Coco Lapin : "la mascotte a un côté fédérateur et intergénérationnel"

Par AP mar 01/06/2021 - 07:00 , Mise à jour le 01/06/2021 à 07:00

Mathieu Decultis a 40 ans, il est joueur du club de basket de Beauzac, en senior départemental masculin (DM) 3, au poste d'intérieur. Mais pas seulement ! Lors de rencontres, il enfile aussi le costume de Coco Lapin (ou Coco Zac), la mascotte du club. Entretien.

Comment êtes-vous devenue mascotte ?

"Je suis devenu une mascotte parce que j'aime bien faire le con. Un jour, c'était il y a trois ans, sur un tournoi, il a fallu proposer un peu d'animation pour les enfants et on m'a rapidement demandé si je ne voulais pas devenir mascotte. Sans hésiter, je me suis lancé. Mais il m'arrivait la même chose au Sou des écoles, quand il fallait prendre le micro. Personne ne voulait le faire et moi, j'adore ça. En fait, être mascotte, c'est un personnage en soi, mais des conneries, j'en fais aussi plein sur le terrain. Sauf que là, on a le prétexte pour en faire autant que l'on veut. Et quoiqu'on fasse, ça sera accepté. Une mascotte, c'est rigolo, mais ça pourrait être choquant, provoquant, puisque c'est une mascotte qui le fait, ce n'est pas humain, donc ce n'est pas grave."

Etre mascotte, c'est un rôle uniquement dédié aux sports collectifs ?

"Je ne connais pas trop les sports individuels, mais le principe du sport collectif, pour moi, c'est un engagement avec ton équipe. Il faut être présent pour faire le 5e homme, être là aux entraînements et aux matchs. Et puis, tu as aussi un engagement vis-à-vis de ton club, c'est la vie de ton club. Et dans un petit club comme Beauzac, on est sans prétentions. Moi, je me charge d'être mascotte, ce n'est donc pas moi qui vais tenir le bar toute la soirée."

"Quand on fait un sport collectif, on est tous ensemble, mascotte compris"

Parce que dans la vie, autrement qu'être mascotte, que faites-vous ?

"Je gère des colocations pour personnes âgées, ce qui n'a absolument rien à voir, on ambiance pas de la même manière (rires)."

Le club de basket de Beauzac, en quelques mots

D'après le président Philippe Boizard, le club "compte 110 licenciés, malgré la Covid. Nous présentons 12 équipes, des "baby" jusqu'aux "seniors" et sommes en entente avec Bas-en-Basset. L'an dernier, l'ancien président nous a quittés, Daniel Bousqueynaud. C'est d'ailleurs lui qui avait lancé le concept de mascotte dans ce club. Et j'ai repris les rênes du club en essayant de perdurer ce qu'il avait mis en place, autant au niveau sportif qu'au niveau du lien social"

Quelle est votre meilleure anecdote ? Et la pire ?

"Je me souviens d'une gamine qui était complètement en amour de Coco Lapin. C'était sur un tournoi et où que je sois, à chaque fois que je tournais la tête, elle me regardait. Et quand j'étais loin d'elle, elle me fixait en espérant que j'arrive. Et forcément, j'exauçais ses voeux, comme pour tous les enfants, mais elle m'a marqué. Je me mettais par terre, j'ouvrais les bras, et elle faisait un grand câlin à Coco Lapin. "Oh mais t'es trop gentil, mon Coco Lapin", qu'elle répétait. Ca c'est pour la meilleure."

 

 

Coco Lapin (ou Coco Zac) : "La mascotte a un rôle d'animateur très important". Photo par Axel POULAIN

"Pour la pire, par contre, c'était aussi sur un tournoi où à la fin, j'ai voulu faire un tour de terrain avec les enfants. Mais y avait deux trois terribles qui avaient décidé de voir s'il y avait quelqu'un à l'intérieur de Coco Lapin. Parce que Coco Lapin est forcément une mascotte, donc un personnage. Ils sont tous quasiment sûr qu'il y a quelqu'un dedans, mais par contre, on va vérifier."

"Et là, je me suis progressivement fait courser par une centaine de gamins qui couraient en hurlant mon nom de mascotte."

"J'ai fini par me réfugier et forcément, je le théâtralise, donc je le joue à fond. Et puis, au bout d'un moment, je me recroqueville par terre, aussi pour inciter les coachs à venir chercher les enfants et s'en occuper. Parce que je ne peux surtout pas parler. Si je parle, je l'ai fait une fois pour un gamin qui m'embêtait, je lui ai dit "Tu arrêtes maintenant !" et il a crié "Eh, il y a quelqu'un dedans !". Du coup, il répand la parole et ça devient compliqué. Mais ce qui est fou, c'est que c'est de l'imaginaire et que pourtant, tout le monde est d'accord pour avoir la même histoire."

Comment avez-vous vécu cette période de crise sanitaire ?

"C'était horrible, plus possible d'exercer. Je ne vais pas me promener dans les bois en mascotte (rires). Plus sérieusement, c'est le lien avec les gens qui manque. C'est la même chose que quand les terrasses réouvrent, on est content d'aller boire un coup avec les copains ou de discuter avec des inconnus."

"Le Covid nous isole les uns des autres, alors que la mascotte fédère."

Dans un contexte plus positif, quel est le modèle de rencontre qui vous enthousiasme le plus ?

"Ma plus grande rencontre, je dirais que c'était un match de cadets où il y a de l'enjeu, de l'ambiance. Et du coup, il faut vraiment chauffer les gens. Et la salle est toute petite. Alors mascotte ou pas, quand un public crie et encourage son équipe, c'est extraordinaire. Mais l'attitude de la mascotte, désinhibé, plaît aux gens. Alors post-Covid, cette envie se fera encore plus ressentir. La mascotte a un rôle d'animateur super important."

Quel conseil pourriez-vous donner à quelqu'un qui voudrait devenir mascotte, mais qui hésite encore ?

"'Non mais feu ! Ne réfléchis même pas. Enfile le costume et imprègne-toi. Les réactions des gens susciteront chez toi un engagement. Engage-toi à fond, l'ampleur de tes émotions sera décuplée. Si tu mets les pieds dans le plat quand il y a beaucoup de monde et que, sans hésitation, tu cours en plein milieu du terrain, ça fera délirer tout le monde parce que tu es à ta place et tu as tous les droits."

Propos recueillis par Axel Poulain

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