Agriculteurs : « S’il faut se battre, nous le ferons… et jusqu’au bout »

mar 09/02/2021 - 16:30 , Mise à jour le 09/02/2021 à 16:30

Ce mardi 9 février, plus de 150 agriculteurs avec leurs 50 tracteurs se sont donné rendez-vous devant la préfecture, place du Breuil à 13 heures. Véritablement remontés, les exploitants ont déversé du fumier devant les grilles de la préfecture en signe de protestation.

C’est une colère profonde qui est ressortie aujourd’hui des quelque 150 exploitants présents. Des mots lourds de sens fusent comme une phrase de Thierry Cubizolles, président de la FDSEA 43 : « L’avenir, il faut aller le chercher […] nous ne nous mourrons pas sans nous être battus » . Les agriculteurs mobilisés, tous venus du bassin du Puy-en-Velay, ont démarré avec des opérations de blocages des grandes surfaces à Brives-Charensac, Chadrac, Vals ou encore Aiguilhe (au moins sept enseignes bloquées), pour ensuite emmener les convois jusqu’au point de rassemblement situé devant la préfecture de la Haute-Loire.

Une loi EGalim pleine de promesses… sans aucun résultat

L’un des points phares de la mobilisation de ce jour concerne la loi EGalim (Loi pour l'équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine, durable et accessible à tous). Cette loi a été promulguée en octobre 2018 et met en avant un rééquilibrage commercial entre les agriculteurs et les points de vente, notamment les grandes surfaces ainsi qu’un partage des marges plus juste. « Nous avons placé beaucoup d’espoir dans cette loi, confie Thierry Cubizolles, mais aujourd’hui, trois ans plus tard, nous ne voyons aucune retombée sur les exploitants ».

Photo par Macéo Cartal

Une augmentation des prix d’un côté, une baisse de l’autre

Les syndicats avancent une augmentation des prix de vente des produits issus de l’agriculture dans les grandes surfaces (une hausse qui va de 11 % à 22 % pour les viandes hachées fraîches et surgelées par exemple) alors que le prix de vente auprès des agriculteurs ne bouge pas. La filière laitière semble être la seule ayant connu une valorisation. Valorisation anecdotique, voire inexistante, puisque le prix du lait a augmenté de 1€ les 1000 litres.

Un travail en amont, dès la production

L’une des promesses de cette loi EGalim était de travailler avec le prix en avant, c’est-à-dire définir le prix de vente d’un produit en commençant du producteur jusqu’au consommateur, en tenant compte des coûts réels de production. Ces derniers varient notamment avec l’augmentation constante des charges et de la matière première qui détonne avec une pression aux bas prix toujours plus forte faite auprès des transformateurs.

Photo par Macéo Cartal

Objectif PAC 2023 : revaloriser le territoire pour une agriculture durable

Les exploitants agricoles veulent que la Politique Agricole Commune (PAC) de 2023 soit un tournant pour la revalorisation de leurs aides ainsi que du territoire. Ils réclament, entre autres, le maintien de leurs aides couplées et du renforcement de l’indemnité compensatoire de handicap naturel (ICHN), qui visent à soutenir les agriculteurs installés dans des territoires de montagne et de haute-montagne. « La Haute-Loire a une altitude moyenne de 800 mètres, donnant donc des contraintes en matière d’acheminement de matières premières et de contraintes géologiques spécifiques, qui doivent être prises en compte », indique Thierry Cubizolles.

« L’État a un rôle de police à jouer et n’est pas assez responsable dans l’application de ses mesures » Laurine Rousset, présidente des Jeunes Agriculteurs 43

Les syndicats dénoncent ainsi « l’irresponsabilité de l’État » (T.Cubizolles) quant à l’application de cette loi. « Depuis cette loi EGalim, 600 millions d’euros ont été générés et sont aujourd’hui dans les mains de nos partenaires alors que cet argent devait initialement servir à la rémunération de nos agriculteurs », déplore Laurine Rousset.

La Haute-Loire compte environ 3500 exploitations, chiffre qui est en constante baisse. Selon les données, un producteur laitier génère environ sept emplois. « Nous avons besoin de nos agriculteurs et de l’élevage, ils entretiennent le territoire et jouent ainsi sur l’attrait au tourisme. Cette profession entretien une dynamique sociale et économique indispensable à nos villages », affirme Thierry Cubizolles, qui réclame une augmentation de l’économie locale pour venir en aide aux structures présentes.

Thierry Cubizolles et Laurine Rousset. Photo par Macéo Cartal

L’État évite-t-il le problème ?

Nombre de manifestants

La FDSEA et les JA annoncent plus de 150 personnes. La préfecture en dénombre 120.

« C’est un dossier politique et nos élus locaux nous soutiennent », indique Thierry Cubizolles. Mais ceci ne semple pas empêcher la sourde oreille faite par les institutions de l’État. La FDSEA et les JA 43 étaient censés rencontrer le Préfet de la Haute-Loire à midi.
Surprise, ce dernier n’était plus disponible et a donc envoyé sa directrice de cabinet ainsi que deux autres personnes dont la directrice de la DDSCPP (Direction Départementale de la Cohésion sociale et protection des populations de la Haute-Loire). Cependant, Laurine Rousset déplore que la délégation n'ait 
« pas eu le temps de finir d’apporter toutes [nos] réclamations et aucune solution n’a été apportée, puisqu’ils ont préféré faire un communiqué de presse pour la circulation à cause des tracteurs présents ».

Macéo Cartal

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14 commentaires

lo

jeu 11/02/2021 - 07:27

Ce n'est pas en utilisant des méthodes aussi déplorables que celles-ci que le consommateur va venir chez eux ! QUI manifeste ? ce n'est certainement pas le "petit" agriculteur qui lui bosse à la hauteur de ses capacités MAIS ceux qui ont les yeux plus gros que la tête et qui veulent vivre au-dessus de leurs moyens. Les crédits perpétuels, ça va un moment mais tout a une fin.

me

mer 10/02/2021 - 20:02

si la profession etait si solidaire autrement que pour mettre le bazar elle s'imposerait devant les grandes surfaces qu'elle est bien contente de trouver pour écouler sa production. Mais chacun va négocier son bout de gras. Je suis surpris par l'attitude de la présidente des jeunes complice d'actions d'un autre âge c'est donc çà l'avenir.

me

mer 10/02/2021 - 11:09

enfin un agriculteur responsable merci bx toutefois comment expliquer l'uniformité des coûts et des prix demandés les charges divergent d'une exploitation a l autre non ? je suis donc septique sur les calculs de chacun

ra

mer 10/02/2021 - 10:18

Au premier confinement les prix en grandes surfaces ont flambé et continue d'augmenter encore pour des prix qui ont baissé aux producteurs.
Oui les agriculteurs et les consommateurs sont les dindons de la farce

bx

mar 09/02/2021 - 21:58

Bonjour,
je suis éleveur bovin et, comme vous, je réprouve totalement ces modes de manifestation qui pénalisent nos clients (les consommateurs donc) et donnent une image déplorable de notre profession. Cela dit, il ne faut pas occulter le fond du problème: oui les prix payés aux producteurs sont très en deçà du coût de production et sans les primes de la PAC pour compenser, l'agriculture européenne serait anéantie en 2 ans. Pour exemple quelques chiffres de l'INSEE: viande bovine, évolution sur 23 ans: prix à la consommation +73%, charges de production +55%,prix payé au producteur +21% ! A qui profite le crime ? Au final, dans la chaine de l'agroalimentaire, deux maillons trinquent : nous, le premier maillon (prix dérisoires) et vous, le dernier (prix exagérés) luttons ensemble, notre cause est commune ! Si vous trouvez que les prix payés direct producteur est trop élevé, sachez que ceux qui vous vendent ces produits en direct sont au courant des coûts de production, eux, et vous le vendent la plupart du temps AU JUSTE PRIX pour en vivre tout simplement. Notre métier et trop beau pour que nous l'abandonnions, ne nous jugez pas sur quelques faits qui font le buzz, venez nous rencontrer pour échanger en direct sur nos méthodes de production et nos problématiques diverses, stop aux amalgames et aux idées reçues, la cause paysane méritee mieux que cela...

ra

mar 09/02/2021 - 21:12

laissez moi rire quand je vois les commentaires! allez leurs apprendre à travailler aussi,vous qui avec vos 35 h,RTT, p'tit bobo vite en caisse...
Ils bossent toujours plus pour rien.
Qu'ils produisent pas chères même à y crever tant que moi consommateur je peux me nourrir et vivre pour pas chère, voila la mentalité de l’égoïsme pure!

co

mar 09/02/2021 - 20:52

Qu'un agriculteur qui a 50 ans ,des emprunts à rembourser ,reste en agriculture "conventionnelle", je peux le comprendre. Mais que des jeunes qui s'installent continue dans cette course en avant (des exploitations toujours plus grosses, des engins de plus en plus couteux et une utilisation de pesticides qui ne saisse d'augmenter) ,ça me désespère.
Passer en bio et l'opinion publique vous soutiendra plus dans vos revendications.

ra

mar 09/02/2021 - 20:29

Il est facile de les critiquer.L'alimentation est devenu banale, mais il ne faut pas que ça coute chère au consommateur à non surtout pas, pour avoir suffisamment d'argent pour les loisirs,vaut mieux avoir le dernier smartphone à 700€ ou dernier écran plat et j'en passe. Le jour ou nos agriculteurs ne seront plus là, on verra si la campagne sera aussi belle!

ga

mar 09/02/2021 - 20:12

Le problème de l'agriculture c'est l'image : un peu rustres, pas très propres, ruant sans cesse dans les brancards et frimant en pavanant dans des engins bien au-dessus de leurs moyens. Cette manif' vient en rajouter une couche. Ne pourraient-ils pas se faire entendre proprement et d'une façon un peu plus littéraire ?
Un autre phénomène inquiétant : derrière chaque agriculteur 7 personnes vivent (dixit une représentante syndicale) ... Peut-être l'organisation du travail d'agriculteur serait-il à re-penser pour qu'ils soient indépendants, respectueux et autonomes ? Je crois que la balle est vraiment dans leur camp, pas dans le nôtre.

st

mar 09/02/2021 - 20:10

Les pleureuses passent au circuit court et c'est pas moins cher. Parlons donc des vrais revenus des paysans plutôt que d'enfumer la pupulasse. La plupart gagne très bien leur vie. Ceux qui s'en sortent moins bien ne sont pas dans la manif, ils n'ont pas le temps.

me

mar 09/02/2021 - 18:38

pour des gens qui veulent vivre de leur travail le premier souhait est le maintien des aides et leur augmentation. Pénaliser le consommateur en bloquant les magasins va leur attirer de la sympathie comme bloquer la circulation et déverser du fumier devant la préfecture ils ne savent faire que çà. Quand aux ventes directes vu les prix salut !!
quand a l entretien du territoire ??? regardez autour de vous ils feraient plutot fuir les touristes

mi

mar 09/02/2021 - 18:20

Il n'y avait pas 50 tracteurs, loin de là. Tout au plus la moitié....

ro

mar 09/02/2021 - 18:14

Pas de drapeau rouge cgt...alors pas de recup de cette manif comme avec les gj, pour chauffer la foule et ensuite se casser quand ça part en sucette....d’un autre côté, le tracteur qui vide son contenu, en ensuite des pauvres gars des services de la Mairie pour nettoyer. N’est-il pas possible de manifester autrement ?

se

mar 09/02/2021 - 16:54

L : C'est honteux cette façon de faire déjà qu'ils laissent des routes sales lorsqu'ils vont épandre du fumier. Il y a des décennies ils ne vendaient pas dans les grandes surfaces et maintenant tous y sont et ils savaient bien le risque sur les prix. Pour info lorsqu'ils vendent en direct de la ferme donc sans intermédiaires ils sont quasi même prix qu'en boucherie , et le consommateur paie plein tarif