Maxime Barto, "détectoriste" par passion de l'Histoire

Par Olivier Stevens dim 26/12/2021 - 16:00 , Mise à jour le 26/12/2021 à 16:00

Certains archéologues en ont fait leurs bêtes noires, mais ces vrais amateurs défendent le droit au loisir.

Ces chercheurs de trésors munis de leur détecteur de métaux sont pour la plupart inoffensifs. Et prêtent parfois à rire quand on les croise sur les plages avec leur poêle à frire à la recherche de menues monnaies perdues dans le sable.

Cependant ils témoignent souvent d'un vrai amour de l'Histoire et d'un goût certain pour la recherche.

Au Puy-en-Velay, rencontre avec l'un d'eux, Maxime Barto. 

Comment vous est venue cette idée de faire de la détection?

Je suis détectoriste depuis peu de temps. J'étais d'abord passionné par la nature et puis au fil du temps, je me suis de plus en plus passionné pour l'Histoire. La lecture d'historiens locaux, un peu de recherche dans les archives, la fréquentation de certains sites de détectoristes et de chercheurs sur internet m'ont permis d'apprendre beaucoup de choses sur certains évènements du passé. J'ai aussi regardé quelques émissions sur RMC Découverte. J'ai y vu quelques détectoristes à l'oeuvre et je me suis acheté mon premier détecteur de métaux.

"Nous sommes ici en Haute-Loire et nous avons un passé historique très riche."

Quelle période de l'Histoire vous intéresse le plus?

Je lis beaucoup de livres sur la période napoléonienne, l'époque romaine et évidemment sur la Seconde Guerre mondiale. Nous sommes ici en Haute-Loire et nous avons un passé historique très riche. L'épopée des Maquisards a beaucoup marqué mon imagination. Comme celle des combats du Mont Mouchet les 11, 14 et 15 juin 1944. Dans le cadre des combats du Mont-Mouchet qui eurent lieu sur des communes de Lozère, Cantal et surtout en Haute-Loire et qui firent au moins 210 victimes, on dénombre 11 victimes tombées sur la commune d’Auvers (Haute-Loire) dont 5 Résistants le 11 juin et 5 civils les 14 et 15 juin. Plusieurs civils ont été pris en otage par les Allemands puis exécutés. Proche du sommet du mont Mouchet, dans la commune d’Auvers, un mémorial de la Résistance a été installé, de même qu’un musée de la Résistance, à la mémoire des maquisards du Haut Gévaudan. Je me suis dit que ça valait la peine d'y aller.

"En trouvant des objets, on imagine avec plus de précision les faits et gestes des protagonistes."

Faites-vous des recherches avant de partir en détection?

Oui. Une sortie se prépare, sur des sites historiques, sur des cartes, dans des archives. Il y a beaucoup de sites internet sur la Seconde Guerre mondiale. Cependant il reste une forte part de hasard dans la recherche et la détection elle-même. Je détermine mon circuit puis je me mets en route. On ne cherche pas de trésor ni de lingots d'or, le plaisir vient plutôt de savoir comment les évènements se sont passés, de retrouver, à 80 ans d'écart pour le mont Mouchet, des traces des évènements de l'époque. En trouvant un bouchon de limonade de l'époque, des balles, des douilles, des sangles de havresac ,on imagine avec plus de précision les faits et gestes des protagonistes.

"Ensuite le travail est de tout bien nettoyer, dater, classer, étiqueter."

Avez-vous fait des trouvailles insolites?

On trouve de tout. D'ailleurs les trois-quarts du temps, on le passe à dépolluer. Dans un secteur prédéterminé, on trouve des douilles, des balles, des objets usuels comme des couteaux et des fourchettes, des pièces métalliques diverses comme des boutons, etc... Ensuite le travail est de tout bien nettoyer, dater, classer, étiqueter. Il ne faut pas abîmer l'objet. Il faut déterminer avec le plus de précision possible l'histoire même de notre trouvaille, les circonstances précises qu'elle évoque. Il existe d'ailleurs une page Facebook "détection, passion et convivialité" qui est une sorte de forum d'entraide et de partage, alimentée par des passionnés.

"Déterminer avec le plus de précision possible l'histoire même de notre trouvaille"

Y-a-t-il une hiérarchie dans la gamme des détecteurs?

On trouve déjà des détecteurs à 300 euros. C'est l'entrée de gamme. Il y en a aussi à 1800 euros. La différence ne tient pas tellement dans la profondeur de la détection mais dans sa sélectivité. Plus le détecteur est précis, meilleure peut être la discrimination des métaux. C'est une aide technique et un gain de temps précieux.

"En France, la détection est encadrée par la notion de loisir "

Certains archéologues sont partis en guerre contre contre les détectoristes. Qu'en pensez-vous?

Le conflit vient plutôt d'un flou juridique et de lois obsolètes. En Grande-Bretagne, en Belgique, aux Pays-Bas ou en Scandinavie, les choses sont plus claires. Il faut un permis. On est encadré: il est valable pour une période donnée, pour un lieu déterminé. Tout le monde y trouve son bonheur. Dans ces pays là, il y a une relation très claire et très saine entre les archéologues et les détectoristes. En France, la détection est encadrée par la notion de "loisir" . Certains sénateurs essayent d'assouplir les lois mais sans grand succès jusqu'à présent. Il faudrait aussi un meilleur maillage avec les historiens locaux, le travail à effectuer est encore énorme.

"Des histoires à se transmettre, des anecdotes et des récits qui complètent l'histoire officielle"

Avez-vous d'autres projets de recherche?

Je m'intéresse beaucoup aux routes romaines, à la période napoléonienne. Il y a beaucoup d'histoires à raconter. Pour ne pas oublier. Des histoires à se transmettre en famille, entre amis, des anecdotes et des récits qui complètent l'histoire officielle.

 

 

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