Des fous, des ânes et des Mange-Chèvres

Par Nicolas Defay sam 18/09/2021 - 15:30 , Mise à jour le 18/09/2021 à 15:30

Parmi les 25 camps disséminés dans le Roi de l’Oiseau, un est occupé par des furieux. Des acharnés qui n’hésitent pas à faire à pieds des dizaines de bornes, ânes à leurs côtés, pour relier le Monastier aux festivités de la cité anicienne.

Il y a ceux qui viennent en touriste, habillés à la mode du 21ème siècle, appareil photo en bandoulière et le regard extasié par l’émulsion de vie au cœur de la ville. Il y a aussi les costumés, drapés plus ou moins fidèlement aux codes vestimentaires d’il y a cinq siècles, un verre d’hypocras à la main, heureux de faire partie intégralement de cette reconstitution historique.

Et puis il y a ces gens-là, les purs, ceux qui jouent le jeu jusqu’à s’en user le cuir des semelles. Eux, ils descendent du Monastier à pieds, leurs ânes comme compagnon de marche, sillonnant à travers les chemins de traverses pour rejoindre la cité ponote. Eux, ce sont les membres du camp des Mange-Chèvres. Et durant ce pèlerinage annuel, ils parviennent même à faire un tour à l’époque de la Préhistoire le temps d’une nuitée sur les hauteurs de Coubon.

 

Le camp des Mange-Chèvres vient du Monastier-sur-Gazeille. Photo par Nicolas Defay

« Nous voilà transportés des dizaines de milliers d’années en arrière »

« Pour nous, le roi de l’oiseau commence deux jours avant le lancement officiel, explique Didier Mathieu, l’un des membres actifs du camp des Mange-Chèvres. On part dans l’après-midi du mardi avec nos ânes qui nous servent et de copains de route et de porte-bagages. »

Passionné, il décrit son périple. « Le soir de ce premier jour, on passe la nuit à Coubon chez un des gars de l’association. Là-bas, il y a un flan de montagne troué par quelques grottes. Nous passons ainsi la nuit à la belle étoile, dans ces cavités où il est aisé d’imaginer la présence de nos lointains ancêtres préhistoriques. On allume un feu et nous voilà transportés des dizaines de milliers d’années en arrière ».

« Ces instants-là valent bien plus que tout l’or du monde »

Le lendemain, les huit complices repartent au matin, doucement, la tête un chouïa perdue dans le brouillard des hypocras de la veille, mais le sourire toujours aux lèvres. « Cette journée me semble impérative pour moi, livre Didier Mathieu. Elle est devenue incontournable. C’est l’ouverture du Roi de l’oiseau pour nous, les Mange-Chèvres. Le fait de descendre à pieds avec des ânes pour rejoindre une fête médiévale me semble bien plus cohérent qu’avec un camion. Là, on est vraiment dans le thème ».

La joyeuse caravane, qui a compté jusqu’à sept ânes à certaines éditions (deux cette année), couvre ainsi plusieurs dizaines de kilomètres à un rythme tranquille. « Il faut laisser le temps au temps, diantre !, insiste-t-il. C’est tellement agréable de cheminer ainsi, sans se presser, à s’arrêter devant les vues splendides de la Haute-Loire. » Il souligne alors : « On est dans un autre temps, une sorte de parenthèse où on prend enfin des moments pour vivre sans soucis. Ces instants-là valent bien plus que tout l’or du monde ».

En pleine préparation culinaire... Photo par Nicolas Defay

Le camps des Mange-Chèvres...drôle de nom !

Si le camps s’appelle ainsi, c’est que les habitants du Monastier le sont également. En tous cas, c’est l’hypothèse de Didier Mathieu. « En des temps anciens, les moines auraient utilisé des peaux de bêtes et notamment de chèvres pour compiler leurs écrits religieux, indique-t-il. Ainsi, on pourrait supposer que les habitants élevaient des chèvres pour tanner leurs peaux afin de les vendre aux moines. Pour le reste de la viande, ils ne devaient sûrement pas la gaspiller et la mangeaient donc. Je ne sais pas si c’est la bonne version de l’histoire mais elle me paraît à la fois belle et plausible ».

Un feu qui ne s’éteint qu’une fois

Une fois sur place, ils ancrent leur campement et leur philosophie. « Je pense que nous sommes un des rares camps à dormir sur place du mercredi au dimanche, rit Didier Mathieu. Il y a quelqu’un en permanence ici, à toute heure, tôt comme tard. C’est une vraie profusion de vie. D’ailleurs, une fois que nous avons allumé le feu le mercredi, il ne s’éteindra que le dimanche soir. Même sous la pluie, on l’alimente. »

Jeunes et moins jeunes, le noyau dur des Mange-Chèvres est composé d’une vingtaine de fou furieux. Toute la famille réunie représente pas moins d’une cinquantaine de gais lurons.

« On ne voudrait jamais que ça s’arrête ! »

Comment font-ils pour tenir ainsi presque une semaine ? « C’est vrai que dur, admet Didier Mathieu. Mais je pense que notre hypocras est une véritable potion magique ! En tous cas, l’ambiance est parfaite, très complice et très respectueuse. Et ça, c’est le secret. On ne voudrait jamais que ça s’arrête ! »

Pour 36ème édition du Roi de l’Oiseau, ce sont les ânes Nougat et Minos qui ont fait le chemin. « Outre les activités que nous présentons au public comme la confection de la corde et des bougies, le travail de la forge et du cuir, ou encore des recettes de cuisines, nous promenons les enfants dans une carriole tractée par les ânes. Mais nous avons plein d’autres projets pour les années suivantes comme fabriquer un four et avoir notre propre boulanger ».

Et pourquoi pas également pratiquer la musique, une activité qui s’avère logique si l’on considère que près d’un tiers des habitants du Monastier sont inscrits dans des écoles ou des associations musicales.

Une partie de la fine équipe des Mange-Chèvres. Photo par Pierre Ollier

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