Le cri d’alarme des sportifs du 43 sur le climat

ven 06/03/2020 - 12:27 , Mise à jour le 27/11/2020 à 09:03

Voici la tribune paraphée par dix athlètes altiligériens et évoluant dans des sports divers, allant de la course pédestre au Badminton. 

« Le sport est pour nous, assurément, l’une des expressions de l’accomplissement humain. Tous les sports nécessitent le goût de l’effort, la persévérance, le respect des règles et le fair-play, l’esprit d’équipe, une certaine force mentale et diverses formes d’intelligence tactique et stratégique. Chaque sport incarne des valeurs dont nous avons besoin pour vivre ensemble. Il les incarne au sens propre : il les fait vivre dans le corps des athlètes et dans le corps social de celles et ceux qui se réunissent pour les admirer et les encourager ». 

Le sport, un médicament préventif efficace
« Le monde du sport évolue avec son temps. Il agit comme un booster de modernité qui rejaillit sur l’ensemble de la société. Sur le plan matériel, les recherches qui sont faites pour développer les équipements des sportifs et sportives de haut niveau bénéficient ensuite à tous les pratiquants. Sur le plan de la santé, des études prouvent régulièrement que la pratique sportive permet d’améliorer son autonomie tout en luttant contre les pathologies chroniques et affections de longue durée… Pratiqué dès le plus jeune âge, dans le cadre scolaire ou en dehors, le sport contribue à faire de nous des êtres complets, bien dans leur corps et pas seulement tournés vers les écrans. Sur le plan du vivre ensemble, il permet à chacun et chacune d’être reconnu-e selon ses mérites, quel que soit son sexe ou son origine sociale ou ethnique. Enfin, de plus en plus, sportifs et sportives de haut niveau s’expriment pour lutter contre le racisme, contre le sexisme, et on l’a vu récemment, contre les violences faites aux femmes ». 

La Haute-Loire préservée. Pour combien de temps ?
« Nous, sportifs et sportives de Haute-Loire, sommes fiers de faire vivre nos disciplines dans un département et au sein de communes qui les soutiennent avec cœur. Au-delà des installations matérielles, nous avons la chance de bénéficier de vastes étendues de nature préservée, de points d’eau protégés, d’un climat où les canicules restent encore limitées. Sans cela, nous n’aurions tout simplement plus les conditions nécessaires pour nous entraîner ». 

« Pourquoi devons-nous attendre qu’il se passe quelque chose de grave ? »
« Mais les évolutions climatiques qui se dessinent depuis le début du siècle nous imposent un certain nombre d’inquiétudes et de remises en question. Les sportives et les sportifs sont directement touchés lors des plus grandes compétitions. L’US Open de 2018 s’est déroulé dans les conditions extrêmes d’une canicule frôlant parfois les 40 degrés ressentis, engendrant de multiples abandons. Cette année, c’est à Melbourne que les joueuses et joueurs de tennis ont suffoqué dans les fumées des incendies, pendant les qualifications de l’Open d’Australie. Le 14 janvier dernier, Elina Svitolina, 5e joueuse mondiale, a tweeté : « Pourquoi devons-nous attendre qu’il se passe quelque chose de grave pour faire quelque chose ? » Le français Gilles Simon a lui aussi critiqué la décision de faire jouer des matches dans ces conditions ».

Attendre que l’on se prenne le mur qui arrive en face à pleine vitesse
« Or ces conditions sont précisément amenées à se renouveler fréquemment à l’avenir, d’après les projections des experts du GIEC, et les organisateurs des grandes compétitions préfèrent imposer des situations intenables aux athlètes plutôt que de se questionner sur la source du problème et les moyens à mettre en œuvre pour y remédier (ou du moins cesser de l’aggraver). Chacun voit midi à sa porte, chacun œuvre avant tout pour le profit immédiat, quitte à mettre en danger la santé des championnes et des champions ». 

Définir les priorités
« Bien sûr, en Haute-Loire, la canicule n’a jamais encore causé l’annulation d’une compétition, ni même restreint la pratique amateure. Mais que dire de l’absence de neige cette hiver sur les domaines nordiques du Mezenc et du Meygal ? Et qu’augurent pour nous les sécheresses qui se prolongent chaque automne ? Peut-on imaginer de manière réaliste que nous allons, à l’instar des organisateurs des tournois internationaux de tennis, continuer à organiser nos compétitions comme si de rien n’était, quelle que soit la température et les conditions météos ? En fermant les yeux sur les urgences vitales dans lesquelles se trouvent l’ensemble de notre société ? Dans un monde de plus en plus instable, où la biodiversité s’effondre, où les événements climatiques extrêmes se multiplient et pèsent de plus en plus lourd sur l’agriculture, quelles doivent être aujourd’hui nos priorités ? »

La vie et la nature bien avant le sport
« Le sport est un esprit avant d’être un modèle économique. Si le tourisme sportif est source de revenu pour un département comme le nôtre, nous le devons aussi à la part de nature sauvage qui demeure et qui doit être respectée. À la veille des élections municipales, il nous paraît plus pertinent de voter pour les candidats qui se préoccupent de la qualité de l’air, de l’eau et du climat plutôt que de repeindre les vestiaires et de remplacer la pelouse par du synthétique… On peut survivre à la peinture qui s’écaille… pas à la pénurie d’eau potable ou à la disparition des abeilles. Pour favoriser la pratique sportive en Haute-Loire, il faut commencer par préserver la vie elle-même ».

Cette tribune a été signée par les sportifs suivant :
BARRY Alexandre Natation (Agglo le Puy en Velay Natation et maintenant ASM Chamalieres Natation). Champion de France Promotionnel du 100m Brasse, Champion de France Universitaire du 4x50m 4n. Évolution au niveau N1 Élite (compétition qualificative pour les jeux olympiques de Tokyo)
IMBERT Thibaut Course en montagne, Velay Athlétisme, triple champion de France espoir de course en montagne, vainqueur de multiples Trails
TAVERNIER Florian Champion de France de Judo, Judo Club Brivois
GENEST Emmanuelle Dirigeante de L'Étoile, centre équestre de Beaulieu 
VILLARD Laure Judo, Judo Club Brivois , pratiquante et dirigeante de club 
AUGER Pascal Coach triathlon et nage en eau libre. Organisateur de stages sportifs (disciplines liées à la nature) en Auvergne
CARRIER Marion Monitrice d’équitation indépendante
EYRAUD Kevin Président du Comité 43 Badminton
FARICIER Robin Course à pied, spécialiste course de montagne, club Velay Athlétisme, vainqueur de nombreuses courses et trails - plusieurs sélections avec l’équipe de France de montagne
DAVIES Emma Badminton, licenciée au club I’M BAD BEAUMONT, adhérente au CBBCHL 43, classement nationale 3 en double mixte, régionale en simple et double dame

J.B.B.

À découvrir

Contenus sponsorisés

Vos commentaires

Se connecter ou s'inscrire pour poster un commentaire