitant arroser à la mitraillette des lycéens faisant la queue ou même se faire exploser. Alors selon vous, cette mesure va-t-elle à l'encontre de sa visée sécuritaire ? Est-ce réaliste ?

"Je crains que les terroristes aient gagné"
N'est-il pas indispensable de "sanctuariser" les lycées ? Fabrice Farison s'interroge. Doit-on absolument multiplier les équipements pour la sécurité des adolescents ? Finalement, est-ce que les terroristes n'ont pas gagné avec ce type de mesure (puisque leur objectif est de voir la peur s'insinuer dans notre société) ?

Aux Etats-Unis, les portiques de sécurité n'ont guère empêché les fusillades régulières. Mais il ne faut pas entretenir la peur et gageons que chacun saura retrouver un peu de sérénité dans ce contexte post-attentats.
Le premier portique sera installé à Moirans, en Isère, au mois d'avril. On comprendra alors un peu mieux comment techniquement le dispositif va se déployer.

Maxime Pitavy

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