Aide aux femmes: "C'est une page qui se tourne"

mer 30/07/2014 - 15:13 , Mise à jour le 26/11/2020 à 19:23

Nous avons rencontré André Bertrand, président de Mambré depuis 3 ans, Geneviève Maurel, coordinatrice de l'association depuis 14 ans et Soeur Anne-Marie.
L'association créée en 1990 par les sœurs Saint-Charles avait pour but d'accueillir des femmes victimes de violence, avec ou sans enfants. « Ce sont des femmes qui se retrouvaient à la rue sans bagages, sans ressources, sans argent, sans lieu où aller. » explique le président. L'association était donc là pour offrir un lieu de protection, où les femmes pouvaient se sentir en sécurité, notamment face aux maris ou compagnons en colère. C'était également un lieu créé pour que les enfants puissent aussi s'épanouir, se détendre et être à l'abri du danger.

1475 personnes accueillies
Les familles restaient parfois seulement 48 heures, mais la plupart d'entre elles restaient environ 6-8 mois, voire exceptionnellement une année entière. Le président nous résume le rôle des sœurs et des bénévoles par « Protéger en premier lieu , écouter ensuite et enfin accompagner ». Les 811 femmes et les 664 enfants qui ont été accueillis depuis les débuts de l'association ont été écoutés et accompagnés pour reprendre pied et se réinvestir dans un nouveau départ.
Les locaux comprennent quatre appartements, deux F2 et deux F3. La structure accueillait donc simultanément jusqu'à 9 adultes ainsi que tous leur bambins. L'union de la famille étant primordiale dans l'association, peu importe si l'espace est restreint, tous les enfants étaient acceptés et restaient avec leur mère.

Des sœurs investies jour et nuit
Soeur Anne-Marie ainsi que Soeur Bénédicte assurait une permanence 24 heures sur 24 pour accompagner les femmes. « Nous étions là pour échanger, parler, sécuriser et avoir une forme de présence pour ces femmes » explique Soeur Anne-Marie. Elles prenaient deux jours par mois, l'association pouvant aussi compter sur 10-15 bénévoles qui assuraient les heures de permanence pendant leurs absences mais qui se relayaient également les après-midi, de 14 heures à 18 heures.

Une reconstruction pour femmes et enfants
Les femmes violentées qui arrivaient étaient dans un état « fermé » et il fallait généralement quelques jours avant qu'elle n'accepte de sortir de l'appartement. Les sœurs étaient là pour motiver les mamans dans les démarches administratives, notamment le droit de garde des enfants mais aussi les divertir avec des activités comme le modelage de la terre, la couture ou encore la gym. Des partenariats étaient aussi là pour aider à reconstruire les familles avec des accès à la piscine ou encore des tickets de cinéma.
Un partenariat avait été également mis en place avec les écoles pour la scolarisation immédiate des enfants, avec l'école Jeanne d'Arc, le collège Lafayette et l'Académie. « Il fallait qu'ils soient scolarisés de suite, pour ne pas subir ces moments en voyant leur maman pleurer. C'était mis en place généralement en deux jours et c'était une étape primordiale pour qu'ils vivent une vie d'enfant. » nous explique Geneviève Moray.

Une fermeture inévitable
La congrégation des Sœurs saint-Charles, comme de nombreuses congrégations religieuses, subit un vieillissement important. Dans une telle structure, les soeurs doivent être plus jeunes et bien en forme pour porter toutes ces femmes. C'est un arrachement pour celles qui ont créé et porté à bout de bras l'association mais aujourd'hui, elles ne peuvent plus et doivent passer la main. La structure vivait également grâce aux bénévoles, qui n'ont ni la volonté, ni la possibilité de remplacer les sœurs tant investies. « On ne peut pas non plus les remplacer par des salariés car si l'on pense aux nuits, aux journées et aux congés, il faudrait 6 ou 7 personnes, ce qui est financièrement impossible. » explique André Bertrand.
« Les religieuses ne peuvent plus maintenir leur action, les bénévoles laïcs présents ne peuvent pas assumer cette charge et les finances publics ne peuvent pas remplacer les sœurs par du temps de salarié : la structure ne peut donc plus exister. » se désole le directeur. La seule possibilité envisageable était la relève religieuse mais la congrégation des Soeurs St-Charles compte 40 sœurs, toutes plus âgées que les deux sœurs de Mambré.

Des témoignages émouvants
Soeur Anne-Marie nous confie : « Je ressens qu'on a bien rempli notre mission d'accueil, de présence, d'écoute durant 24 ans. Un petit pincement au cœur évidemment car on est obligé de laisser, c'est pas facile et il faut lâcher prise. Mais je reste assez confiante aussi car il y a une suite, les personnes en difficulté, seront toujours accueillies, ailleurs, mais c'est un soulagement. J'ai beaucoup reçu, au niveau relationnel, c'est un cadeau de la vie que de vivre là. »
Geneviève Maurel nous livre à son tour :« C'est dur après 14 ans. J'en sors riche de rencontres, de croisements, d'histoires. J'ai appris plein de choses et j'ai trouvé une famille ici. C'est une page du Puy qui se tourne, c'est sûr. »

Une relève partielle
L'association Mambré a beaucoup discuté avec l'association Tremplin et par ses moyens et ses dispositifs existants, le directeur pense que c'est « la plus à même de reprendre l'activité ». « Ils ont des professionnels, une habitude de fonctionnement, un hébergement d'urgence. » L'association va remettre en place un dispositif pour que ces femmes puissent continuer à bénéficier d'une prise en charge spéciale en collaborant avec les sœurs de Saint-Francois. Tremplin avait déjà un grand dispositif, auquel s'est joint Geneviève Maurel et un autre membre de Mambré.
Le directeur nuance quand même la bonne nouvelle  : « On ne retrouve pas le même type de suivi, il n'y a pas de présence permanente la nuit, même si il existe un numéro d'urgence. C'est une prise en charge plus allégée »
Les liens étaient très importants avec des bénévoles et des religieuses qui assuraient un vrai lieu de vie familial. « Cette complicité ne pourra pas se retrouver mais les femmes vivront autre chose.Elles vivront un accompagnement, on est rassurées dans ce sens, et elles seront suivies et hébergées avec des professionnels » précise Geneviève Maurel.

A la mi-septembre, l'association rendra définitivement les clés de ces locaux, qui se trouvaient Rue Vanneau, près de la cathédrale. Le matériel a été en grand partie repris par Tremplin mais certains jouets, tissus, machines à coudre ont été donnés à des associations œuvrant dans l'aide des personnes en difficulté.
Quant à Soeur Anne-Marie, elle rejoindra une petite communauté de quatre sœurs dans le quartier de Guitard. Cette dernière ainsi que la coordinatrice de l'association gardent tout de même le contact avec les femmes qui ont été de passage dans leur établissement. « On fait partie de leur reconstruction. Si on brise les liens, on brise quelque chose. Elles ont trouvé une famille. La maison ferme mais nous on reste des êtres humains et y'a des choses qu'on peut pas casser » A méditer.

N.P.

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