"Je pensais avoir assez d'avance pour leur échapper"

lun 03/07/2017 - 20:23 , Mise à jour le 27/11/2020 à 08:46

La course-poursuite semble avoir été très impressionnante, ce vendredi 30 juin 2017, entre un jeune Ponot de 23 ans et les forces de l'ordre. Surtout qu'il y a beaucoup de circulation et de piétons entre 17h45 et 18h. Le théâtre de la cavale se situe, grosso modo, entre Taulhac et la zone de Chirel.
Le prévenu est bien connu des services de police : il compte déjà une quinzaine de mentions au casier judiciaire, dont sept pour conduite sans permis. Une magistrate a fait le calcul : pour ce seul délit, il a déjà effectué un an et trois mois de détention.

Les quatre roues de l'Audi A3 décollent sur un dos d'âne
Lorsque l'équipage de police reconnaît le véhicule et son chauffeur, il décide de l'interpeller. Le jeune homme, conscient d'être dans le cadre d'une récidive légale, prend le risque de leur échapper et détale à toute vitesse. Les infractions au code de la route ne peuvent être toutes recensées (le tribunal lui fera même « cadeau » des contraventions qui y sont liées) : franchissement de ligne blanche, excès de vitesse, circulation à contre-sens, feux rouges grillés, refus d'obtempérer, barrages de police forcé… Plusieurs témoins disent même avoir vu les quatre roues décoller sur un dos d'âne.

----Pas de balles perdues
Les huit balles ont été retrouvées : six dans le véhicule et deux dans le sol.-----Deux barrages et huit coups de feu ne suffisent pas à l'arrêter
Un premier barrage de police lui coupe la route mais le jeune homme ne s'arrête pas, frôlant un policier qui a déjà été renversé en 2012. Si le fonctionnaire n'est pas blessé, le stress post-traumatique fait état d'une ITT (interruption totale de travail) de six jours. L'agent de police tire alors plusieurs coups de feu en direction des roues du véhicule mais ne parvient pas à le stopper dans sa course effrénée.
Le jeune homme continue de multiplier les infractions et en arrivant sur la zone de Chirel, il voit un second barrage de police. Il fonce alors, en empruntant le talus en herbe, vers le parking d'un magasin de jouets pour tenter de repartir en direction de la RN88.
À nouveau, des coups de feu sont tirés, « pour l'empêcher de renverser quelqu'un », explique l'un des policiers à la barre. Il parvient à gagner le rond-point le plus proche et redescend en direction de Vals en traversant le parking du centre commercial à vive allure. C'est finalement rue du Pont, dans le vieux Vals, qu'il va se retrouver coincé par d'autres véhicules, la voie étant à sens unique. Il est enfin stoppé et interpellé par les policiers, après 15 minutes de cavale sur environ 12 km.

« Je roulais vraiment très vite, je comprends que le policier ait eu peur »
À la barre, le jeune Ponot ne se fait guère d'illusions. Il va reconnaître l'ensemble des infractions qui lui sont reprochées, hormis une (pourtant mineur par rapport aux autres : la rebellion lors de l'interpellation). Et pourtant, la liste est longue : refus d'obtempérer avec risque de mutilation, infirmité ou mort (lorsque le barrage a été forcé), violences sur des fonctionnaires de police, puis toutes les infractions suivantes sont dans un cadre de récidive légale : conduite sans permis, sans assurance, usage de stupéfiants, rebellion, port d'une arme blanche (une lame de 21 cm).
« Je roulais vraiment très vite, je comprends que le policier ait eu peur », dit-il aux magistrats, « j'ai eu très très peur pour les autres et pour moi, ce que j'ai fait était vraiment très très dangereux, je n'ai pas réussi à réfléchir correctement », tente-t-il de se justifier.

Le « miracle » et le « comportement criminel » ne sont pas partagés par tous
« C'est un miracle », estime l'avocate de la partie civile (cinq policiers), « on a évité de peu un véritable carnage ; il faut saluer le sang froid de ces policiers et on ne peut accepter de dire que c'est simplement leur travail ». Une indemnité de 1000 € a été requise pour chacun d'eux, ainsi qu'un renvoi sur intérêt civil pour l'agent traumatisé. Le Ministère Public lui a emboîté le pas, observant « un comportement criminel » et partageant le constat du « miracle ». Elle a requis une peine de trois ans d'emprisonnement.

Une course-poursuite nécessaire ?
L'avocate de la défense a demandé à chacun de modérer ses propos, le terme "criminel" lui semblant exagéré. Elle a interrogé la pertinence de déclencher une course-poursuite à ce moment de la journée alors que le prévenu est connu des services et qu'il aurait pu être interpellé à tout autre moment. Quant aux demandes des policiers, elle les a jugées un peu exagérées, aucun n'ayant été blessé et un seul ayant une ITT.

Les indemnités revues à la baisse
Après délibérations, le tribunal correctionnel du Puy a reconnu le jeune Ponot coupable et l'a condamné à une peine de trois ans d'emprisonnement, "compte tenu de la gravité des faits et de la récidive". Les scelllés ont été confisqués (notamment la voiture) et une interdiction de porter une arme pendant trois ans a été prononcée.
Les parties civiles sont recevables mais leurs indemnités ont été revues à la baisse : 600 € pour trois d'entre eux, 800 € pour un autre et enfin un renvoi sur intérêt civil pour le plus traumatisé par la course-poursuite.

Maxime Pitavy

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