Agriculteurs vs écologistes : ça sent le roussi

lun 15/09/2014 - 15:15 , Mise à jour le 26/11/2020 à 19:24

La FDSEA43, les Jeunes agriculteurs 43 et la Chambre d'agriculture de la Haute-Loire se disent "choqués et insultés" par les propos tenus dans le communiqué de presse de l'association écologiste SOS Loire Vivante diffusé dans les médias le lendemain de leur manifestation contre la directive nitrates ce jeudi 11 septembre 2014. Ils ont donc rédigé un droit de réponse que voici.

"Stupéfaits, choqués et offensés : c’est ce que les agriculteurs ont ressenti en découvrant, au lendemain de leur manifestation, le communiqué de presse d’une association écologiste ayant pignon sur rue, diffusé dans tous les médias. Et comment ne pas l’être en lisant de tels propos mensongers et injurieux ? Des propos totalement irresponsables, véhiculant de fausses informations, frisant la propagande, et portant de graves accusations contre les agriculteurs. Face à une telle attitude, nous ne pouvons rester silencieux et tenons à rétablir quelques vérités.


Tout d’abord, nous le réaffirmons : l’eau en Haute-Loire est de bonne qualité. Laisser penser aux citoyens altiligériens que l’eau est polluée dans le département est donc absolument irresponsable. De même d’ailleurs que de monter les consommateurs contre les agriculteurs, en les accusant d’être des empoisonneurs. C’est une grave accusation que nous ne laisserons pas sans suite, y compris sur le plan juridique !

Cette stigmatisation incessante de la profession agricole est scandaleuse et insupportable ! Que cherchent donc ces détracteurs avec ces attaques répétées ? A faire disparaître les dernières exploitations de Haute-Loire, familiales et ayant des revenus faibles (car se sont celles-ci qui, en premier, ne peuvent pas assumer les charges supplémentaires imposées), pour que l’on ne trouve plus dans nos assiettes que des produits importés n’apportant aucune garantie de qualité et de traçabilité, contrairement aux produits français ?

Les agriculteurs français sont des gens responsables. Quel serait leur intérêt de détruire leur outil de travail ? Nous le rappelons sans cesse, les agriculteurs sont les premiers écologues et sont respectueux de leur environnement. Mais à la différence des écologistes, de plus en plus extrémistes, ils en ont une approche économique, agronomique, rationnelle, et non dogmatique et idéologique, basée sur une vision passéiste de la société et de l’agriculture. Mais pour comprendre cela, encore faut-il connaître le métier et les pratiques actuelles des agriculteurs !

Oui, aujourd’hui, les agriculteurs sont des entrepreneurs, et fiers de l’être. Oui, l’agriculture est une activité économique à part entière, la seule dans la majorité des communes de Haute-Loire, créatrice de valeur ajoutée, de richesses et d’emplois. On ne peut pas en dire autant de ces donneurs de leçons : qu’apportent-ils, eux, au pays, mis à part de distiller la peur dans les esprits, d’inventer chaque jour de nouvelles normes et taxes dans tous les domaines (éco-taxe, normes énergétiques des maisons, etc.) qui entrainent des charges supplémentaires pour tous, de freiner l’esprit d’entreprendre, d’empêcher les initiatives (barrages hydroélectriques, réserves des eaux de pluie, etc.), … en un mot, ils tuent l’économie de notre pays !

Dans un contexte de grave crise économique, nous en appelons aux pouvoirs publics pour qu’ils prennent leur responsabilité, et fassent le choix du soutien aux forces productrices de ce pays, le choix de l’économie, de la libération des énergies, le choix du « Manger Français », plutôt que celui de cette minorité d’extrémistes écologistes [...].
Les responsables professionnels agricoles majoritaires"

  • Pour EELV, c'est nier la réalité

De son côté, Europe écologie les Verts estime que la FDSEA et les JA nient une réalité maintes fois démontrée - la pollution de l'eau par l'activité agricole - et qu'ils desservent la cause des agriculteurs en jouant la carte de la démagogie. Voici la réaction de Pierre Pommarel, conseiller régional et porte parole Europe Ecologie les Verts.

"La qualité des eaux douces est, non seulement un enjeu environnemental majeur, mais aussi un sérieux problème de santé publique. Elle concerne chaque citoyen et nul ne peut se dédouaner de sa responsabilité personnelle pour en assurer la protection voire la reconquête.

L'activité agricole impacte très directement les cours d'eau et les nappes aquifères, il ne sert à rien de nier une réalité maintes fois démontrée. Les constats scientifiques et sur le terrain sont clairs et sans appel : la gestion des effluents d'élevage ainsi que les pratiques culturales nécessitent donc des précautions afin de minimiser leurs impacts et s’orienter enfin vers une démarche « gagnantgagnant », d’une part pour l’environnement et la santé des hommes, et d’autre part pour la rentabilité des exploitations, les revenus et les conditions de travail de la profession agricole. Un projet co-financé par le Conseil régional d’Auvergne - le programme « effluents fromagers 2008-2012 » - a , par exemple, été mené en ce sens et avec succès en Haute-Dordogne avec 58 agriculteurs, tous ravis de disposer aujourd’hui d’un atout technique, économique et environnemental pour leur exploitation.

La définition de zones sensibles vis-à-vis de la pollution diffuse par les nitrates n'a rien d'un caprice d'écologiste ou d'une lubie. Elle est avant tout motivée par un objectif de protection de la ressource en eau pour les besoins humains et la préservation de la santé. Ainsi, les syndicats FDSEA et JA qui ont appelé à une manifestation au Puy jeudi dernier contre les mesures visant à atteindre ces objectifs ne rendent pas service à la profession agricole, bien au contraire. Au lieu d'inciter leurs adhérents à coopérer au mieux pour concourir à cette mission d'intérêt national de protection de la ressource en eau, ils ont préféré, une fois de plus, jouer la carte de la démagogie. Plutôt que d’épandre du fumier devant la préfecture, il aurait sûrement été plus utile de se mettre autour de la table et d’évoquer, par exemple, les accompagnements financiers ou techniques de l’Etat.

Sans doute la FNSEA et les JA ont-ils le dessein de détourner l'attention des agriculteurs sur des boucs-émissaire commodes - l’Europe et l’environnement - alors que c'est la politique agricole intensive encouragée par la PAC et largement inspirée par ces mêmes syndicats, qui a fortement contribué à dégrader l’environnement et à accélérer les difficultés auxquelles font face de nombreux agriculteurs pendant que de grands exploitants n’ont cessé de s’enrichir.

Sans doute la FNSEA et les JA ont-ils également oublié volontairement de rappeler que l'Europe tant décriée finance, via la nouvelle PAC, très largement notre agriculture, en particulier sur les territoires de montagne : 1,2 milliards d’euros seront ainsi distribués en Auvergne entre 2014 et 2020 sur le 2nd pilier de la PAC, soit une progression de 400 millions d’euros par rapport à la période précédente !
Ce n’est pas rien, même si ça aurait pu être beaucoup mieux au niveau de la qualité des productions soutenues ! Pourquoi ? Car des lobbies et des syndicats agricoles comme la FNSEA et les JA ont fait tout ce qui était en leur pouvoir ,lors des négociations, pour continuer de promouvoir une politique de volume, une PAC au service des « gros », des grandes exploitations céréalières notamment, au détriment d’une agriculture paysanne, respectueuse de l’environnement et de la santé, de l’emploi agricole et de la qualité des produits.

Plus que jamais, le dialogue constructif et respectueux entre agriculteurs et écologistes est indispensable, dans l'intérêt de tous : des professionnels, de la planète et de notre santé. Quant au respect de la réglementation qui protège notre environnement et notre santé il s'impose à nous tous .Les syndicats agricoles qui ne comprennent pas cela aujourd'hui devront forcément évoluer… ou bien disparaître !"

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