Le Monteil : le canal de la discorde

Par EMa lun 14/11/2022 - 06:00 , Mise à jour le 14/11/2022 à 06:00

Dans le village de « Durianne » au Monteil, un ancien canal caladé, accroché au château de Durianne, du XVIIIe siècle, a été restauré. Ce même canal avait été détruit « accidentellement » par la mairie du Monteil trois ans plus tôt au cours d’une opération de curage de fossé. Était-ce vraiment un accident ? La mairie, avait-elle d’autres projets sur ce terrain ? Éléments de réponse.

Il y a désormais 1 mois, ce petit patrimoine a été remis en valeur grâce à la DRAC (Direction Régionale des Affaires Culturelles) qui a supervisé le chantier ainsi qu’à la Région, et aussi la commune qui ont financé les travaux.

Des engins disproportionnés

En 2019, la mairie du Monteil mandate une entreprise locale pour curer les fossés de la commune, dont le canal de Durianne. Objectif : préserver les cours d'eau qu'ils alimentent. L’actuel mairie du Monteil, Christophe Pal (adjoint en 2019), était en charge des travaux.

Face au manque d’entretien de cet ancien canal de Durianne, la mairie a préféré faire appel à des tractopelles pour procéder au nettoyage. Cependant, face au poids des engins, les pavés qui composent le canal se sont effondrés.

« Ça partait d’une bonne intention, mais le problème, c’est la disproportion du matériel utilisé. C’était du vieux patrimoine qui date du 18e siècle, entièrement caladé (voie pentue pavée de galets, ndlr) et fait à la main. Il aurait fallu curer à la main, mais sans doute que les agents municipaux n’ont pas voulu parce que c’était du gros boulot et ça faisait des années que cela n’avait pas été entretenu donc c’était sous la terre », a témoigné un habitant de la commune.

Le canal de Durianne en cours de rénovation en octobre 2022 Photo par Facebook Château de Durianne

Le chantier a commencé sans que les agents municipaux de la commune n'aient pu être informés ou consultés en amont, de l’ampleur des travaux à réaliser à la main :

« Depuis plus de 15 ans les chemins et fossés n’étaient pas entretenu donc nous avons décidé de nettoyer les fossés. Lorsqu’est arrivé le tour du Canal de Durianne, on s’est rendu compte que c’était bouché sous les gravats et les ronces qui mesuraient jusqu’à 3 mètres. Les calades ne jouaient donc plus leurs rôles. Nettoyer à la main, c’était impossible. On a donc fait appel à une pelle mécanique montée sur pneu pour ne pas dégrader le terrain. Mais on s’est rendu compte que les pierres ne tenaient pas. C’est un accident. C’est involontaire », a expliqué Christophe Pal, maire du Monteil pour Zoomdici.

« J’ai essayé de m’interposer, mais la pelleteuse avait tout arraché, c’était une horreur ! C’est un manque d’expertise et non un accident » a expliqué un sentinelle du patrimoine.

En France, des citoyens veillent sur les vieilles pierres de notre pays pour éviter que le patrimoine soit détruit. On les appelle les sentinelles du patrimoine. Selon l’un d’entre eux de la commune du Monteil, (qui a souhaité rester anonyme), les machines utilisées pour ce type d’opération sont disproportionnées :

« J’ai vu le type au volant de sa pelleteuse vouloir curer et je me suis interposé et je lui ai dit : non monsieur, vous ne pouvez pas curer ce canal. Il n’a pas de fondation donc vous risquer de totalement le détruire rien qu’avec le poids de votre engin. Je n’ai pas pu m’interposer longtemps, 1h plus tard, la pelleteuse avait arraché la calade, c’était une horreur ! C’est un manque d’expertise et non un accident. La mairie avait sûrement d’autres projets… », a soupçonné le défenseur du patrimoine.

Le maire du Monteil met les choses au clair

Pourquoi avoir mis plus de 2 ans pour restaurer ce petit canal caladé ? Si c’est un accident pourquoi la mairie n’a-t-elle pas fait intervenir l’assurance de l’entreprise en charge des travaux ? La mairie, avait-elle d’autres projets ?

Pour répondre à toutes ces interrogations qui restent en suspens, Christophe Pal, maire du Monteil, a accepté de répondre à Zoomdici.

Équipe municipale de la commune du Monteil Photo par Mairie du Monteil

Concernant les principales préoccupations, il y a celle de la lenteur pour entamer les travaux de restaurations après la destruction accidentelle du canal. Le maire répond :

« Si on a mis du temps pour restaurer les calades, c’est à cause des lenteurs administratives tout simplement. Le Conseil municipal a aussi changé entre temps. Et puis, si les subventions ne sont pas accordées, nous n’avons pas de moyens de restaurer, donc on ne va pas plus loin. De plus, la société qui a malheureusement détruit la calade n’a commis aucune effraction en nettoyant donc je ne peux pas engager l’assurance de la société. »

Selon les témoignages, la mairie avait d’autres projets pour ce canal. En lieu et place des pavés, elle aurait souhaité installer une piste en ciments ou en béton. Le maire veut clarifier les choses :

« C’est faux ! J’ai toujours voulu faire les calades à l’ancienne. Moi, je me bats pour le petit patrimoine. »

La réhabilitation des calades : grâce à la DRAC ou grâce au maire ?

En janvier 2021, le château de Durianne est inscrit à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques par la DRAC. Une mention qui a peut-être poussé le maire du Monteil à reconstruire le canal. En effet, lorsque l’on souhaite faire des travaux et que l’on se situe dans un périmètre de 500 mètres autour d’un monument qui est classé, on se doit de consulter la DRAC. Mais Christophe Pal l’affirme, c’était sa volonté de réhabiliter les calades :

« J’aurais pu le supprimer ce canal, mais ça a été ma volonté de le conserver. On a investi de l’argent dedans. Ce n’est pas parce que le château est inscrit au patrimoine qu’on a fait la restauration. C’est la commune du Monteil qui a financé avec l’aide de la région, mais c’est un projet communal. La DRAC a simplement joué un rôle consultatif. »

Pour vérifier cette affirmation, Zoomdici a contacté la DRAC qui nous a confirmé « avoir supervisé le chantier et que la Région et la commune ont financé les travaux. En janvier 2021, avec l'inscription du château de Durianne à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques, c'est la DRAC qui a décidé de redonner toute sa splendeur à ce très bel ensemble. »

« S’il n’y a pas des gens comme nous, des sentinelles du patrimoine qui osent braver les canons de l’ennemi, on n'aurait rien obtenu. On aurait aujourd’hui un tas de pierres et ce serait resté en l’état », a conclu le même habitant de la commune.

Enfin, une seule dispute, mais deux sons de cloches...

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