Harcèlement au travail : « J’essayais de ne jamais être seule »

Par Nicolas Defay lun 15/03/2021 - 07:00 , Mise à jour le 15/03/2021 à 07:00

L’Union Départementale CGT a organisé jeudi 11 mars une journée d’étude sur le harcèlement dans dans les entreprises. Les délégués présents ont appris à repérer les agissements douteux et à sensibiliser sur l’importance du dialogue dès les premiers signes de harcèlement.

Ils viennent tous d’entreprises de la Haute-Loire, de tailles et de secteurs d’activités différents. Ensemble, ils apprennent à définir précisément ce qu’est un harcèlement, notamment les Violences Sexistes et Sexuelles au Travail (VVST). L’objectif ? Qu’ils deviennent des référents en la matière au sein de leur propre entreprise afin de prévenir du harcèlement et de protéger les victimes. « L’objet de cette étude est de donner à nos camarades les outils théoriques et réglementaires pour enrayer toute forme de harcèlements au travail, explique Gauthier Cordeau, responsable de la formation CGT 43. Dans une entreprise, il y a des rapports de domination entre les supérieurs et les strates inférieures. Le harcèlement homme à homme sera plutôt caractérisé par des pressions liées au travail à fournir. Mais si la victime est une femme, il sera souvent doublée par un harcèlement sexuelle et sexiste ».

« Le harcèlement au travail est quelque chose de sournois. Ça part d’une blague graveleuse et monte ensuite en intensité au cours des jours. Il ne faut jamais laisser s’installer cette ambiance nauséabonde car elle peut vite devenir insoutenable pour la victime ». Gauthier Cordeau

Photo par Nicolas Defay

La loi du silence au travail

Nicolas Immarigeon, formateur à l’Association régionale pour l’amélioration des conditions de travail (Aract), nous apprend par exemple que « seulement 30 % des femmes actives ayant été victimes de harcèlements sexuels en ont parlé à quelqu’un, précise-t-il. Et moins d’un quart à leur direction. » Selon une étude de l’Ifop (Institut français d'opinion publique) en 2019, 59 % de personnes ayant subi des propos obscènes dans le cadre de leur travail en ont parlé à quelqu’un, mais seulement 10 % à un supérieur ou à un syndicat de son entreprise. À propos des personnes victimes de contacts non consentis sur une zone génitale, 13 % seulement l’ont fait savoir à leur hiérarchie. Et concernant le chantage d’un rapport sexuel contre une embauche ou une promotion, seules 16 % l’ont indiqué à la direction ou à un représentant syndical.

« Il va chercher le point faible et s’y engouffrer »

« Un harcèlement est une oppression, une dévalorisation de la personne de façon répétée, livre Gauthier Cordeau. Soit parce qu’elle ne fait pas son travail comme le voudraient ses supérieurs, soit en raison d’un caractère physique, de son origine, de son genre ou d’une incapacité physique. Le bourreau va répéter et répéter encore sa pression pour diminuer lentement les défenses du harcelé. » Gauthier Cordeau ajoute : « Il va chercher le point faible et s’y engouffrer afin d’imposer son pouvoir et de faire craquer sa cible ». 
Toujours selon l’enquête Ifop de 2019, les auteurs des VVST sont en grande majorité des hommes. Une étude de 2014 de cet institut démontre également que les auteurs sont à 22 % l’employeur, à 18 % un supérieur hiérarchique direct, à 41 % un collègue, ou encore à 13 % un client.

Pour 33 % des sondées : une atteinte à la santé physique et mentale
28 % : un blocage dans la carrière
14 % : un non renouvellement de contrat
11 % : un arrêt de travail
10 % : un licenciement
9 % : une démission demandée par l’employeur
7 % : une mutation
5 % : un refus d’embauche
2 % : une sanction
19 %: autre

Photo par Nicolas Defay

« Il n’aurait pas fallu grand-chose pour que cela dégénère »

Parmi les futurs référents, Cécile, 57 ans, est présente. Elle a près de 40 ans de carrière dans le commerce et a été victime de harcèlement étant jeune. « Cela m’est arrivé il y a plus de 30 ans, confie-t-elle visiblement encore affectée par son histoire. Un chef de groupe me suivait partout. Même dans les vestiaires réservés aux seuls employés. Il me suivait tous les soirs et me faisait des propositions. » D’une voix fragile, elle continue : « Je suis d’une génération où on ne savait pas. Et j’étais quelqu’un de très réservée, de très timide à l’époque. Cette personne a découvert mon point faible et s’est aperçue que j’étais une proie facile. Tout le temps, tous les soirs, durant des mois et des mois, je faisais en sorte de ne jamais être seule. Quand j’allais aux vestiaires, j’attendais que quelqu’un monte avec moi. Il n’aurait pas fallu grand-chose pour que cela dégénère ».

« L’important est de définir un règlement intérieur afin que tous soient au courant des règles à respecter. Si les victimes se sentent dans la capacité de parler en toute confiance, nous ferons alors avancer les choses dans le bon sens ». Gauthier Cordeau

« Il faut en parler à ses collègues et ne pas avoir peur de répondre »

Devant le refus continuel de Cécile et des regards suspicieux des autres employés, son bourreau s’est finalement lassé. Il ne s’est rien passé physiquement. Mais plus de trois décennies après, Cécile s’en rappelle encore ; une expérience gravée à jamais en elle. « J’avais peur mais je me persuadais qu’il n’arriverait rien, partage-elle. Maintenant, si cela m’arrivait une fois encore, je me défendrais. Je serais plus ferme. Et surtout, j’en parlerais aux autres ! » C’est d’ailleurs le conseil principal qu’elle inculquera à l’intérieur de son entreprise. « Il faut en parler à ses collègues et ne pas avoir peur de répondre, conclue-t-elle. Car je pense vraiment que cela peut vite aboutir à la dépression et devenir un véritable cauchemar quotidien pour la victime ».

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