Grève des labos : « Un non sens et une hypocrisie aberrante de la part de l’État »

Par Nicolas Defay mer 16/11/2022 - 12:00 , Mise à jour le 16/11/2022 à 12:00

Depuis lundi 14 novembre, 95 % des laboratoires d’analyses médicales en France ont temporairement fermé leur porte. En Haute-Loire, toutes les structures privées participent au mouvement. Explication.

Dans le département vellave, les quatre entités d’Altilabo (Taulhac, le Puy, Brives-Charensac et Monistrol-sur-Loire, soit 120 professionnels) sont actuellement à l’arrêt tout comme le laboratoire clermontois Gen-Bio qui a des sites de prélèvement à Brioude et Langeac et le ligérien Cerballiance, influent du côté d’Yssingeaux.

D’après les quatre syndicats de la corporation, la grève touche 3 900 laboratoires sur les 4 100 que la France compte. Elle devrait se terminer ce soir, mercredi 16 novembre. Mais le verbe est à mettre au conditionnel tant les professionnels se sentent biaisés par l’attitude du gouvernement à leur égard. « L’assurance maladie nous a présenté un plan d’économie de 250 millions d’euros par an jusqu’en 2026, commence Jean-François Nattero, biologiste chez Altilabo depuis novembre 2011. Au total, le gouvernement espère donc une économie d’un milliard d’euros de notre côté ».

« Il y a déjà eu des grèves dans les laboratoires d’analyses médicales mais jamais le mouvement n’a été aussi suivi. » Jean-François Nattero

« Ils peuvent faire des efforts, je ne lâcherai pas sur ce sujet »

Lui et ses confrères/consœurs sont d’accord pour participer à l’effort collectif seulement pour l’année 2023 et améliorer ainsi les comptes publics. Mais les accusations du gouvernement les laissent pantois.

Selon Gabriel Attal, ministre des comptes publics, les laboratoires d’analyses auraient engrangé des profits phénoménaux durant les deux ans de la crise Covid. Le ministre exige en ce sens cette économie d’un milliard d’euros. « Ils peuvent faire des efforts, je ne lâcherai pas sur ce sujet », a t-il déclaré lundi 14 novembre sur LCI.

Des chiffres tronqués et manipulés selon les biologistes

Toujours d’après Gabriel Attal, les professionnels en question auraient augmenté leur bénéfice net de 18 à 30 % grâce aux innombrables analyses « Covid ». Des annonces de chiffres qui a fini d’embraser le secteur car totalement faux selon les accusés. Le ministre confondrait marge brute et bénéfices nets, dixit les syndicats. Les bénéfices se seraient seulement accrus de 12 à 16 %, dopés par une politique de dépistage voulue et martelée par le gouvernement lui-même.

« L’attitude du gouvernement, son mode de négociation et ses accusations infondées n’alarment pas seulement les professionnels des laboratoires d’analyses médicales. C’est tout le secteur médico-social qui s’inquiète de ce mur qui ne veut rien entendre ». Jean-François Nattero

« En face, toute négociation semble verrouillée »

Jean-François Nattero souligne : « Nous avons fait qu’exécuter ce que nous demandait le gouvernement pendant les deux années de la crise sanitaire ! Et maintenant, il nous reproche d’avoir appliqué leur politique ! C’est un non sens et une hypocrisie aberrante de la part de l’État. »

Il rappelle encore : « Nous sommes tout à fait enclins à participer à la première tranche d’économie de 250 millions d’euros en 2023. Mais en face, toute négociation semble verrouillée. Le Sénat lui-même valide totalement nos propositions et comprend notre incompréhension ».

« Que cette grève inadmissible ne mette pas en péril les parcours de soins des patients »

Les moyens d’actions des biologistes et des techniciens des laboratoires pour signifier leur colère ne se cantonnent pas qu’à une grève quasi-généralisée. Depuis peu, ils ne participent plus au groupe de travail pour améliorer le système de santé, ni ne transmettent les résultats Covid au gouvernement pour leurs statistiques. « Seul les prescripteurs et les patients sont bien évidemment au courant des tests », précise Jean-François Nattero.

Du côté du ministère de la santé, il est demandé aux laboratoires d’analyses médicales de stopper leur mouvement en espérant « que cette grève inadmissible ne mette pas en péril les parcours de soins des patients ». À noter que des dispositions concernant les labos altiligériens ont été mises en place pour assurer les analyses d’urgence.

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4 commentaires

ma

jeu 17/11/2022 - 15:30

Si les laboratoires se sont enrichis, ce que disent effectivement les chiffres, ils paient déjà les impôts correspondants à cet enrichissement, ils participent donc déjà à l’effort national, de mon point de vue. Les faire trop payer pour rembourser le « quoiqu’il en coûte », aboutira à ce que les laboratoires fassent des économies sur les sites les moins rentables, ceux de proximité, créant des “déserts de labos” » ou ils seront repris par des groupes financiers qui ne regarderont ni la proximité ni la qualité.

od

mer 16/11/2022 - 21:52

Je ne pense pas qu'une seule personne sur cette terre n'ait pas compris que le covid a fait gagner un fric de fou... aux laboratoires !!!!!!!

Tout le monde sait bien qu'ils se sont énormément enrichis ... aujourd'hui, le déficit public est important et ceux qui se sont enrichis sur cette pandémie peuvent participer à compenser la dette existante. Sinon, ce sont nous contribuables qui paieront... cela s'appelle rendre un peu d'argent gagné dans cette situation atroce...

se

mer 16/11/2022 - 18:01

L :  C est honteux cette grève qui n a pas de sens! Depuis 2020 et le covid ils ont  engrangé de l activité et donc du résultat. Ils ont qu a mettre les bilans 2019 2020 et 2021 et alors on verra bien!

bc

mer 16/11/2022 - 14:22

Tensions autour de la sortie de la politique « quoi qu’il en coûte » !!!