Pénurie d'eau au Bouchet St-Nicolas : pourquoi ?

Par Annabel Walker mar 12/07/2022 - 06:00 , Mise à jour le 12/07/2022 à 06:00

Alors qu’un nouvel épisode caniculaire est annoncé cette semaine, tentons de comprendre comment la commune du Bouchet Saint-Nicolas s’est retrouvée privée d’eau potable à cinq reprises en un mois dernièrement. Le réchauffement climatique laisse entrevoir un scenario potentiellement exponentiel.

La dernière rupture de canalisation d’eau potable au Bouchet Saint-Nicolas remontait au 22 octobre 2020. Aucun rapport avec la sécheresse à ce moment-là. Il faut dire qu’une partie du réseau de la commune est vétuste et l’autre neuve.
Cette saison, la série noire a commencé le 22 mai avec la première casse. Le 25 mai, la Haute-Loire toute entière entre en vigilance sécheresse (le 2e niveau sur une échelle de 5). Le 20 juin, elle grimpe d’un palier pour atteindre le 3e niveau, l’alerte, déclenchant les premières restrictions d’usage de l’eau. Au Bouchet Saint-Nicolas, les ruptures de canalisation s’enchaînent, chaque remise en eau provoquant des coups de bélier qui brisent les installations vétustes (sans oublier que les sols travaillent en cette période aride). En effet, la totalité des cinq ruptures à ce jour a eu lieu dans le bourg sur des canalisations anciennes.

La dernière casse en date s’est produite vers 23 heures ce dimanche 26 juin. Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer avec un geyser jaillissant du sol, la fuite n’était pas visible. « Elle rejoignait l’eau pluviale et on ne pouvait même pas injecter de l’eau pour la localiser car les cuves étaient à sec », relate Frédéric Giraud, le directeur du Syndicat de gestion des eaux du Velay (Sgev) sollicité pour la réparation. Ce n’est que 23 heures plus tard que la fuite a pu être réparée. « Elle se trouvait juste devant mon établissement, souffle Fabien Rochedy, gérant de l’Auberge du couvige en plein centre du village et conseiller municipal, à quelques pas d’une précédente rupture quelques jours plus tôt. »

> Ecouter le témoignage de l’élu aubergiste :

Fabien Rochedy montre deux emplacements de fuites colmatées devant son auberge.
Fabien Rochedy montre deux emplacements de fuites colmatées devant son auberge. Photo par Annabel Walker

Cette dernière fuite a mis à néant tous les efforts de réapprovisionnement du château par va-et-vient de camions citernes, notamment d’éleveurs laitiers, depuis le réseau du Sgev. « Dimanche soir, on était arrivé à une situation normale grâce aux livraisons et aux pompages qui avaient pu reprendre grâce à la pluie récente, se souvient Frédéric Giroud, et la rupture a mis le réservoir de 100m3 à sec en moins d’une heure ». 

> Voir le reportage de TF1 au JT de 20h ce mardi 28 juin 2022

La commune du Bouchet Saint-Nicolas n’est pas la seule à se voir privée d’eau potable en ce moment mais son cas est emblématique car c’est une commune tout entière (certes de seulement 300 habitants) qui est concernée. « D’autres communes sont impactées mais elles ne le médiatisent pas, confie Frédéric Giroud, d’autant qu’elles ne le sont pas dans leur ensemble car elles ont plusieurs sources d’alimentation, plusieurs systèmes de distribution d’eau et donc le relais est pris ailleurs quand une source est à sec. » Nous lui demandons donc quelles communes. Estimant que c’est à elles de s’exprimer si elles le souhaitent, il se contente de dire qu’elles se situent dans le tiers central de la Haute-Loire, du Nord au Sud, , soit l’arrondissement du Puy-en-Velay. En moyenne, le Sgev colmate une fuite par jour sur l'ensemble des communes qu'il gère.

La commune du Bouchet Saint-Nicolas dispose de deux forages. « L’un date de 2006 et pompe l’eau à 33 mètres de profondeur ; il n’a aucun souci », explique Josette Arnaud, la maire du village. L’autre remonte aux années 1990, ce n’est pas si vieux mais il n’atteint que 10 mètres. « Il a très bien donné toutes ces années, jusqu’à fin mai où il était à sec », raconte-t-elle. Alors pourquoi ? La Haute-Loire a déjà connu des périodes d’alerte sécheresse, le 3e niveau sur 5. Oui mais d’ordinaire c’était plutôt en juillet. Là le phénomène est très précoce. L’hiver dernier a été plus sec que la moyenne : le déficit en eau de septembre à avril était supérieur à 20 % à l’échelle nationale, y compris en Haute-Loire.  « Alors peut-être que la nappe phréatique qui alimente les forages du Bouchet n’est pas très grande ? suggère Frédéric Giroud. Peut-être qu’il y a des tirages sur d’autres sites ? » Y aurait-il une retenue collinaire dans le secteur qui empêcherait l’écoulement de l’eau jusqu’à la nappe ? Pas à la connaissance de Frédéric Giroud, ni de celle de Josette Arnaud (voir plus bas). 

> Consulter les mesures de restriction de l'usage de l'eau par niveau de sécheresse :

Dès ce lundi 11 juillet, une nouvelle vague de chaleur est prévue en France. En Haute-Loire, les maximales pourraient atteindre 36°C dans le Brivadois le week-end prochain avec une nuit à 20-22°c dans les vallées dimanche 17 juillet. Dans ces conditions, une vache peut boire 120 litres d’eau par jour en moyenne (contre 80 litres par temps normal). Depuis trois semaines, les agriculteurs du Bouchet Saint-Nicolas sont autorisés à prélever jusqu'à 60 m³ d’eau par jour pendant 100 jours dans le lac du Bouchet (son niveau est déjà 40 cm plus bas qu'habituellement en raison du peu de précipitations hivernales, il est profond de 28 mètres). Car le village compte environ 1250 vaches, un millier de cochons et environ 300 veaux. 

-20% de consommation d'eau en 3 jours au retour de la pluie

Dans la cadre du schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux (SDAGE), le Conseil départemental est en train de mener une étude à long terme sur les eaux du plateau du Devès.

Depuis le passage en alerte sécheresse de tout le département le 20 juin, toute la population est invitée à limiter ses usages de l’eau. Mais une statistique laisse Frédéric Giroux perplexe : « entre la précédente vague de chaleur et la baisse des températures qui a suivi, la consommation d’eau sur nos réseaux a baissé de 20 % en trois jours, je ne sais pas vraiment comment interpréter cette donnée... » Est-ce parce que les bêtes ont bu plus en période de forte chaleur ? Est-ce parce que les gens ont continué à arroser leurs potagers malgré le stress hydrique, n’en voyant ensuite plus le besoin une fois la pluie et la fraîcheur revenues ? Le syndicat des eaux insiste sur l’importance du civisme de tous.

Annabel Walker

Pourquoi la commune du Bouchet Saint-Nicolas n’a pas délégué la compétence eau au Syndicat des eaux ?

Historiquement, chaque commune disposait de la compétence eau.
Depuis la loi NOTRe de 2015, il est prévu que la compétence eau soit confiée progressivement aux syndicats des eaux dans un souci de professionnalisation et de transfert à des entités de plus grande capacité. Les communes faisant partie d’agglomérations ont déjà cette obligation. L’Agglo du Puy l’a fait en 2018. Pour les communautés de communes (comme c’est le cas du Bouchet) l’échéance est fixée au 1er janvier 2026. Mais le calendrier pourrait être avancé à 2025 pour éviter une année d’élections municipales avec de nouveaux élus qui ne maîtriseraient pas le sujet.
Conserver sa compétence eau ça peut être difficile pour une petite commune ; il faut un professionnel eau, un professionnel bâtiment, un professionnel voirie, c’est le limite de l’homme/la femme orchestre.
Les communes peuvent vouloir conserver la compétence eau pour garder la main, encore que les syndicats des eaux soient dirigées par des élus, mais des élus d’un territoire plus vaste que la seule commune. « Actuellement, nous décidons du prix payé par nos administrés, explique Josette Arnaud, il est de 0,44€/m³ d’eau potable » tandis qu’avec le Syndicat des eaux ce serait entre 2 et 2,5 fois plus cher, avance-t-elle. Mais avec les réparations des cinq fuites, la commune va devoir augmenter ses tarifs. Le conseil municipal a eu une réunion avec le Sgev lundi 27 juin au soir. Le remplacement des canalisations vétustes est envisagé pour l’instant.

Où se situent les retenues collinaires en Haute-Loire ?

En Haute-Loire, 27 retenues collinaires existantes sont identifiées dans les bases de données de l'Agence de l’eau (qui collecte les redevances). Nous avons sollicité la préfecture pour connaître leurs localisations. Elles sont situées sur ces communes :

Couteuges

Lorlanges (x2)

Mazeyrat-D'Allier

Saint-Jeures

Couteuges

Saint-Géron (x2)

Espalem

Mercoeur (x2)

Saint-Beauzire

Sainte-Florine

Paulhac (x2)

Bournoncle-Saint-Pierre

Saint-Just-Près-Brioude

Beaumont

Lempdes-Sur-Allagnon

Bas-En-Basset

Mazeyrat-D'Allier

Saint-Just-Près-Brioude

Saint-Georges-Lagricol

La préfecture précise qu’elle n’est pas autorisée à fournir les coordonnées de localisation exactes car ce sont des informations à caractère individuel.

Pour les projets en cours, les seules informations communicables sont les récépissés de dépôts de dossier soumis à déclaration mis en ligne sur le site de la préfecture ici.

Les dossiers déposés sont en cours d'instruction par les services de la préfecture comme à Coubladour et Chaspuzac.

Les restrictions d'usage de l'eau en alerte sécheresse.
Les restrictions d'usage de l'eau en alerte sécheresse. Photo par Ministère de l'intérieur

 

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