Les travailleurs sociaux sortent de l’ombre

Par Nicolas Defay lun 30/11/2020 - 11:56 , Mise à jour le 01/12/2020 à 08:35

Historique ! Les acteurs sociaux du Département se sont mobilisés en masse ce lundi 30 novembre dans la cour du Conseil Général. Rare voir inédit est ce type d’action de leur part. Fatigués par le mépris de leur direction vis-à-vis de leurs professions, ils s’expriment haut et fort pour démontrer l’importance de leurs activités dans un contexte de plus en plus sous tension.

Sur place, ils sont 70 à s’être réunis dans la cour pavée de l’Hôtel du Département, représentant ainsi les 133 agents que la collectivité compte au total. À quelques mètres de là se tient au même moment l’Assemblée départementale où maintes sujets sont débattus par les élus dont le nouveau régime indemnitaire des concernés. À l’aide de sifflets, d’hygiaphone et de cris, ils expriment un ras-le-bol unanime, une lassitude face à la non-reconnaissance financière, professionnelle et surtout humaine par leur employeur. « Ce n’est pas dans nos coutumes de nous mobiliser ainsi, partage une travailleuse sociale préférant rester anonyme. On entend beaucoup les problématiques des gens mais on n’ose pas revendiquer les nôtres. Aujourd’hui, oui, notre mobilisation est historique car il y a vraiment un réel malaise au niveau de la prise en compte de notre travail ».

« Dès le début, notre entretien s’est révélé très tendu »

Initiée par le syndicat Force Ouvrière, la manifestation a alors débuté à 10 heures. « Si nous ne sommes pas tous présent ici, il y a quand-même 100 % des travailleurs sociaux grévistes aujourd’hui, assure le syndiqué Fabien Boyer. Plus qu’une indemnité financière, nous voulons déjà faire prendre conscience à nos dirigeants que nous sommes nombreux à être victimes d’un mal-être causé par leurs mépris vis-à-vis de notre profession. »

Une heure après le début de la manifestation, une délégation a été reçue avec la direction des ressources humaines pour exposer le problème. « Dès le début, notre entretien s’est révélé très tendu, dévoile Fabien Boyer. Car la direction a pensé que notre action ne représentait qu’une partie infime des acteurs sociaux en question. Un dénis total ! Puis l’atmosphère s’est peu à peu calmée. » À la suite des discussions, la seule chose proposée par le Département a été la possibilité de rediscuter de leur régime indemnitaire en 2022. « Comparés à l’ensemble des départements français, les travailleurs sociaux de la Haute-Loire sont ceux qui bénéficient du régime indemnitaire le plus bas de tout le pays ! Il n’y a pas plus bas», analyse Fabien Boyer.

Photo par Nicolas Defay / Zoomdici.fr

« Depuis 2004, nos rémunérations n’ont pas été actualisées ! »

Le visage en partie dissimulé par leurs masques recouverts d’une croix noire, emblème de leur combat, deux travailleuses sociales expriment la colère et l’injustice ressenties. « On s’est réuni car notre métier reste dans l’ombre. On se soucie surtout du service rendu au public mais les conditions dans lesquelles nous exerçons notre activité sont oubliées. Nous faisons les frais d’une politique RH (Ressource Humaine, Ndlr) très compliquée pendant des années. Actuellement, elle semble tout de même plus à même aux compromis. »

Elles continuent : « La collectivité se défend d’avoir fait un effort louable pour revaloriser les salaires. Mais ce n’est pas une revalorisation, c’est un rééquilibrage. Elle va verser une prime pour le plus haut grade des assistants sociaux de 190 euros brut d’ici 2022, ce qui va concerner une dizaine de personnes seulement. Nous autres allons percevoir 170 euros brut. Depuis 2004, nos rémunérations n’ont pas été actualisées ! Le salaire des travailleurs sociaux d’autres départements l’ont été bien avant cette date ».
 

« Une violence sociale de plus en plus des nette dans le département »

Concernant les difficultés rencontrées au quotidien, les travailleurs sociaux peignent un tableau qui ne cesse de s’obscurcir. « Il y a une précarité galopante et une violence sociale de plus en plus des nette dans le département, assurent les deux agents. On est là pour écouter les gens, pour les accompagner en fonction de leurs problèmes. Clairement, on s’aperçoit de la dégradation des conditions de vie de la population altiligérienne. En plus, les services de proximité sur lesquels on pouvait compter se retirent. Pourtant, nous sommes toujours présents mais avec les mêmes conditions professionnelles. Il est donc urgent d’avoir enfin de la reconnaissance de la part de notre collectivité ! 

Photo par Nicolas Defay / Zoomdici.fr

Photo Nicolas Defay/Zoomdici.fr

Un moral en berne et...

« Si on ne veut pas constituer des travailleurs sociaux démoralisés notamment à l’arrivée de la crise sociale très prochaine, il faut que le regard de notre direction se tourne vers nous. Nous attendons ainsi une revalorisation de notre régime qui soit juste et équitable et que notre collectivité nous considèrent enfin dans la catégorie A ! »
Signé en septembre 2015, le protocole "Parcours professionnels, carrières et rémunérations" (PPCR) prévoit, entre autres, la reconnaissance de leur diplôme au niveau licence. Concrètement, cela veut dire que les 67 000 agents de la filière socio-éducative de la fonction publique en France ne sont plus en catégorie B comme avant mais en catégorie A.

...un attractivité pour le métier en déroute

Pour illustrer la crise de la profession notamment à cause d’un manque d’attractivité, Fabien Boyer partage un chiffre. « 80% ! C’est le taux de contractuels en place à l’ASE (Aide Sociale à l’Enfance). Cela démontre les difficultés à trouver maintenant des agents qualifiés et diplômés. Plus personne ne veut faire ce travail. »
Les deux travailleuses sociales complètent : « La reconnaissance que nous n’avons pas entraîne une difficulté sur le terrain qui fait qu’on ne devient pas du tout attractif au niveau du département de la Haute-Loire. Les collègues qui sortent du diplôme vont regarder les rémunérations et vont logiquement aller voir ailleurs. Il y a de moins en moins de postulants chez nous et de moins en moins de travailleurs sociaux dans le département. Et paradoxalement, notamment avec les confinements et déconfinements en série, les services des acteurs sociaux sont de plus en plus sollicités ».

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