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Il est plus sûr de prendre l'avion que la voiture

ven 29/08/2014 - 16:33 , Mise à jour le 26/11/2020 à 19:24

Alors que le volcan Bardarbunga est entré en éruption en Islande dans la nuit de ces jeudi 28 à vendredi 29 août 2014, toutes les compagnies aériennes guettent la présence de micro-particules de cendres dans le ciel. Mais, jusqu'ici le Bardarbunga n'a pas émis de cendres. Dans un premier temps  le trafic aérien au-dessus du volcan avait été interdit ; il a de nouveau été autorisé à la mi-journée.

La sécurité aérienne revient donc à la Une de l'actualité après un été noir. En l'espace d'une semaine, trois avions se sont écrasés fin juillet, faisant 462 morts. En tout, depuis janvier 1 052 personnes sont mortes en avion dans le monde en 2014, contre 459 pour l'année 2013 entière (voir le nombre de morts par an). Pourtant, l'avion reste le moyen de transport le plus sûr. Pour comparaison, les accidents de voiture ont tué 3 260 personnes rien qu'en France en 2013.

Alexandre Rouchon, dirigeant d'Hexair, la compagnie aérienne basée à Loudes, nous explique comment est assurée notre sécurité dans les airs. Celle-ci repose sur trois axes : la formation des pilotes, l'entretien des machines et une organisation basée sur le réactif et le prédictif.

----Hexair applique exactement le même programme de sécurité des vols que les grandes compagnies. En effet, la même réglementation européenne s'applique aussi bien sur un Airbus A380 que sur les petits avions à hélices de 19 places d'Hexair. Le système de gestion de la sécurité est donc strictement le même pour Air France que pour la compagnie vellave.----- Zoomdici : Comment sont formés vos pilotes ?
Alexandre Rouchon : « Concernant la formation des pilotes, nous sommes surveillés deux fois par an par le pôle expertise personnel navigant de la DGAC (Direction générale de l'Aviation civile). De plus, nous avons un système de formation interne avec trois contrôles sur avion par an par pilote et une semaine de stage théorique tous les ans. Il s'agit du minimum réglementaire de l'Union européenne et appliqué dans la compagnie pour toute l'Europe. Et cette année, en octobre, nous rajoutons des entraînements sur simulateur, sans prendre de risque, pour les six pilotes de la compagnie, dans une école spécialisée à Nîmes. »

Zoomdici : Comment est vérifié l'état des avions ?
A. R. : « Pour l'entretien de nos machines, nous sommes sous contrat avec un organisme d'entretien à Chambéry. Nous procédons à des visites de routine toutes les 50 heures sur nos avions. En clair, toutes les deux semaines, les organes principaux et vitaux de l'avion sont vérifiés.
Ensuite, toutes les 200 heures, donc environ tous les deux mois, l'avion part en révision pendant trois ou quatre jours. A cela s'ajoute  un cycle complet de révision de toutes les parties de l'avion étalé sur six visites en 24 mois maximum, soit toutes les 1 200 heures. Nous, nous faisons les six visites en un an. De plus, les moteurs sont remis à neuf toutes les 6 000 heures, soit tous les six ans. »

Zoomdici : Le troisième axe, vous dîtes, c'est anticiper par rapport aux retours d'expériences. Comment vous vous y prenez ?
A. R. : « C'est ce qui s'appelle le système de gestion de la sécurité (SGS), une nouveauté depuis deux ans pour toutes les compagnies européennes. On met en place un programme proactif où l'on fait une analyse des événements passés, avec un retour d'expériences. Ce bilan sera traité lors de la semaine de révision annuelle théorique. Et tous les trimestres, il y a une réunion des responsables de la compagnie appelée la Safety review board (SRB) pour parler des risques prédictifs. Nous mettons des barrières à échéance de trois ou six mois pour vérifier si nos plans d'action ont permis d'améliorer nos dispositifs.

Par exemple, en cas d'éruption de volcans, depuis un an nous avons une procédure applicable immédiatement. Nous consultons un site dédié qui pointe les zones de contamination dans le ciel européen selon trois niveaux : présence de micro-particules de cendres, de particules plus grosses ou encore plus grosses. Nous avons décidé que nous pouvions voler dans les particules les plus fines en sortant des anti-givrages moteur pour éviter que les particules n'entrent dans les moteurs. Ensuite, au sol, nous ferons des visites post-vol pour déceler, le cas échéant, des éléments de l'avion endommagés par de l'abrasion des cendres volcaniques. Si c'est le cas, nous stoppons les vols, nous contactons l'atelier de maintenance et il y a une visite qui va faire une inspection détaillée des organes, surtout des moteurs.

Autre exemple, le givrage. Nous envisageons le pire, nous faisons des procédures, bien que cela ne nous soit jamais arrivé. La compagnie Hexair n'a jamais eu d'incident grave, de quelque type que ce soit, depuis sa création en 1991, en 30 000 heures de vol à son actif, grâce notamment à la mise en place de tous ces systèmes. »

Zoomdici : Quelle a été votre réflexion après les trois accidents successifs cet été ?
A. R. : « Le problème, dans ce métier-là, c'est qu'un accident d'avion est toujours médiatique alors que l'aérien est le moyen de transport le plus sûr au monde... après l'ascenseur !
Et puis, il n'y pas de lien entre les trois accidents. Déjà, il y en a un qui est un attentat, celui tiré par un missile en Ukraine, donc là, on ne peut pas considérer que ce soit un problème d'entretien, de formation ou de gestion.
Celui de Taïwan, il y avait des conditions météo exécrables à l'atterrissage avec un typhon. Il aurait fallu renoncer à atterrir là. On remarque d'ailleurs que l'écrasante majorité des accidents à notre époque ont lieu en Asie, en Afrique ou en Europe de l'Est. A contrario, les compagnies aériennes d'Amérique du Nord et d'Europe occidentale sont beaucoup plus sûre parce que les réglementations ne sont pas les mêmes. Des avions qui ne volent plus en France sont récupérés par des compagnies de ces pays-là. »

> Consulter la liste noire des compagnies aériennes de l'Union européenne, mise à jour le 10 avril 2014.

Zoomdici : Avez-vous ressenti une baisse de la fréquentation suite aux crashes à répétition ?
A. R. : « Non, je ne pense pas. Mais je ne vous cache pas que le troisième accident étant arrivé fin juillet, on s'est dit que ça allait faire du bien de ne pas voler pendant tout le mois d'août pour que les gens reprennent un peu confiance dans l'aérien. Mais, nous travaillons en grande majorité avec des habitués. Les passagers voient les pilotes car nous gardons les portes ouvertes, donc il y a une proximité qui minimise peut-être les craintes éventuelles des gens comme sur des gros avions. »

Propos recueillis par Annabel Walker

  • Hexair en chiffres

2 avions
6 pilotes
3 personnels au sol
1 aller/retour Le Puy (Loudes) / Paris Orly le matin, 1 aller/retour le soir, du lundi au vendredi
19 places par avion de type Beechcraft 1900D, avions à bi-turbo propulseurs, donc à hélices.
7500 passagers par an sur la ligne régulière
Le 2ème avion ne fait que du vol charter, à la demande, par exemple pour les entreprises, les équipes de sport, les associations ou encore les comités d'entreprises.
90% de la clientèle est une clientèle d'affaires

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