Neuf mois après le conflit, qu'ont obtenu les éboueurs de l'agglo du Puy ?

jeu 03/03/2016 - 14:17 , Mise à jour le 27/11/2020 à 08:39

En juin dernier, après que les déchets se soient entassés sur les trottoirs de l'agglo du Puy pendant dix jours de grève, les éboueurs reprenaient du service, "avec la garantie d'une hausse salariale" martelaient les syndicats. Mais ces derniers vont en fait être écartés des négociations, qui se sont tenues "avec des représentants des salariés, pas forcément syndiqués", précise Willy Guieau, vice président de l'agglomération du Puy en Velay en charge de la transition énergétique et de la gestion des déchets, joint par téléphone ce jeudi midi.
Un CTP (comité technique paritaire) se tenait ce jeudi matin, avec une parité de sièges employeurs et employés. Le collège employé a voté contre, à l'unanimité, ce qui contraint le conseil communautaire à retirer ce point de l'ordre du jour. Il devrait tout de même être adopté lors de la prochaine réunion de l'agglomération du Puy, car le CTP est une instance seulement consultative ; "c'est reculer pour mieux sauter", ironise Stella Masson, secrétaire CGT, à la sortie de ce CTP.

----Précisons bien que cette prime ne concerne que les chauffeurs et les ripeurs, qui sont sur le terrain, et en aucun cas le personnel administratif de ce service.-----De + 360 à - 360 € par an
L'accord qui a été trouvé entre la collectivité et les représentants des salariés repose sur une enveloppe de 360 € par an, soit 30 € par mois, qui est en fait une prime d'assiduité. Mais elle est obtenue à condition d'être toujours présent : dès le premier jour d'absence, la prime est en partie rabotée (de façon dégressive) et à partir de huit jours d'absence par an, cette prime est totalement exclue.
Le deal va même plus loin car à partir de 31 jours d'absence dans l'année (et jusqu'à 90 jours), la collectivité retranche directement (et de façon dégressive) dans le salaire de l'employé, avec un plafond fixé à... 360 €.

"Plus de 25 % d'absentéisme" et dans la fonction publique, double salaire à payer pour la collectivité
La base de cet accord se justifie à partir d'un constat, développé par le vice président de l'agglomération du Puy en Velay en charge de la transition énergétique et de la gestion des déchets : "il y a plus de 25 % d'absentéisme dans le service de collecte des ordures ménagères, c'est bien plus élevé que dans les autres services de collecte des ordures, en France comme en Haute-Loire, qu'ils soient privés ou publics". 
Précisons également que pendant ces périodes d'absence, comme il s'agit de la fonction publique, l'employeur, donc la collectivité, pallie le salaire de l'employé absent (c'est la sécurité sociale qui s'en charge dans le privé) et doit également payer son remplaçant... Avec un tel taux d'absentéisme, "ça coûtait très cher à la collectivité", ajoute Willy Guieau.

Chauffeur et ripeur : chacun reste à sa place
Il avait été demandé pendant la grève que les postes puissent s'intervertir entre chauffeurs et ripeurs, car la reconnaissance de la catégorie active (retraite anticipée) ne concerne que les ripeurs, et en alternant les postes, ce bénéfice aurait pu profiter à tous les agents de la collecte. Il n'en est plus question depuis l'accident du 22 juillet dernier : un chauffeur était desendu pour aider ses collègues et le camion avait dévalé la pente à Brives, causant quelques dommages sur le mobilier urbain. 
"L'expérience a montré malheureusement que c'était très dangereux et qu'il fallait un chauffeur en permanence en maîtrise de son camion", constate Willy Guieau, "du coup, il a été reconnu par tout le monde qu'on ne pouvait pas continuer à approfondir cette piste". On demeure donc sur un statu quo pour la pénibilité des agents.

----Si le syndicat exprime des revendications, rien ne garantit de nouvelles négociations, le CTP étant une instance consultative pour les élus, qui pourront donc valider le texte en l'état lors de la prochaine assemblée de l'agglo.----- "Si on est malade, on est sanctionné deux fois"
Pour la CGT, les 360 € par an sont "très loin de ce que l'on demandait" : c'est une augmentation de 150 € par mois qui était requise, alors que la prime obtenue ne pourra dépasser les 30 € par mois, à condition de n'être jamais absent. "Si on est malade, on est sanctionné deux fois", s'étrangle Stella Masson, "lorsqu'un agent est malade, c'est qu'il a une pathologie, il a un arrêt du médecin, ça ne sort pas de nulle part". Et elle exige que l'hospitalisation soit exclue du dégrèvement de cette prime, un accord de principe aurait été trouvé avec les élus, mais il reste encore à le mettre sur papier lors du prochain CTP (le 16 mars).
Le syndicat espère également que cette prime soit revalorisée, mais "il n'y a pas de raison de revenir dessus", estime Willy Guieau, "l'accord a été validé par les représentants du personnel, sans forcer la main à personne, c'est le fruit d'un dialogue constructif de part et d'autre et validé par tous". 

Des améliorations reconnues des deux côtés
La représentante CGT tempère cependant son propos et s'en tient à ces seules revendications : "il faut bien reconnaître  les améliorations que le service a enregistrées depuis le conflit : les conditions de travail ont été améliorées et on ressent un mieux-être chez les agents, qui se sentent plus entendus, donc il y a un vrai plus au niveau humain, et aussi au niveau matériel".
Concrètement, les revendications du personnel ont été listées, "on a fait le choix en commun des tenues de travail et de la réorganisation de certaines tournées", précise Willy Guieau, "on est également en train d'installer des poignées chauffantes (ndlr : sur les barres auxquelles sont accrochés les agents lors de la collecte) pour qu'ils n'aient plus la main gelée lors des tournées hivernales".

Maxime Pitavy

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