Le "forcené de Sanssac" face aux magistrats

mer 06/07/2016 - 13:48 , Mise à jour le 27/11/2020 à 08:42

Ce mercredi, après une traque de près de deux jours, GIGN à l'appui, il s'est fait déposer au commissariat du Puy par des amis chez qui il s'était réfugié avant même le bouclage de sa maison par les gendarmes. S'en était suivi un siège de 18 heures.
Il encourt jusqu'à sept ans de prison pour menaces et de coups et blessures sur ascendant. Il aurait tenté de tirer sur son père dans la nuit de lundi à mardi. Une douille de 22 rifle a été trouvée dans l'habitation de Ferreyrolles ce mercredi matin par les gendarmes.

"Je suis le chasseur, tu es le gibier"
Le jeune homme de 22 ans était jugé dans le cadre d'une comparution immédiate ce jeudi. La tentative d'homicide n'a pas été retenue et requalifiée en violences avec menace d'une arme. Les menaces de mort (pour lesquelles il est également poursuivi) comprennent notamment un SMS de lundi soir disant à son père : "je suis le chasseur, tu es le gibier. Ce soir, ce sera le coup de grâce".
Le prévenu a accepté d'être jugé ce jeudi mais son avocat souligne : "pour comprendre l'affaire, il faut comprendre le prévenu", et de remettre en question le diagnostic du médecin qui aurait parlé de schizophrénie : "il faut une vraie expertise pour savoir". Le Procureur de la République Jacques Louvier ne s'y oppose et reconnaît que "le tribunal a besoin de ces éléments pour juger". Seul hic : lui plaide une détention provisoire, et l'avocat du prévenu demande une liberté conditionnelle.

----En 2015, le père aurait tiré sur le prévenu avant de le faire interner de force. C'est probablement un instant clef de leur relation, "la blessure de l'enfance a été ravivée", observe le conseil du prévenu.-----?"La meilleure solution, c'est qu'ils lui mettent une balle dans la tête", dit le père aux Procureur
Le seul élément que le prévenu a contesté lors de sa garde à vue, c'est le coup de feu tiré en direction de son père, et il a fini par reconnaître avoir tiré en l'air. Notons d'ailleurs qu'il a fait partie pendant plusieurs années des fusiliers de la Marine, ce qui explique -en partie – les colossaux moyens déployés pour retrouver le jeune homme ce mardi. C'est d'ailleurs "le déploiement de ces moyens qui fait que l'affaire sort de l'ordinaire", selon l'avocat du prévenu.
Il a brièvement expliqué que son client a eu "une enfance pourrie", confié très jeune aux grands parents avant de réintégrer sa cellule familiale où le père aurait abusé de violences sur sa mère. L'avocat montre au tribunal un dessin du prévenu, alors âgé d'une dizaine d'années, représentant une mère monstrueuse poignardant son père... Ce dernier a d'ailleurs dit au procureur ce mardi : "la meilleure solution, c'est qu'ils lui mettent une balle dans la tête"... Ce qui en dit long sur le contexte familial (notons que les enfants ont été placés).

"S'il veut recommencer, ce n'est pas un simple bracelet électronique qui va l'en empêcher"
"Je ne peux pas imaginer une autre mesure qu'une détention provisoire", a lancé Jacques Louvier, représentant le Ministère Public, "pour éviter tout risque de réitération", car il craint que l'audience ne fasse resurgir les choses. "Et on pourrait alors avoir des faits plus graves", ajoute-t-il, précisant que son statut d'ancien militaire joue en sa défaveur.
"Il s'est joué des forces de gendarmerie et du GIGN avec une grande facilité", relève le Procureur de la République, "donc s'il veut recommencer ses menaces ou violences envers son père, ce n'est pas un simple bracelet électronique qui va l'en empêcher".

La planche de salut ?
L'avocat du prévenu a conclu les débats en proposant "une planche de salut". Il propose que son client soit confié à son grand-père, ancien enquêteur de police, qui a une maison à Fix-Saint-Geneys. "Il obéit à son grand père qui l'a déjà maîtrisé dans une situation semblable de tension avec des armes". La reprise de son traitement médicamenteux est promise par l'avocat qui envisage de coupler la mesure à un bracelet électronique.
Après en avoir délibéré, les magistrats ont décidé de renvoyer l'affaire(à leur initiative et non à la demande du prévenu) au 18 août à 14h30 et une expertise psychiatrique a été ordonnée. Un mandat de dépôt a été délivré "non pas pour l'ampleur médiatique et les moyens déployés mais car il existe un risque non négligeable de réitération", a expliqué le tribunal, "risque aggravé par votre état de santé mentale et votre carrière de militaire. Malheureusement, la bienveillance de votre grand-père ne suffit pas et on ne peut pas prendre de risque inconsidéré".

Rappel :

Il ne court plus... et il s'est même rendu de lui-même au commissariat du Puy-en-Velay ce mercredi après-midi. A l'heure qu'il est, on se demande même s'il a vraiment tiré sur son père dans la nuit de lundi à mardi. Il aurait pu faire mine de tirer par dérision. Le GIGN avait quitté les lieux ce mercredi et nous évoquions ce mercredi matin la possibilité qu'il se rende, de lui-même, dans une gendarmerie. Il a préféré le centre-ville du Puy et le commissariat.
Le jeune homme de 22 ans a été placé en garde-à-vue. Il encourt jusqu'à sept ans de prison pour menaces (des e-mails à son père) et coups et blessures avec armes sur ascendant. Reste à savoir s'il est responsable pénalement sachant qu'il a un passé psychiatrique.

Le procureur de la République du Puy-en-Velay, Jacques Louvier, avait fait le point sur les recherches du "forcené" présumé de Farreyrolles, ce mercredi 6 juillet à 9h30. N'est-ce pas une débauche de moyens pour pas grand-chose ?

Propos recueillis par Annabel Walker

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