Comment Le Puy devient le premier hôpital de France à révolutionner le don d'organes

Par Susie CARBONE , Mise à jour le 17/10/2026 à 06:00

Temps de lecture : 4 minutes

Entre la douleur du deuil et l'urgence de sauver des vies, Émile-Roux et les urologues libéraux du Puy signent un partenariat inédit qui fait écho au bouleversant témoignage de Cathy, confrontée au choix crucial du don d'organes, et à l'engagement des docteurs, plus proches de leurs patients.

C'est une grande première en France, et elle se joue au Puy. Ce vendredi 16 octobre, à 18h, à la veille de la Journée mondiale du don d'organes, le centre hospitalier Émile-Roux et le centre d'urologie des Monts d'Auvergne scellent un partenariat unique. C'est la première fois qu'une équipe d'urologues libéraux est autorisée à réaliser des prélèvements d'organes au sein d'un hôpital public. 

"On a accepté que les organes soient donnés"

Pour Cathy, le don d'organes, c'est une question de vie, d'espoir, mais aussi de transmission. Un sujet intime auquel cette Altiligérienne a été brutalement confrontée à la suite du grave accident de la route de son mari. 
"Les médecins nous ont demandé s'il était prêt au don d'organes", se souvient Cathy. Face à cette question cruciale, le vide : "On en avait parlé, mais jamais vraiment pour se coordonner."

Pendant trois jours, la famille, en plein deuil, réfléchit jusqu'à l'annonce de la mort encéphalique. "Les enfants, en dépit de l'énorme difficulté, ont accepté que les organes soient donnés pour sauver une vie", raconte-t-elle avec émotion.

Une épreuve traumatisante qui pousse aujourd'hui Cathy à sensibiliser le grand public à l'occasion de cette Journée mondiale : "En parler avant, c'est éviter aux familles la douleur d'avoir à faire ce choix en plein deuil."

"La plus belle chose de l'urologie"

Si le choix des familles est la première étape, derrière, il y a une équipe qui s'assure de conserver les organes. 

Le Dr Marlène Guandalino, urologue libérale au Puy concernée par la convention, fait partie des médecins qui pratiquaient déjà ces actes avec le centre Émile-Roux. Mais cette convention change la donne au quotidien : "Elle vient acter la chose et nous permettre de le faire dans les règles de l'art." Désormais, les équipes d'Emile-Roux savent qu'elle peuvent appeler les libéraux ponots plutôt que le CHU de Clermont. "Ca nous donne une légitimité et ça va nous permettre de gagner de précieuses heures." 

Au Puy, on ne pratique que le prélèvement, la transplantation est effectuée à Clermont. "C'est la plus belle chose de l'urologie." 

Mais les liens tissés dépassent parfois les frontières : "J'ai greffé un monsieur en 2015 au CHU de Clermont qui venait de Nevers. Je lui avais dit que, s'il avait le moindre problème, il pouvait m'appeler. Tout récemment, on lui a trouvé une tumeur et il a insisté pour que ce soit moi qui l'opère ; il est venu de Nevers au Puy. C'est une vraie confiance, un lien."

Une convention qui va de soi 

Jusqu'alors, l'hôpital Émile-Roux disposait d'une cellule de prélèvement, mais pas d'urologues rattachés. Ce qui contraignait l'établissement à faire venir en urgence des spécialistes depuis Clermont-Ferrand, Lyon, Montpellier ou Paris, générant une perte de temps et d'efficacité.

En officialisant ce premier partenariat entre urologues libéraux et hôpital public en France, le territoire veut répondre à une contrainte logistique. "On est au milieu de la diagonale du vide sanitaire. Lorsqu'on a envie de solutions, on peut en avoir. Ça fait bouger les lignes", souligne le Dr Jacques-Philippe Largeron est un chirurgien urologue, rappelant que cela va aussi "libérer les équipes du CHU de Clermont".

Une innovation territoriale qui s'inscrit dans un contexte national sous tension, où plus de 20 000 patients restent inscrits sur liste d'attente chaque année et où trois personnes décèdent chaque jour faute de greffon.

Pour Laure Ferry, infirmière au sein de la cellule de prélèvement, cette signature symbolise avant tout "le don au service de la vie". Rappelant que le consentement reste présumé par la loi, elle insiste sur la nécessité d'exprimer son choix de son vivant : "Derrière chaque don, il y a un espoir, et derrière chaque greffe, une nouvelle chance de vie. En parler à ses proches évite de les plonger dans la difficulté et d'ajouter de la douleur à la situation."

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