Dege arrête le temps à Laussonne

Par Nicolas Defay lun 17/01/2022 - 16:30 , Mise à jour le 17/01/2022 à 16:30

C’est dans la gare fraîchement réhabilitée des Badioux à Laussonne que le graffeur a réalisé une fresque époustouflante. Pour rendre hommage à ces inconnus qui ont œuvré corps et âme à la construction de cette gare il y a un siècle, l’artiste a usé de ses talents pour constituer un tableau sombre et poétique.

Quand le journaliste est entré dans la salle principale de l’ancienne gare des Badioux, il a demandé à Dege si c’était cette superbe et gigantesque photo posée à 5 mètres de haut sur la mezzanine qu’il allait reproduire à grand coup de peinture. Camille Alberni, alias Dege pour son nom de graffeur, lui a alors répondu le plus humblement du monde : « Ce n’est pas une photo, c’est le graf que j’ai presque terminé ».

Un choc visuel ! Une impression que Denis Bonnet, l’un des trois associés pour la rénovation de cette gare, partage : « À chaque fois que les gens pénètrent ici, ils sont à présent stupéfaits par deux choses, explique le promoteur de Premières Lodges, nouveau nom du lieu. Par l’espace de l’endroit et par l’incroyable fresque qui les accueille en face ».

Très concentré, Dege est en train de réaliser un graffiti à Laussonne.
Très concentré, l'artiste fait dans la dentelle ses dentelles acryliques. Photo par Nicolas Defay

« Arrêter le temps, le reculer ou, pourquoi pas, l’avancer »

Au fond de la salle de 160 m², autrefois hall de la gare des Badioux mais à présent espace de réception, la dernière œuvre de Dege forme un rectangle de 6 mètres de long pour 1,80 mètre de haut. Dessus, une main âgée, d’une finesse à couper le souffle, tient la grande aiguille noire d’une pendule de gare. Bloque-t-elle ainsi le temps pour ne plus subir les affres des heures qui passent ? Va-t-elle remonter la trotteuse pour revenir dans ce passé il y a 100 ans, à cette époque où la gare elle-même était en train de naître ?

> Denis Bonnet explique l'idée derrière la fresque :

« On peut tout imaginer, lance Dege. Arrêter le temps, le reculer ou, pourquoi pas, l’avancer pour sortir enfin de cette période de pandémie lourde pour tout le monde ». Camille Alberni décrit encore : « Les chiffres en couleurs sur le côté gauche sont les fractions du temps présent qui se meurent inexorablement. Et la dentelle noire complètement à gauche représente un peu ma marque et aussi l’un des grands patrimoines du Puy-en-Velay, de Laussonne, du Monastier et de biens d’autres villes de la Haute-Loire ».

Les ombres, la lumières, la finesse des aiguilles et des rouages dans le graffiti de Dege.
Les ombres, la lumières, la finesse des aiguilles et des rouages... Photo par Nicolas Defay

« Il me fallait adapter la lumière et les ombrages par rapport à cette disposition »

Pour parfaire cette œuvre acrylique, Dege a utilisé une centaine de bombes de peinture. « Les couleurs sont vintage sur des nuances de gris essentiellement, livre-t-il. Je l’ai commencée lundi 10 janvier et je pense la terminer mardi 18 janvier. » La fresque est posée sur une mezzanine à 5 mètres de haut, laissant à Camille Alberni un mince espace d’environ 70 centimètres pour travailler. « Je n’ai pas le vertige mais la grande difficulté de ce graf a été le manque de recul physique pour vérifier son évolution », partage-t-il.

Il ajoute aussi : « L’autre chose à prendre en compte impérativement était le fait que les gens la regarderont exclusivement de bas en haut. Du coup, il me fallait adapter la lumière et les ombrages par rapport à cette disposition ». Le résultat est bluffant de réalisme comme si la main paraissait sortir de l’arrière plan pour jouer avec les aiguilles du temps.

> Dege explique son choix de couleurs :

La fresque de Degemesure près de 12m², suspendue à 5 mètres de haut.
La fresque mesure près de 12m², suspendue à 5 mètres de haut. Photo par Nicolas Defay

Premières Lodges, un aller simple pour la nature

Cette gare de la Transcévenole, station qui a la particularité de n’avoir accueilli aucun voyageur, résonne sous les coups des marteaux, des scies circulaires et des tractopelles depuis 2013. Denis Bonnet, Richard Pandraud et Sylvain Masson ont fait le pari de redonner vie à ce lieu en le réhabilitant dans sa totalité. « Cela fait 8 ans que nous travaillons dessus et les chantiers arrivent enfin à leur terme, souligne Denis Bonnet. Au printemps, la première manifestation est programmée. Dès le week-end de la Pentecôte (5 juin 2022, Ndlr), les mariages pourront se tenir là, ainsi que tout autre évènement comme des anniversaires, des séminaires, des réunions de familles... »

(debout) Sylvain Masson, Richard Pandraud et Denis Bonnet, avec Dege.
(debout) Sylvain Masson, Richard Pandraud et Denis Bonnet, avec Dege. Photo par Nicolas Defay

Infos pratiques :

Pour contacter Premières Lodges, c’est ce numéro : 06 48 26 79 83 ou via ce mail : bonjour@premieres-lodges.fr
Pour leur page Facebook, c’est par
Un site numérique sera bientôt mis en ligne

« Une merveilleuse histoire du temps »

Baptisée Premières Lodges, la gare des Badioux est maintenant constituée d’une salle de 160 m² pouvant accueillir 120 personnes assises (et PMR), d’une cuisine ultra équipée, d’hébergements en 15 et 12 places, le tout posé sur un hectare et demi de terrain entièrement clôturé et sécurisé.

« L’idée d’injecter à nouveau la vie dans ce bâtiment était précieux pour moi, confie Denis Bonnet. Mon grand-père a travaillé sur les ouvrages d’art de la Transcévenole. C’est un clin d’œil que je lui fais comme à tous ceux de son époque. »
Et avec la fresque de Dege, il est aisé de s’imaginer à leurs côtés en train de poursuivre cette éternelle ligne de chemin de fer, une sorte de « Merveilleuse histoire du temps ».

> Denis Bonnet confie son attachement au lieu :

Au mois de septembre a eu lieu le festival de la Teinturerie à Aurec-Sur-Loire. Pour l'occasion, 6 graffeurs de très grande renommée, dont Dege, ont apposé leurs bombes et leurs talents sur les façades ternes de bâtiments urbains.

Celui de Dege représente son fils, vu de dos. Une œuvre de 17 mètres de haut ! :

une œuvre de Dege à Aurec-sur-Loire
Photo par Dege

Son camarade belge Mehsos a quant à lui sublimé de bleu une partie de l'édifice :

Graffiti géant à Aurec-sur-Loire
Photo par Dege

Sema Lao, venue de la Corrèze, a mis en couleur une maman et son enfant :

Graffiti géant à Aurec-sur-Loire
Photo par Dege

Strasbourg a été représenté par l'artiste écologiste Dan23 :

Graffiti géant à Aurec-sur-Loire
Photo par Dege

Même l'Ile de la Réunion s'est invitée au spectacle. Doudou style a imposé sa touche majestueusement !

Graffiti géant à Aurec-sur-Loire
Photo par Dege

Pour terminer, les deux portraits d'Ifolap de Valence sont juste hallucinants :

Graffiti géant à Aurec-sur-Loire
Photo par Dege

 

 

Vous aimerez aussi

À découvrir

Contenus sponsorisés

Vos commentaires

Se connecter ou s'inscrire pour poster un commentaire