En Haute-Loire comme ailleurs, oui à la vigilance mais non à la peur

mar 17/11/2015 - 12:58 , Mise à jour le 27/11/2020 à 08:37

Quelle que soit la taille de la commune ou la couleur politique du premier magistrat, ce sont plus de 260 écharpes tricolores (des maires ou leurs représentants, mais aussi des présidents d'intercommunalité) qui se sont réunies dignement à l'Hôtel du Département ce lundi après-midi dans le cadre d'un rassemblement républicain.
"Nous ne laisserons pas le terrorisme détruire notre démocratie", a déclaré en introduction Jean-Pierre Marcon, Président du Conseil Départemental, "nous sommes tous touchés, choqués, désorientés, peut être aussi effrayés... et en colère. En tout cas, nous refusons de céder à la peur".

----19 nationalités parmi les victimes
"Ce qui a été visé par les terroristes, c'est la France ouverte au monde", a déclaré François Hollande, car si la plupart avaient moins de 30 ans, "plusieurs dizaines d'amis étrangers font partie des victimes, représentant 19 nationalités". Le Président a également déploré : "la France n'est pas engagée dans une guerre de civilisation car les assassins de l'organisation État islamique n'en ont aucune".-----Face à la barbarie, "il n'y a qu'une France"
L'unité affichée par les élus du département faisait écho à celle affichée par les parlementaires réunis en Congrès à Versailles pour écouter le discours de François Hollande, suivi d'un débat. "Dans la guerre déclarée entre notre civilisation et la barbarie, il n'y a qu'une France", a insisté Jean-Pierre Marcon. Tous les élus du département, écharpe tricolore en bandoulière, exprimaient ainsi leur compassion et leurs condoléances aux familles des victimes tuées ou blessées, au hasard de la haine, dans les attentats de Paris.
Jean Proriol, président de l'association départementale des maires, a déclaré : "les maires de France soutiennent pleinement les mesures annoncées par le Président de la République. C'est le vivre ensemble, la culture française, qui ont été visés et depuis le début de l'année, toute la société civile a été visée. Il faut souligner que les pouvoirs publics ont fait du très bon travail depuis le début de l'année, avec de nombreux attentats déjoués. Nous devons résister, la peur doit changer de camp".

  • Au terme de l'allocution présidentielle, retransmise sur écran géant au Conseil départemental, les 260 élus se sont levés pour entonner une émouvante marseillaise.

Questions à Eric Maire, préfet de la Haute-Loire
La période de deuil va se terminer ce mercredi et la vie doit reprendre son cours normal. "Mais nous allons tout de même examiner s'il y a des rassemblements ou des réunions à risque et alors nous serons amenés éventuellement à prendre des mesures de sécurité différentes de celles qui sont prises habituellement", explique Eric maire, le préfet de Haute-Loire, "mais nous ne savons pas encore de quelle nature, on verra au cas par cas, notamment avec les maires des communes concernées, car ils ont un rôle extrêmement important, ils sont des relais indispensables à l'action de l'etat en matière de sécurité"
S'il est évident que chacun doit rester vigilant en cette période de deuil où l'état d'urgence a été décrété, dans quelle mesure un territoire rural comme la Haute-Loire est-il impacté par ces menaces terroristes ? Comment se traduit cette vigilance particulière en Haute-Loire ? Quels sont les sites concernés en premier lieu par le plan vigipirate dans le département ? La vigilance certes, mais pour autant, les altiligériens comme tous les français, doivent continuer à vivre, à sortir, et ne pas se lever la peur au ventre, n'est-ce pas ?

Des surveillances de sites... mais aussi de personnes
Les premières mesures de sécurité concernant la Haute-Loire ont d'abord consisté en une surveillance renforcée des trois sites industriels classés Seveso en Haute-Loire (Fareva à St-Germain-Laprade, Recticel à Mazeyrat-d'Allier et PEM à Siaugues-Sainte-Marie). Les lieux de culte et les établissements accueillant du public bénéficient également d'une surveillance particulière. Concernant les personnes, il y a effectivement des surveillances particulières en Haute-Loire, mais les autorités refusent de dévoiler précisément combien aujourd'hui.
Pas moins de 168 perquisitions administratives ont été déclenchées depuis que l'état d'urgence a été décrété, mais aucune n'a concerné la Haute-Loire, car ce sont les grandes villes et les métropoles qui sont concernées, là où l'on sait (ou suppose) qu'il y a des trafics d'armes et des foyers de criminalité. "Ce qui ne signifie pas que l'on soit à l'abri d'une action individuelle...", met en garde le préfet, mais dans un département comme la Haute-Loire, le risque concerne plutôt une personne fragile, en psychiatrie par exemple, qui par mimétisme serait capable de faire n'importe quoi n'importe où. Enfin, le préfet appelle à "ne pas faire d'amalgame entre terrorisme et pratique religieuse", une insinuation aux inscriptions islamophobes abjectes retrouvées aux abords du Puy, sur la RN 88 ce lundi matin.

Quelle radicalisation en Haute-Loire ?
Mi-mars, le préfet de région Michel Fuzeaux avançait le nombre de 21 personnes qui avaient été signalées en voie de radicalisation en Haute-Loire. Pour la région Auvergne, le chiffre grimpait à 51, et il faut relever que depuis janvier, le curseur a bougé et par précaution, de plus en plus de personnes sont signalées (ce qui ne signifie pas nécessairement qu'elles soient suivies).
En Haute-Loire, ces cas de radicalisation se traduisent pour l'instant par des relaxes, comme ça a été le cas il y a quelques semaines pour une jeune femme de 22 ans et un homme de 24 ans, poursuivi pour la publication d'une photo où flottait le drapeau de l'État Islamique ou d'un dessin avec un sabre ensanglanté sur leur profil Facebook. En revanche, stupéfiants, violences et armes ont conduit la plupart à des peines de prison ferme.

Le pacte de sécurité plus important que le pacte de stabilité
Parmi les annonces de François Hollande, on note le recrutement de 5 000 policiers et gendarmes d'ici deux ans, pour arriver à 10 000 sur le quinquennat, "pour revenir au niveau de 2007". Ces postes seront surtout affectés à la lutte contre le terrorisme, idem pour les 2 500 postes annoncés dans la Justice et les 1 000 aux douanes. Le Président s'est également engagé à ce qu'il n'y ait aucune perte de poste dans l'armée jusqu'à 2019.
Alors que le député-maire du Puy Laurent Wauquiez, encore ce matin sur France Inter, se déclare pour l'ouverture de centres d'internements anti-terroristes (une mesure notamment décriée par Nicolas Sarkozy qui préfère un placement en résidence surveillée avec bracelet électronique), François Hollande a annoncé ce lundi saisir le Conseil d'Etat pour vérifier la légalité de la proposition.

Maxime Pitavy

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