« Je ne me laisserai pas intimider » : l’inspectrice d’académie répond aux syndicats

Par Annabel Walker jeu 28/01/2021 - 14:40 , Mise à jour le 28/01/2021 à 14:40

Cinq fédérations syndicales de Haute-Loire annoncent saisir les autorités supérieures pour rappeler Marie-Hélène Aubry « à ses obligations de respect de ses interlocuteurs ». Des « insultes » et des « mensonges » aux yeux de l’intéressée.

Ce mardi 26 janvier, des personnels enseignants et non-enseignants de l’Education nationale ont manifesté au Puy-en-Velay dans le cadre d’un appel national. Les antennes départementales de cinq syndicats enseignants (Fo, Fsu, Unsa et Cgt) ont boycotté l’audience qu’elles avaient sollicitée et obtenue auprès de l’inspectrice d’académie. Marie-Hélène Aubry l’a fait savoir dans un communiqué aux média locaux. L’intersyndicale a répondu par son propre communiqué ce mercredi soir. Dans ce texte, l’inspectrice d’académie est prise à partie directement comme ne respectant pas le processus démocratique du dialogue social. Face à ce qu’elle considère comme des « insultes », Marie-Hélène Aubry se réserve la possibilité de répondre sur le plan juridique si l’affaire devait prendre une telle tournure.

Rapport de force

Les fédérations syndicales appellent leurs membres à se réunir par établissement, par école, par service, par secteur pour préciser leurs cahiers de revendications dans le but de revenir plus nombreux encore les déposer à l’inspection académique.

Il est ainsi reproché à la DASEN (directrice académique des services de l'Éducation nationale) d’avoir refusé de recevoir l’ensemble des représentants de la délégation intersyndicale « en prétendant imposer des conditions inacceptables » ce mardi.
Sollicitée par notre rédaction, Marie-Hélène Aubry se dit attristée de lire « de tels mensonges ». Et de relater la demande d’entretien, cinq ou six jours à l’avance, des syndicats. « J’avais juste posé comme règle qu’il ne fallait qu’un seul représentant par organisation pour limiter le nombre de participants en période d’épidémie », précise-t-elle. Dans leur confirmation de présence au rendez-vous par courriel lundi, trois organisations donnaient le nom de leur délégué, Sud annonçait que personne ne viendrait en son nom et Fo ne donnait pas encore de nom. N’a-t-elle pas tenté de trier quels représentants syndicaux assisteraient à la rencontre ? « C’est totalement faux ; comment aurais-je pu ? Je n’étais pas à l’entrée dans la cour, j’ai attendu pendant 45 minutes dans la salle de réunion au rez-de-jardin quand ma secrétaire générale m’a annoncé que les délégués syndicaux ne voulaient plus être reçus. » 

Les éventuelles fermetures de classes pas fournies à l'avance

Le communiqué de l’intersyndicale affirme que la DASEN refuse de fournir les documents obligatoires pour l’établissement de la carte scolaire. « C’est faux, répond encore Marie-Hélène Aubry, nous avons fourni tous les documents normaux en vue du comité technique de préparation de rentrée qui a lieu ce jeudi après-midi. » Les organisations syndicales ont d’ailleurs demandé deux autres documents le vendredi matin, envoyés le soir même. Ceux-ci comportaient la liste des enfants de moins de trois ans. « Je suis gentille de la leur fournir, estime-t-elle, parce que je ne reçois pas de moyens supplémentaires pour ces enfants. » 
L’inspectrice d’académie croit savoir ce que les syndicats attendent d’elle : « Ils veulent que je leur fournisse une liste stabilottée des prévisions de fermetures mais c’est justement lors de l’instance que l’on en discute, je ne pars pas d’éléments pré-conçus, ce ne serait pas démocratique. » Peut-être que ses prédécesseurs, eux, avaient une liste stabilottée ? Marie-Hélène Aubry ne se prononcera pas là-dessus.

« La Haute-Loire perd énormément d’élèves depuis des années ».  Marie-Hélène Aubry

Dans la même idée, les syndicats accusent la DASEN de refuser de réunir les commissions obligatoires relatives à la carrière des enseignants (avancements et mutations). Ces commissions paritaires (à égalité de représentants du personnel et de l’administration), affirme-t-elle, ont été supprimées par la loi de réforme de la fonction publique (pas que dans l’Éducation nationale) votée le 6 août 2019. Cette disposition est entrée en vigueur au 1er janvier 2021. C’est donc la première année de changement. Mais si ces commissions ne sont plus « obligatoires », sont-elles facultatives et donc possibles ? Non, répond Marie-Hélène Aubry : « J’ai assisté à des formation interministériels et on nous interdit de tenir des commissions de substitution ou des groupes de travail déguisés. » Car elle-même se dit personnellement favorable à ces commissions. « La réponse que j’ai faite, au nom de l’administration, n’a pas convenu aux syndicats, qui dénoncent la fin du paritarisme, ils peuvent donc faire un recours, suggère-t-elle, si j’ai mal interprété la loi, la commission sera réunie dans les huit jours ».

Un calendrier serré

Le CTA (comité technique académique) au niveau de toute l’Auvergne devait se tenir en visio le 20 janvier. Les syndicats, sauf l’Unsa, l’ont boycotté. Il a donc été reporté au 28 janvier à 9h. Sachant qu’il peut durer entre 4 et 6 heures et qu’il détermine la répartition des moyens alloués à chaque département, le CTSD (Comité Technique Spécial Départemental) a été fixé à l’après-midi à 15h. Ces instances doivent se tenir huit jours avant les prochaines vacances scolaires qui démarrent le 6 février.

Autre point d’achoppement, les horaires des réunions en visio-conférence « limitant les possibilités de débat » selon les syndicats. « 15 heures, vous trouvez que c’est un horaire insensé ? » Et d’expliquer que son assistante s’était trompée dans son email évoquant un horaire de transmission des codes de connexion à 16h45, ensuite rectifié à 14h45. Quoi qu'il en soit, un début à 15h signifie une fin aux alentours de 19h30.

Les cinq fédérations syndicales annoncent saisir les autorités supérieures pour qu’elles « rappellent Mme la DASEN de Haute-Loire à ses obligations de respect de ses interlocuteurs et à travers eux, des personnels de l’Education Nationale ». « Je ne me laisserai pas intimider, répond-t-elle, je suis zen. »

 

« Dans des conditions rendues difficiles par les mesures gouvernementales, les fédérations FNEC FP FO 43, FSU 43, UNSA 43, SUD 43 et CGT Educ’action 43 se félicitent du fait que la grève ait été très suivie dans le département, (plus de 40% de grévistes dans le département). Cette mobilisation des personnels qui a conduit à ce qu’environ 250 d’entre eux manifestent au Puy, expose les problèmes auxquels ils sont confrontés, qui découlent des orientations et directives gouvernementales de remise en cause des services publics, de l’école et de ses personnels. Ainsi les personnels rejettent les suppressions de postes qui, en surchargeant les effectifs des classes mettent en cause le respect des règles sanitaires et la qualité des enseignements et les conditions de travail des personnels. Ces mesures font d’ailleurs peser des menaces sur l’existence même de certains établissements comme l’EREA [établissement régional d’enseignement adapté, Ndlr] de Brioude actuellement en grave pénurie d’enseignants. 
À l’image de ce qu’ont obtenu les personnels hospitaliers (183 € nets mensuels pour tous), les personnels revendiquent des augmentations de salaires à l’inverse des misérables augmentations ponctuelles et individualisées envisagées par le ministre Blanquer. Ils réclament une hausse du point d’indice et un rattrapage des pertes de pouvoir d’achat liées au blocage de celui-ci depuis 10 ans. 
Les personnels rejettent le recours à des embauches de contractuels et revendiquent le retour à des recrutements d’enseignants sous statut, notamment par le biais des listes complémentaires. Ils demandent que cette mesure soit élargie aux actuels AED [assistants d'éducation, Ndlr] et aux AESH [Accompagnant des élèves en situation de handicap, Ndlr]. Ils rejettent la territorialisation de l’école et les transferts d’agents vers les collectivités (personnels médicaux et gestionnaires). 
Les personnels rejettent catégoriquement les modifications de calendrier scolaire auquel réfléchit le ministre en déplaçant 15 jours de congés de juillet aux congés d’hiver
. »

 

 

 

 

 

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5 commentaires

me

ven 29/01/2021 - 22:25

C'est vrai ça, si les enseignants se contentaient de faire leur boulot ! Enseigner de manière personnalisée dans leur classe à 29 élèves aux profils différents : différents handicaps accompagnés par une aesh "mutualisée" payée à coup de lance pierre, élèves parfois perturbateurs, parfois en grande difficultés, parfois normaux scolairement, en difficulté parfois puis vite débloqués , non francophones pour certains, inclus des classes spécialisées, d'âge différents (4 ou 5 niveaux).... Mais oui bordel, ils n'ont qu'à enseigner au lieu de multiplier les réunions avec les psychologues, les professionnels de santé, les collègues, les collectivités, les services sociaux, au lieu de jouer à l'infirmière, à l'informaticien, au psy, au plombier, à la femme de ménage.... Hein, non mais oh !!!! Assez c'est assez ! Une craie et au boulot ! Si tout le monde ne suit pas, on s'en fout. Les yaka et les fokeu ont tous une idée de l'école puisqu'ils y sont allés.... A moins que l'école d'aujourd'hui ne soient plus là même qu'hier ?

me

jeu 28/01/2021 - 20:01

et si les enseignants se contentaient de faire leur boulot : enseigner ? et si les pseudos syndicats abandonnaient leur heures de représentation pour bosser surtout en ce moment. S 'ils comprenaient que c'est l'état qui commande et non les enseignants . Dans le priv" quand on conteste publiquement son employeur on va voir ailleurs

ga

jeu 28/01/2021 - 17:53

Lo ! Cette corporation travaille beaucoup et bien la plupart du temps (les parents s'en sont rendus compte d'avril à juillet dernier quand il leur a fallu s'occuper des enfants qu'ils se contentaient d'accoucher auparavant). Par contre, je partage votre opinion sur ces syndicats qui revendiquent tout et n'importe quoi, qui ne représentent personne et qui parle d'un travail qu'ils ont toujours fui par fainéantise. Quand je vois qu'ils s'offusquent qu'on leur impose des programmes scolaires leur sommant d'apprendre à lire et écrire au élèves, je me dis qu'ils se sont trompés de vocation : il fallait postuler dans une compagnie de cirque, pas dans l'Education Nationale.

lo

jeu 28/01/2021 - 17:40

Je pense comme une majorité de français, que cette corporation ferait bien de faire profil bas avec tous les avantages qui sont les leurs. Quand aux syndicats qui les couvrent, inutile de préciser qu'ils sont là, d'avantage pour détruire que pour construire et surtout pour manipuler les plus hésitants. NAVRANT !

st

jeu 28/01/2021 - 14:52

Madame Aubry peut fanfaronner car effectivement, elle a le soutien de son ministre qui ne rêve que d'une chose : transformer l'Education nationale en entreprise. Ce n'est pas un hasard si les ronds de cuir de la hiérarchie ont touché des belles primes. Pas comme la prime informatique que les profs (ceux qui ne sont pas dans les bureaux...) attendent toujours.