Clap de fin judiciaire pour les parents de cœur de Madama Diawara

Par Nicolas Defay ven 10/06/2022 - 12:30 , Mise à jour le 10/06/2022 à 12:30

Mardi 7 juin, Eric Durupt a comparu devant le tribunal correctionnel clermontois pour outrage à agent de police. Si le jugement rendu est un soulagement pour l’enseignant en histoire, « ce sera une victoire seulement lorsque tous les sans papiers seront régularisés dans le pays des Droits de l’Homme ».

La salle est comble. Beaucoup d’étudiants et de curieux sont là à assister aux 16 affaires qui défilent les unes après les autres au tribunal judiciaire de Clermont-Ferrand en ce mardi 7 juin 2022. Parmi les dossiers empilés sur les tables, celui d’Eric Durupt. Si ce nom ne parle pas à grand monde dans ce morceau d’Auvergne, il résonne bien plus fort en Haute-Loire.

Pendant des mois, d’innombrables manifestations ont secoué la cité ponote pour que Madama Diawara, jeune garçon malien accueilli dans le foyer du professeur d’histoire et de sa compagne Véronique de Marconnay, obtienne enfin des papiers de régularisation.

Ce jour du mardi 9 mars 2021...

Des hauts, des bas, des angoisses et des espoirs, les années 2020 et 2021 sont ponctuées de sentiments contraires à chaque décision administrative. Cortèges à répétition, grève de la faim, médias locaux et nationaux, « l’affaire Madama » dépasse alors les frontières, enflammant réseaux et consciences. Et puis le 9 mars 2021, le couple est convoqué à Gerzat par la Police Aux Frontières « pour une simple vérification des papiers, rappelle Véronique de Marconnay. Une vérification qui s’est révélée en fait être un piège ».

« Nous étions dans une cellule à répondre au policier présent et Madama était dans une autre avec d’autres agents, décrit Véronique de Marconnay. À chaque question, nous apportions des réponses, des documents, des éclaircissements ». La gorge quelque peu étranglée, Eric Durupt ajoute : « Nous pensions vraiment revenir chez nous avec Madama une fois cet entretien terminé ».

« Et Madama ne sortait toujours pas »

« Pendant des heures, nous avons attendu que Madama sorte à son tour, partage Eric Durupt. Il faisait froid, il faisait nuit et il n’y avait presque personne avec nous si ce n’est deux amis qui bravaient le couvre feu du confinement et deux journalistes de France 3. Aucune communication n’émanait des policiers sur place. Et Madama ne sortait toujours pas ».

« J’ai cru mourir en l’instant »

Véronique de Marconnay relate alors la suite : « Vers 19 heures, le policier nous a fait signe de nous approcher. Il nous annonce alors que nous devions nous en aller tout de suite, que Madama était en route pour le CRA de Lyon (Centre de Rétention Administrative, Ndlr), qu’il avait reçu une OQTF (Obligation de Quitter le Territoire Français) et qu’il allait bientôt retourner au Mali. Il a ajouté que nous serions bientôt convoqués pour faux et usage de faux et que nous serions poursuivis par le parquet ».

Le choc pour le couple. Un choc qui génère deux sortes de réaction. « J’ai été foudroyée sur place, tremble Véronique de Marconnay. Pendant un moment, je ne comprenais pas les propos du policier. Et puis j’ai fondu en larme ».

Pour Eric, c’est la colère qui s’empare de lui. « La tristesse m’a submergé et c’est vrai que j’ai insulté cet homme en face de moi. Cet homme qui me disait que je ne verrais plus jamais ce garçon que j’ai protégé, entretenu, éduqué pendant des années, ce fils de coeur que j’ai tant aimé et que je ne cesserai d’aimé. J’ai cru mourir en l’instant ».

« Cette condamnation était (...) un non sens par rapport à l’outrage »

L’agent de police insulté porte plainte. En CRPC (Comparution sur Reconnaissance Préalable de Culpabilité) le 12 novembre 2021, un premier procureur suggère 500 euros d’amende, 1 000 euros de dommage au policier pour outrage à agent dépositaire de l’autorité publique et une inscription d’une condamnation sur la partie B2 du casier judiciaire d’Eric Durupt. « La CRPC permet d’éviter un passage au tribunal correctionnel, explique Véronique de Marconnay. Si on accepte la proposition de la CRPC, tout est terminé. Si on refuse, on repart au tribunal ».

Bien que les amendes sont acceptées, la mention B2 au casier judiciaire est inenvisageable pour le couple et leur avocat. « Cette inscription signifiait qu’Eric allait perdre son emploi d’enseignant, indique-t-elle. Cette condamnation était non seulement disproportionnée mais surtout un non sens par rapport à l’outrage ! »

Devant le tribunal correctionnel de Clermont-Ferrand, un rassemblement s’est formé ce 7 juin composé de militants Sud Éducation 63 et 43, Resf 43, FSU 43, la CGT Educ’action 63, de l’Unef, de la LDH, du RESF 63 et de Jules Siran, représentant de la Fédération Sud Education, ainsi que d’autres sympathisants des départements du Rhône et de la Saône-et-Loire.

« Nous sommes soulagés car Eric pourra conserver son travail »

Ce mardi 7 juin à Clermont, après 45 minutes d’auditions et de plaidoiries des avocats, après des excuses répétées d’Eric Durupt au policier outragé, après l’annonce d’une sanction de 90 jours-amendes à hauteur de 10€ chacun par la procureure (dispositif qui contraint le mis en cause de payer 10 € par jour pendant la durée mentionnée ou de faire un jour de prison par jour non payé), le délibéré est partagé vers 18 heures.

Condamnation à 600€ d’amende et au versement de 500€ de dommages et intérêt au plaignant. Néanmoins, aucune inscription B2 sur le casier judiciaire. « Nous sommes soulagés car Eric pourra conserver son travail », souffle sa compagne.

Faux et usage de faux…classé sans suite

À noter également que les poursuites engagées par la Police Aux Frontières contre le couple pour complicité de faux papiers, poursuites marquées par des gardes à vues, interrogatoires, perquisition, confiscation de matériel informatique pendant six mois, ont été classées sans suite par le procureur du Puy-en-Velay.

« Ce dernier procès est un soulagement, c’est vrai, confie Eric Durupt. Mais nous pourrons employer le mot de victoire seulement lorsque tous les sans papiers seront régularisés dans le pays des Droits de l’Homme ».

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3 commentaires

li

sam 11/06/2022 - 13:46

Il faut arrêter de parler de ce couple et de cette affaire. Les véritables justes se taisent et ne prennent pas le devant de la scène.

Ils ont nui à TOUS les mineurs isolés, dont l"immense majorité sont des mineurs. Ils sont tous mal vus désormais par trop de citoyens, accusés d'utilisation de faux. Surtout la pref et la police des frontières redoublent de vigilance sur des cas qui étaient passés mais dont on ressort les dossiers maintenant. Après l'affaire Madama, plusieurs jeunes ont été convoqués et leur situation remise en doute. 

bc

sam 11/06/2022 - 08:19

On peut aussi être fonctionnaire et être victime d’un complot organisé par le mensonge et la manipulation de l’administration et de l’appareil judiciaire sans aucune sanction de la part des auteurs et condamner injustement des victimes.

Si notre République (en marche) n’a plus ce discernement nécessaire, plaçons notre espérance dans la justice divine !!! 
 

c’est aussi ça la défiance de nos institutions qui va encore une fois s’exprimer lors du scrutin de dimanche par une abstention record !!! 

me

ven 10/06/2022 - 20:07

on peut être enseignant donc exemplaire insulter un agent, le préfet, et conserver son emploi pour continuer à enseigner alors que mêlé à une sombre affaire ou du moins pas claire. au fait qu'est devenu le jeune homme ?