Monistrol : encore des emplois menacés, mais des raisons d'espérer

ven 10/07/2015 - 19:06 , Mise à jour le 27/11/2020 à 08:35

C'est déjà le troisième passage devant la juridiction pour l'entreprise monistrolienne, qui compte aujourd'hui 35 salariés. Le dernier redressement judiciaire, en juillet 2013, avait abouti à 18 licenciements pour l'entreprise altiligérienne. Les deux projets de reprise prévoient la reprise de 17 personnes pour l'un, et de 19 salariés pour l'autre.
Les effectifs seront donc de nouveau lourdement atteints, alors que l'entreprise spécialisée dans le secteur d'activité de la forge, estampage, matriçage et métallurgie des poudres comptait encore 400 salariés il y a une quarantaine d'années. En 1998, ils n'étaient déjà plus qu'une petite centaine à avoir conservé leur poste à Monistrol-sur-Loire.

Le fonds d'investissement AIAC assigné devant le tribunal de commerce
En difficulté depuis plusieurs années, Preciturn avait été reprise par le fonds d'investissement AIAC en 2013. Le groupe avait fait trois promesses : réinjecter 250 000 euros de trésorerie, 177 000 euros d'investissement et l'achat d'une machine de frappe d'une valeur de 150 000 euros. Mais aucune de ces promesses n'a été tenue et le fonds d'investissement AIAC devrait prochainement être assigné devant le tribunal de commerce pour obtenir les 250 000 € promis, car il s'agissait d'un engagement formel dans l'offre de reprise. L'administrateur judiciaire pense bien les obtenir, mais la somme sera reversée aux AGS (ndlr : le régime de garantie des salaires) pour compenser.
Car les salariés n'étaient plus que partiellement rémunérés en mars dernier, avant que les AGS ne viennent compléter les salaires. "Ce sont des principes de voyous", s'insurge le Cégétiste Pierre Marsein, "on fait des promesses, puis on fait payer l'Etat, c'est scandaleux", avant que Paul Lyonnet, le délégué syndical CGT de Preciturn, n'ajoute : "on a vraiment pris les salariés pour des cons".

Un chiffre d'affaire sérieusement amputé... et des salaires rognés
L'entreprise battait déjà de l'aile mais à l'automne dernier, tout s'est accéléré avec la perte d'un client de premier plan : PSA. Le chiffre d'affaires a alors chuté de près de 80 %, même si finalement, la venue de Renault parmi les clients de Preciturn a permis d'atténuer la baisse du chiffre d'affaires, qu'on estime tout de même aujourd'hui diminué de 40 % par rapport à la dernière reprise.
Conséquence inévitable : l'activité partielle a gagné du terrain pour arriver à presque 50 %. "On observe une période de chômage environ une semaine sur deux depuis octobre 2014", explique Frédéric Cluzel, le secrétaire du comité d'entreprise (CE) de Preciturn. On estime qu'en moyenne, chaque salarié perd ainsi, malgré les compensations, environ 200 € par mois.

Les deux offres déposées
Les délégués syndicaux ont préféré ne pas se positionner entre les deux offres de reprise, étant donné que dans un cas comme dans l'autre, de nombreux emplois seront sacrifiés. Ils ont donc laissé la responsabilité de la décision au tribunal de commerce, qui a mis son jugement en délibéré. La réponse est attendue le 22 juillet. La première offre émane de La Financière Louis Armand, dont l'actionnaire est M.Pimpie. Ce projet prévoit la reprise de 17 salariés mais ne présente aucune garantie quant à l'avenir du site. Le repreneur n'était pas au Puy ce vendredi et il était représenté par l'administrateur judiciaire. Difficile d'en savoir plus donc.
Le deuxième repreneur était lui bien présent : Marc Auriol, à la tête de la société Auriol Frappe à Froid, une entreprise toulousaine familiale, qui emploie tout de même plus de 1 000 personnes. Son projet prévoit la reprise de 19 salariés et prévoit l'achat d'une rouleuse (260 000 €), d'une laveuse déphosphatante (120 000 €), d'une machine de contrôle en production automatique et sans contact (60 000 €), d'un appareil de surveillance du process (50 000 €) et d'un groupe froid pour refroidir l'huile de trempe (10 000 €). Soit un investissement total sur l'outil de travail de 500 000 €. Et l'entrepreneur a déjà commandé des machines, qu'il compte bien acheminer directement sur le site de Monistrol-sur-Loire, dès que le tribunal aura donné son feu vert.

Un nouveau marché pour l'entrepreneur toulousain
"On a proposé de reprendre au 1er septembre et on a répondu à la demande de l'administrateur de gérer pour son compte dès la décision du tribunal, pour ne pas perdre de temps et commencer à réorganiser", ajoute Marc Auriol.
Son groupe comprend 17 salariés dans la partie automobile et 1 000 personnes dans l'aéronautique. "On s'est focalisé sur l'aéronautique depuis des années, on est maintenant bien installés, et notre volonté est désormais de développer le secteur automobile", conclut-il.

Trois questions à Marc Auriol, Président du Directoire de la société Auriol Frappe à Froid

  • Qu'est-ce qui vous a poussé à vous investir dans cette enreprise de Haute-Loire ? Quelles sont les grandes lignes de votre projet pour Preciturn ?

  • Pour vous, cette entreprise a de l'avenir, mais elle nécessite une restructuration, n'est-ce pas ? Ce serait aussi pour vous l'occasion de développer votre activité dans le secteur automobile ?

  • Vous avez dit que lors de votre première visite, vous aviez failli partir en courant... c'est une image, certes, mais selon vous, quels étaient les principaux points faibles de Preciturn ?


Maxime Pitavy

  • Mise à jour :

Le tribunal de commerce a décidé de rendre son jugement le 22 juillet prochain, après avoir écarté l'offre de La Financière Louis Armand. Il décidera donc soit d'accorder la reprise à la société Auriol Frappe à Froid, soit d'une liquidation judiciaire.
Cette seconde hypothèse paraît tout de même peu probable même si de nombreux emplois sont supprimés dans cette offre de reprise.

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