Amputé après un accident du travail, il retrouve son patron au tribunal

mar 05/09/2017 - 21:17 , Mise à jour le 27/11/2020 à 08:47

Il travaillait depuis 15 ans dans l'entreprise, quand sa vie a basculé en quelques minutes. L'employé d'une scierie de Mazeyrat d'Allier s'est présenté en tant que partie civile au tribunal du Puy-en-Velay, mardi 5 septembre 2017, lors du procès de son patron.
"Il manquait une sécurité sur la machine"
Détaillés par le juge André-Frédéric Delay, les faits font froid dans le dos. Ce 7 novembre 2016, l'employé utilise la broyeuse à bois de l'entreprise. Celle-ci transforme les déchets en copeaux à l'aide de machoires métalliques. "Une machine imposante", selon le magistrat. Mais la mécanique s'enraye. Le salarié tente d'en savoir plus, et monte sur la plateforme qui surplombe l'engin. Il glisse. Son pantalon est happé, puis sa jambe. C'est l'un de ses collègues qui le découvre, "gisant dans une mare de sang, pratiquement inconscient".

Près d'un an plus tard, la victime arrive en béquilles au tribunal. Un ourlet à son pantalon laisse entrevoir une prothèse. Encore marqué par l'accident, la voix étranglée, il dénonce la sécurité de l'entreprise au moment des faits. "Il manquait un capot de sécurité sur la machine. Je l'ai dit au directeur du site. Mais ça rentrait par une oreille et ça sortait par l'autre." Ce directeur a depuis été licencié par le patron de la scierie. Un patron appelé à la barre pour justifier cette situation.

D'un naturel introverti, cet homme d'une cinquantaine d'années se défend de manière sobre. "C'était le premier accident dans l'entreprise, ça a choqué tout le monde". Il l'assure : "Je ne connaissais pas ces failles de sécurité. Dès que j'ai appris l'accident, j'ai fait remettre le capot, et ajouté des boutons d'urgence"
Le parquet réclame trois mois avec sursis
Mais le mal était fait. L'avocat du salarié insiste sur ce point. "Dans cette entreprise, un élément de sécurité primordial manquait depuis plus d'un an, et personne n'a réagi". Pour cette raison, il demande un important dédommagement pour la victime et sa famille.
Même son cloche du côté du parquet, représenté par Marie Moschetti. "Un dirigeant a des droits, mais aussi des devoirs. Le premier est d'assurer la sécurité de ses salariés." La substitut du procureur réclame 10 000€ d'amende pour l'entreprise, et trois mois de prison avec sursis pour son PDG.

Un réquisitoire sévère selon l'avocate du patron, qui assure que "la sécurité n'est pas un vain mot" pour son client. "Un livret de bonnes pratiques avait été transmis aux salariés de l'entreprise. Celui-ci mentionnait clairement qu'il fallait arrêter les machines avant toute intervention. Ça n'a pas été le cas lors de l'accident".

Ces arguments seront étudiés par les juges d'ici mardi 3 octobre, date du délibéré.
Clément L'hôte

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