Quand la musique construit des ponts à la vitesse du son
Trois jours durant, du 2 au 4 janvier, Blavozy a vibré au rythme des aiguilles, des battles de break dance, des concerts et de la création sous toutes ses formes. Pour sa 13ᵉ édition, le Salon du tatouage et des artistes, porté par Victor Moutbeka, a une fois encore effacé les frontières entre les disciplines et les publics, invitant chacun à explorer, échanger et peut-être... oser.
Un lieu pour petits et grands où passer un bon moment en famille, entre amis, ou simplement avec soi-même et les autres. Que l'on soit amateur de tatouages, passionné de culture urbaine, curieux de découvertes artistiques – dessins, bijoux, créations originales – ou simple visiteur, tout est pensé pour que chacun s'y sente bien. L'ambiance est saine, détendue, ouverte, chaleureuse et propice aux échanges. Propice à oser.
C'est en tout cas ce à quoi s'évertue Victor Moutbeka depuis maintenant treize éditions.
Un salon du tatouage né d'une frustration
Au départ, Victor souhaitait faire découvrir des univers et partager des cultures. Des amis parisiens issus du graffiti sont venus un jour lui prêter main-forte. En entendant son envie d'organiser un événement autour du hip-hop, du graffiti et de la création artistique, ils ont décidé de l'aider à monter une première édition. Il découvre alors que ces amis sont aussi tatoueurs.
Ce premier salon proposait des spectacles de hip-hop, de danse et... seulement deux stands de tatouage. Rapidement, Victor et son équipe constatent que le public est surtout venu pour ces derniers.
« C'est venu d'une frustration de ne pas pouvoir répondre comme il faut à des gens qui aimaient ça. »
Frustré de les avoir déçus, Victor décide de réorienter l'événement. Pour cela, il n'hésite pas à « faire le tour de la planète pour découvrir le milieu, se renseigner, s'imprégner... et ça a grandi ». D'année en année, le Salon du tatouage et des artistes de Blavozy gagne ainsi en réputation, jusqu'à devenir une référence en Haute-Loire.
Comme une envie d'effacer les frontières
Le salon, aujourd'hui, s'attache à faire découvrir une grande diversité d'univers. Les artistes viennent de toute la France, parfois même d'ailleurs. « Aujourd'hui, on a la chance d'avoir un artiste qui vient d'Italie. »
Victor veille à varier les styles et les disciplines pour séduire à la fois passionnés et curieux. Au-delà du tatouage, le public peut assister à des compétitions de break dance, des blind tests, des shows, des concours, des surprises, des démonstrations de BMX, sans oublier les DJs et concerts.
« On essaie de satisfaire tout le monde. Il faut toujours apporter de la nouveauté, ne pas rester sur ses acquis, être créatif, trouver de nouveaux artistes. »
Le salon se révèle ainsi bien plus éclectique qu'on ne l'imagine. On y trouve aussi des stands de massage, de photographie d'iris, de bijoux, de bonbons, de produits naturels, de CBD, ainsi qu'un espace restauration et des coins pour se détendre.
« Le programme s'organise au feeling, avec des choses qu'on a envie de faire découvrir aux autres – des choses qui donnent du baume au cœur et l'envie de partager. »
Comme chaque année, Victor réfléchit déjà à la prochaine édition et à ce qu'il pourra y apporter de nouveau.
Des tas de dessins qui font rêver
Amateurs de dessin et futurs tatoués se régalent à chaque édition. Environ cinquante tatoueurs venus de tous horizons exposent leurs créations. Que l'on vienne pour admirer, s'inspirer, ou concrétiser un projet, chacun peut trouver son bonheur. Il est bien sûr possible de se faire tatouer sur place – ou simplement repartir avec une idée précise du quoi, du comment, du où, voire du pourquoi.
Lyrows_ink, tatoueuse installée avec son frère, crée aussi des bijoux et d'autres objets sous la marque Lyröws. Elle explique :
« C'est beaucoup de travail, mais il faut avoir une petite fibre créative de base, une sensibilité artistique. Ça se travaille ensuite, ça se perfectionne. »
Rien n'est donc perdu pour ceux qui savent manier un crayon avec un soupçon de poésie.
Et si c'était vous, l'artiste ?
Les visiteurs peuvent participer à un concours de dessin dont le gagnant verra son œuvre offerte... en tatouage.
Il est également possible de présenter son dessin à un tatoueur dont on aime le style pour imaginer ensemble une adaptation. C'est ce que compte faire la cousine de Claudy Chantemesse. Cette dernière, venue pour la troisième fois, raconte :
« Depuis que je suis petite, j'ai toujours dit que je me ferai tatouer les deux bras. Sauf que je suis très douillette et que j'ai la phobie du sang... »
Elle rajoute qu'assister à une séance de tatouage de sa sœur et de sa meilleure amie – ici même, au salon – lui a permis de surmonter son appréhension. Cette année, c'est elle qui a amené deux amies et une cousine prêtes à sauter le pas.
Beaucoup de références culturelles au Japon
Takako Onodera-Reiss, originaire de la région de Tokyo, vit en France depuis 2000, au Chambon-sur-Lignon. Elle tient un stand de bijoux origamis, entièrement fabriqués à la main, en papier et résine.
« L'origami, c'est quelque chose dont j'ai l'habitude. Ce n'est pas difficile de plier. Mais faire des bijoux, c'est autre chose. », Bijoux Origami Chizoukou
Ancienne communicante, Takako s'occupe du site du salon. Elle a rencontré Victor grâce à son fils, son élève en break dance, et fait aujourd'hui partie du collectif informel d'artistes qui gravitent autour de l'organisation.
Au milieu de nombreuses créations inspirées du Japon et des mangas, Sakura Japan Tattoo – artiste japonaise installée à Lyon – attire l'attention. Impossible toutefois de photographier son travail d'une délicatesse saisissante. L'homme qui l'accompagne, faisant office de « commercial », explique qu'elle souhaite éviter toute copie. Plusieurs de ses œuvres sont néanmoins visibles sur son Facebook et son Instagram.
Protéger ou pas protéger son œuvre ?
Il existe, en effet, plusieurs manières de tatouer : souvent des créations originales, parfois des inspirations plus ou moins marquées. Mais l'utilisation d'images sans l'autorisation de leur auteur reste fréquente – dans le tatouage comme ailleurs. Et cela, sans parler de l'intelligence artificielle, dont les concepteurs ont intégré des quantités d'œuvres humaines dans leurs bases de données, sans lesquelles ils n'existeraient tout simplement pas.
Quand on est artiste, quel que soit son art, il est difficile de protéger ses créations de la copie. Mais il faut tout de même se faire connaître et, pour cela, les présenter. Un sujet qui trouve forcément écho dans un salon où la créativité se partage, mais où la frontière entre inspiration et appropriation reste parfois floue. Un dilemme qui se ressent dans tous les domaines créatifs.
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