Auvergne et Rhône-Alpes unis... mais contrastés

lun 28/12/2015 - 19:02 , Mise à jour le 27/11/2020 à 08:38

La région Auvergne Rhône-Alpes regroupe des territoires largement différenciés. C'est l'objet d'une récente étude de l'Insee qui porte à la fois sur les disparités démographiques (d'importantes différences de moyenne d'âge sont constatées), mais aussi les variétés sociales en fonction des territoires, et bien sûr les contrastes entre territoires ruraux et métropoles (même s'il existe aussi deux types de ruralité : aux territoires âgés et en déclin démographique du Massif central s’opposent les territoires plus favorisés de Savoie et de Haute-Savoie, portés par un tourisme saisonnier structurant).

La Haute-Loire bénéficie de l'étalement urbain de Saint-Etienne
Premier constat de cette étude : à l’ouest, la majorité des bassins de vie perd des habitants, à l’est et au centre ils en gagnent. Seule exception côté auvergnat : l’essor démographique de deux zones marquées par l’étalement urbain, sous l’influence de Clermont-Ferrand dans le Puy-de-Dôme, et de Saint-Étienne en Haute-Loire.
Au-delà de cette simple partition démographique, six profils de bassins de vie se dessinent. Les bassins de vie des grandes agglomérations polarisent de vastes territoires urbanisés, jeunes et dynamiques, dont la croissance démographique est soutenue depuis plusieurs décennies. À l’inverse, le sud de l’Ardèche et de la Drôme, ainsi qu’une partie de l’Allier sont confrontés à une plus forte précarité sociale. Cette fragilité est également présente, quoique moins élevée, dans des bassins de vie plus industriels centrés sur des villes moyennes. 

La population rhônalpine augmente 12 fois plus vite que celle de l'Auvergne
Au sein d’Auvergne Rhône-Alpes, des dynamiques démographiques très différentes sont à l’œuvre depuis plusieurs décennies. En effet, la population rhônalpine augmente constamment depuis 1946 au rythme moyen de 1 % par an.
L’Auvergne, quant à elle, connaît des évolutions plus contrastées sur cette même période : le regain démographique des Trente Glorieuses est suivi de deux décennies de décroissance, puis d’une hausse uniquement due à l’arrivée de nouvelles populations, depuis le début des années 2000. La population de Rhône-Alpes augmente ainsi de 83 % entre 1946 et 2012, contre seulement 7 % côté auvergnat.

Des territoires qui perdent des habitants...
À l’exception des zones sous l’influence des grandes métropoles, la majorité des bassins de vie de l’ouest de la grande région perd des habitants entre 2007 et 2012. C’est le cas d’une large part des bassins de vie auvergnats et de l’ouest de l’Ardèche. Ainsi, la population dans le Cantal diminue en moyenne de 0,2 % par an depuis 2007. Pour une grande partie de ces territoires ainsi que ceux du sud de la nouvelle région, l’attractivité constitue le seul moteur de la démographie.
À l’est, les territoires touchés par une érosion démographique sont plus localisés : bassins de vie montagneux du sud-est de la Savoie (Moyenne et Haute Maurienne), large part du Bugey, bassins de vie de Nyons et de Dieulefit à l’ouest des Baronnies Provençales. Les bassins de vie englobant les agglomérations de Saint-Étienne, Aurillac, Montluçon et Moulins, bien que centrés sur des grands pôles urbains, ont une population stable ou en légère diminution entre 2007 et 2012.

... et d'autres qui en gagnent (dont +0,5 % par an en Haute-Loire)
À l’inverse, l’ensemble des bassins de vie du Rhône, de l’Isère, et une large part de ceux s’étendant sur les autres départements rhônalpins gagnent des habitants entre 2007 et 2012. Cette croissance concerne également les territoires plus ruraux du sud de Rhône-Alpes. Ils connaissent un regain démographique modéré lié à l’arrivée de nouveaux habitants. Le Sud-Ardèche profite ainsi du fort dynamisme démographique des départements voisins du Gard et du Vaucluse.
Côté auvergnat, les territoires en croissance se concentrent sur deux zones marquées par l’étalement urbain. Le large couloir de densification polarisé par Clermont-Ferrand, qui s’étend de l’aire urbaine de Vichy à celle de Brioude, gagne des habitants. Il en est de même de la partie de la Haute-Loire sous l’influence de la métropole stéphanoise. Entre 2007 et 2012, la population de ce département augmente ainsi de 0,5 % par an.

Des différences d'âge selon les territoires (cf photo 2)
La population de l’Auvergne, de l’Ardèche, de la Drôme et de la Loire est relativement âgée sauf le long de la vallée du Rhône et dans la zone d’influence clermontoise. La population y est d’autant plus âgée qu’elle réside dans des bassins de vie éloignés de l’influence des pôles urbains. Ainsi, les bassins de vie cantaliens, excepté ceux d’Aurillac et de Saint-Flour, comptent en moyenne plus de 15 % de 75 ans et plus en 2012, contre 9 % sur l’ensemble de la grande région.
En Rhône-Alpes, le département le plus âgé est l’Ardèche avec 11 % de personnes âgées. L’accueil de populations d’âge actif est donc un enjeu pour ces territoires. À l’inverse, les 75 ans et plus ne représentent que 8 % de la population dans l’Ain et dans le Rhône. La part des jeunes, quant à elle, y est sensiblement plus forte . Dans les bassins de vie du nord de l’Isère, 28 % des habitants ont moins de 20 ans contre 24 % en moyenne en Auvergne Rhône-Alpes.  

Une précarité sociale plus marquée à l’ouest et au sud
Une partie des territoires plus âgés de l’ouest et du sud est défavorisée par rapport à l’emploi. Le sud de l’Ardèche et de la Drôme ainsi qu’une partie de l’Allier sont confrontés à un chômage marqué, notamment de longue durée. Ainsi, dans ces trois départements, 5 % de la population active se déclare en recherche d’emploi depuis plus d’un an contre moins de 4 % sur l’ensemble de la grande région. Cette situation s’observe également dans certains bassins de vie puydômois notamment ceux de Thiers et de Courpière.
Les revenus des ménages sont nettement plus faibles dans ces bassins de vie. Ainsi, en 2012, le revenu médian est inférieur à 19 000 € par unité de consommation dans l’Allier, l’Ardèche et la Drôme, alors qu’il dépasse 20 000 € en Auvergne Rhône-Alpes. De surcroît, 15 % de la population vit sous le seuil de pauvreté en 2012 dans ces départements contre 12 % sur l’ensemble de la grande région. Dans l’Allier, la pauvreté des jeunes est très prégnante puisque près d’un quart des moins de 30 ans vit sous le seuil de pauvreté en 2012. Bien que présentant des parts de chômeurs relativement plus faibles dans ses bassins de vie, le Cantal est aussi confronté à une pauvreté marquée (15 %). Dans ce département, les plus de 75 ans sont particulièrement touchés. Près de 17 % vivent sous le seuil de pauvreté contre 9,3 % à l’échelle de la grande région.
Les bassins de vie centrés sur de grandes agglomérations sont également touchés par une plus grande précarité sociale. Ainsi, la part des actifs se déclarant sans emploi y est plus élevée qu’en moyenne régionale. Elle atteint, pour certains de ces bassins de vie, les niveaux les plus élevés enregistrés dans les territoires ruraux. C’est notamment le cas du bassin de Saint-Étienne. Dans ces territoires, la pauvreté est souvent plus marquée au sein des villes-centres sauf pour la métropole lyonnaise.

À l’ouest et au sud, des territoires ruraux
Les bassins de vie les plus ruraux se concentrent principalement en Auvergne ainsi que sur le plateau ardéchois : ce sont des territoires de moyenne montagne abritant une population relativement âgée, où la part des agriculteurs dans la population active reste importante. La densité moyenne de population y est très faible : 21 habitants par km² en moyenne par bassin de vie contre 110 sur l’ensemble de la région. Excepté celui d’Aurillac, tous les bassins de vie cantaliens partagent ce profil, ainsi que ceux situés à l’est et à l’ouest du Puy-de-Dôme. Près de 15 % de la population a plus de 75 ans contre 10 % en Auvergne Rhône-Alpes. Ce sont les bassins de vie ayant subi la plus forte érosion démographique entre 1975 et 1990. La plupart d’entre eux perdent encore des habitants entre 2007 et 2012.
Des bassins de vie plutôt ruraux confrontés à une plus forte fragilité sociale se concentrent principalement dans le sud de l’Ardèche et de la Drôme, au nord-ouest de l’Allier ainsi qu’au nord du Livradois-Forez. Dans ces bassins de vie, le chômage est plus marqué qu’en moyenne régionale. La part de la population couverte par le RSA est également plus importante. Enfin, près de 55 % des foyers fiscaux y sont non imposables, soit 13 points de plus qu'en Auvergne Rhône-Alpes.

Dans une large part nord-est et autour de Clermont-Ferrand, des territoires plus dynamiques
La région comprend des bassins de vie très denses et fortement urbanisés centrés sur de grandes agglomérations : Lyon, Grenoble, Valence, Clermont-Ferrand et Saint-Étienne. Excepté celui de Saint-Étienne, ces bassins de vie sont en croissance démographique depuis 1975. Ils sont cependant confrontés à un chômage sensible, largement concentré au sein des villes-centres. La part de cadres dans la population active y est nettement plus élevée qu’en moyenne régionale. Ces agglomérations polarisent de vastes territoires urbains, plutôt jeunes et majoritairement en croissance démographique . Ceux-ci couvrent une grande partie du Rhône, le nord de l’Isère, l’ouest de la Savoie et de la Haute-Savoie ainsi que le sud de la Loire.
Côté auvergnat, ce profil se retrouve en périphérie de Clermont-Ferrand et dans la partie de la Haute-Loire sous l’influence de Saint-Étienne. Ces bassins de vie bénéficient de la forte densification des territoires périurbains amorcée dans les années 1970. Ainsi, sur ces territoires, neuf habitants sur dix, en moyenne, vivent au sein d’un grand pôle urbain ou dans sa couronne.

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