Migrants : « Ils vivent une maltraitance institutionnelle insoutenable »

Par Nicolas Defay lun 14/12/2020 - 00:21 , Mise à jour le 14/12/2020 à 00:21

Plusieurs syndicats d’enseignants s’unissent pour interpeller sur les conditions des élèves migrants en Haute-Loire. Entre un labyrinthe bureaucratique désespérant et une pression des institutions publiques, tous les moyens sont utilisés, selon les syndicats et associations, pour qu’ils quittent le pays des Droits de l’Homme.

Le 18 décembre est la Journée Internationale des Migrants. C’est l’occasion, dans le monde entier, de réaffirmer et de promouvoir les droits des migrants. En Haute-Loire, les syndicats Sud Éducation, la FSU et la CGT Éducation ainsi que d’autres associations ralliées à la cause comme Resf (Réseau Éducation Sans Frontière) l’ont prévu deux jours avant, le 16 décembre. « Nous nous rassemblons le mercredi 16 décembre à 14 heures devant la préfecture, partage Véronique de Marconnay (Sud Éducation 43). On a opté pour cette date afin qu’un maximum de personnes puisse nous rejoindre devant le bâtiment d’État. À cette occasion, nous irons demander un entretien avec le préfet de Haute-Loire pour faire connaître nos préoccupations et obtenir des réponses ». Des réponses à des questions qui semblent se perdre dans un étonnant bourbier politico-administratif.

« Nous sommes loin d’être envahis pour une vague d’étrangers »

Dans le département, il y a environ 35 familles de migrants en attente d’une sécurité institutionnelle, ce qui représente une centaine d’enfants. Près de cent MNA, autrement dit Mineurs Non Accompagnés, sont également présents. « Pour ces derniers, cela représente 0,04 % de la population altiligérienne, précise Solange Arsac du Resf. Un chiffre qui démontre bien que nous sommes loin d’être envahis pour une vague d’étrangers comme certains aiment à le penser ». Les pays d’origines sont essentiellement la Guinée, le Mali ou encore la Côte d’Ivoire. « Nous voyons de plus en plus de personnes arriver de l’Afghanistan et du Bangladesh », indique encore Solange Arsac.

Un quotidien d’obstacles

Christine Chevalier, également du Resf, explique les deux cas de figure des enfants migrants. « Le premier est un enfant qui a suivi sa famille afin d’échapper aux violences de son pays de départ. Les familles vivent dans une précarité incroyable car les parents n’ont pas le droit de travailler et parlent rarement bien le Français. Le deuxième profil concerne les mineurs isolés. Ce sont des enfants qui sont venus seuls par leurs propres moyens. Les difficultés pour eux sont également très prononcées ; des difficultés pour obtenir des papiers, pour se loger, pour se nourrir, pour se soigner. Ils sont dans une détresse financière, administrative et sociale quotidienne. »

En parallèle à ce tableau sombre dépeint par l’association, la politique migratoire opérée par les services de la préfecture de Haute-Loire apparaît des plus sévères pour accueillir convenablement mineurs et familles et encore plus pour leur donner une chance de rester dans le pays « et un espoir de ne pas retourner dans un pays qu’ils ont fui pour sauver leurs propres vies ! »

Un exemple qui illustre parfaitement le sujet est celui décrit par Christine Chevalier :

Témoignage de Christine Chevalier du Resf

 

 

 

« Pendant cette vérification, les enfants n’ont le droit à rien »

« En tant que personnels de l’Éducation Nationale, nous sommes totalement concernés par la scolarisation des jeunes migrants, explique Louise Pommeret de la FSU. Et nous nous battons tous les jours pour que ces enfants-là aient les mêmes chances que des élèves classiques. » Depuis la circulaire 2012, les élèves allophones (dont la langue maternelle n'est pas le Français) doivent être inscrits dans les classes avec les autres étudiants. « C’est une politique d’inclusion scolaire qui relève donc du droit commun, appuie-t-elle. Pourtant, nombre de mineurs sont mis sur la touche faute de moyens et de volonté politique. »
Elle déplore les temps d’attente d’évaluation de la minorité qui peuvent prendre parfois plus d’une année entière. « Pendant cette vérification, les enfants n’ont le droit à rien, ajoute Gildas Moulin de Sud Éducation. Ils ne peuvent pas être scolarisés et n’ont aucune aide quelle qu'elle soit. Leur vie repose entièrement sur les bénévoles des associations alors que c’est l’État qui devrait en être responsable ! »

« Nous allons demander une entrevue avec le préfet et lui demander pourquoi une telle maltraitance institutionnelle dans le département ! Quel est l’objectif de tout ça ? » Véronique de Marconnay

Cinq écueils qui mettent en souffrance élèves et professeurs

Les syndicats, par la voix de Louise Pommeret, mettent en surbrillance cinq autres points de dysfonctionnements sur le sujet de la scolarité des élèves migrants. « Déjà, il y a un manque évident de moyens pour que des professeurs puissent se former pour enseigner à ce public. Deuxièmement, les classes UPE2A (unités pédagogiques pour élèves allophones arrivants) ferment, comme celle du collège Lafayette au Puy, alors que nous devrions être dans une dynamique inverse. Troisièmement, le délai d’affectation interminable pour qu’un enfant migrant soit inscrit dans une des écoles de la Haute-Loire. Quatrièmement, le 1er confinement a clairement soulevé l’inégalité de suivi pédagogique au détriment des enfants migrants. En général, ils n’ont pas de matériels informatiques ni de connexion Internet à domicile pour suivre des cours à distance. »
Le dernier point abordé par Louise Pommeret concerne la circulaire 2012 . Elle prévoit une seule année de FLS (Français Langue Seconde) ce qui n’est, à leurs yeux, pas du tout suffisant pour que les migrants maîtrisent correctement le Français.

Pas de papiers, pas de travail, pas de ressources

Véronique de Marconnay évoque le cas de majeurs maliens où les papiers demandés par la préfecture altiligérienne sont restés bloqués à l’ambassade à cause des confinements et de l'arrêt du trafic aérien. Un temps d’attente où leur vie est bloquée également, sans aucune ressource, sans possibilité de travailler faute d’autorisation de travail car faute de documents pour décrocher justement ces autorisations là. Un vicieux serpent qui se mord la queue. « Des entreprises souhaitent prendre des apprentis parmi les migrants, assure Christine Chevalier. Mais leurs demandes restent sans réponse à cause de ce barrage administratif que s’acharne à intensifier toujours plus la préfecture de la Haute-Loire ».

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