En se formant, les syndicats espèrent endiguer la vague bleue marine

jeu 12/06/2014 - 18:57 , Mise à jour le 12/06/2014 à 18:57

Ce jeudi matin, environ une cinquantaine de personnes sont venues suivre la formation au centre Roger Fourneyron du Puy-en-Velay, qu'ils soient des divers syndicats participants ou encore des professeurs, des ouvriers et même des étudiants. Depuis début 2014, 23 formations ont déjà été dispensées par l'association.

Hervé Mazure, secrétaire de l'association VISA (Vigilance Initiative Syndicale Antifasciste) était invité par l'intersyndicale FSU-Solidaire-CGT du département de la Haute-Loire ce jeudi. Entretien.

 

  • Pourquoi organiser des formations destinées aux syndicalistes avec un argumentaire antifasciste ?

Ecouter sa réponse. {{audio1}}

  • On sait que le FN fait plutôt de bons scores auprès des populations aux revenus faibles, notamment les ouvriers, qui sont également proches des syndicats. Par cette action, n'y-a-til pas un risque de se distancer de cette population ?

Bien au contraire, et c'est pour ça qu'on prend position publiquement contre le FN, son programme et son idéologie, pour montrer aux salariés quelles sont nous nos valeurs sociales, de solidarité, de progrès, etc. Un des axes de lutte contre le FN, c'est de retrouver des conquêtes sociales et des conflits gagnants sur les revendications des salariés. Aujourd'hui, une partie du vote frontiste s'explique par le fait que le mouvement social et syndical connaît des défaites cuisantes depuis une bonne quinzaine d'années.

  • Comment se déroule cette formation ?

Ecouter sa réponse. {{audio2}}

  • Vous avez évoqué une disparité des territoires, quel regard portez-vous sur la présence du FN en Haute-Loire ?

Je ne suis pas de la région et nous n'avons pas encore eu assez d'échanges avec les camarades mais de ce que j'ai pu voir, la situation en Haute-Loire est du même acabit que sur le reste du territoire, c'est à dire que ce ne sont pas les villes qui sont touchées par la montée du vote FN mais bien les campagnes, à partir d'un discours qui joue sur les peurs : le fantasme de l'immigration, la paupérisation des campagnes, l'europe qui est la source de tous les problèmes du monde agricole... Ce matin, on a justement eu une question sur la difficulté de s'adresser aux retraités et aux agriculteurs. Ça tombe bien puisque la confédération paysanne a récemment rencontré l'association VISA et elle est en train de réfléchir à son adhésion pour travailer avec nous, on devrait avoir une réponse d'ici la fin du mois et ce serait pour nous un bel appui pour combattre le Front National dans les campagnes.

  • Dans quelle mesure est-ce aux syndicats de s'empare de cette question ?

Ecouter sa réponse. {{audio3}}

  • On a récemment eu une actualité qui a suscité quelques réactions extrêmistes avec l'installation de gens du voyage sur un terrain communal au Puy (lire) et le FN a aussitôt réagi. L'instrumentalisation des faits divers, est-ce un phénomène qui prend de l'ampleur ?

C'est terrible mais ça a toujours été un cheval de bataille du FN. Jean-Marie Le Pen était, et il est toujours, un très bon communiquant, au-delà de ses jeux de mots terribles. Le FN a toujours sauté sur la moindre occasion médiatique pour entretenir les peurs et les fantasmes.

  • Ces petites phrases de Le Pen, comme celle de Brice Hortefeux face à une équipe télé pour ensuite dire que ces images avaient été volées, elles sont lâchées volontairement pour flatter une certaine aile du parti selon vous ?

Tout à fait, et malheureusement, ça marche.

  • Cette montée du FN n'est-elle pas quelque part l'héritage de la "droite décomplexée" dont Nicolas Sarkozy s'était tant congratulé les premières années de sa mandature présidentielle ?

Historiquement, il y a toujours eu une concurence, sur le sujet de l'immigration notamment, entre la droite classique, républicaine, et l'extrême droite. Au début des années 80, le RPR avait réalisé un colloque sur la préférence nationale, et l'organisateur n'était autre que Nicolas Sarkozy. Ces thèmes là ont toujours été travaillé et ont toujours servi de support de communication, tant à la droite qu'à l'extrême droite. Il y a un peu une course à l'échalotte sur ce terrain là et les porosités idéologiques avec une partie de l'UMP, celle de la droite dure, sont manifestes mais la droite décomplexée, contrairement à son objectif initial de syphonner des voix du FN, lui a finalement redonné un espace quasi naturel. C'est une erreur stratégique terrible du gouvernement Sarkozy, qui a donné la possibilité au Front National de se faire entendre encore plus fort sur ces questions.

Propos recueillis par Maxime Pitavy

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