À 23 ans, il refuse de voir disparaître les toits d’autrefois

Par Hugo ULIANA , Mise à jour le 12/06/2026 à 17:00

Temps de lecture : 4 minutes

Ce mercredi 10 juin, le BTP CFA Haute-Loire organisait à Moudeyres, la journée « Mémoire des Toits ». La journée a réuni artisans, apprentis et passionnés autour des savoir-faire du chaume et de la lauze, ces toitures traditionnelles en végétaux séchés et en pierres plates. Bastien Machet, 23 ans, s'apprête à devenir l'un des rares jeunes chaumiers du territoire.

Le cadre ne pouvait être plus symbolique. C'est à la Ferme des Frères Perrel, célèbre chaumière au toit de seigle classée au titre des Monuments historiques depuis 1977, que s'est déroulée cette journée. Un événement consacré à la découverte et à la transmission des techniques traditionnelles de couverture en chaume et en lauze.

Tout au long de la journée, démonstrations, ateliers et échanges ont permis au public et aux apprentis de mieux comprendre ces savoir-faire ancestraux qui façonnent, depuis des siècles, l'identité du Mézenc et de la Haute-Loire. Des filières aujourd'hui confrontées à un manque criant d'apprentis et de formations.

Bastien Machet, symbole d'une relève rare

À seulement 23 ans, Bastien Machet est la source d'inspiration de cette journée. Actuellement en formation de couvreur au BTP CFA Haute-Loire, il prévoit de s'établir comme chaumier dès la fin de son cursus. « C'est exceptionnel, car aucun jeune ne se lance dans ce métier », souligne Serge Montagne, formateur en couverture-zinguerie au centre de formation.

Pourtant, rien ne prédestinait Bastien Machet à suivre cette voie. Arrivé à Moudeyres à l'âge de 4 ans, il découvre le chaume grâce à son voisin. « J'ai fait un CAP agricole. C'est mon voisin Philippe qui m'a fait découvrir le chaume », raconte-t-il.

Une rencontre qui change tout. « Un jour, il m'a dit : "Tu devrais te lancer dans le chaume." Et quand j'ai vu que personne ne reprenait le métier, je me suis dit qu'il fallait que je m'en occupe. » Puis la passion est venue.

Depuis plus de deux ans, le jeune homme se forme sur le terrain auprès des artisans et habitants du village. « Depuis, je n'ai pas décroché, ça fait plus de deux ans que je me bats », sourit-il. Son ambition ne s'arrête pas à la création de son entreprise : « Je suis ouvert à transmettre ce savoir-faire qu'il ne faut pas perdre. »

Il initie avec plaisir ses camarades
Il initie avec plaisir ses camarades Photo par Hugo Uliana

Chaume et lauze, même combat

La situation du chaume illustre une problématique plus large qui touche l'ensemble des métiers liés au patrimoine bâti traditionnel, comme la lauze.

Invité à faire découvrir le travail de la lauze aux apprentis, Mathieu Guirbert, artisan installé au Béage en Ardèche et membre de l'Association des Artisans Lauziers Couvreurs, partage le même constat.

« Les métiers manuels se perdent, il y a un manque de jeunes, ça devient critique », alerte celui qui a appris le métier auprès de son père artisan dans le Cantal. « En Ardèche, je suis le seul. En Haute-Loire, ils ne sont pas nombreux non plus. »

Pour sensibiliser les futures générations, quatorze apprentis du BTP CFA Haute-Loire avaient d'ailleurs fait le déplacement pour découvrir ces techniques de couverture peu enseignées aujourd'hui.

Mathieu Guirbert et la passion de la lauze
Mathieu Guirbert et la passion de la lauze Photo par Hugo Uliana

« On doit sauvegarder l'identité de notre territoire »

Architecte-conseil et directeur du Conseil d'Architecture, d'Urbanisme et de l'Environnement (CAUE) de Haute-Loire, Éric Andron rappelle l'ampleur des enjeux : « On recense à peu près 3 000 propriétés où il y a de la lauze et on a plus que 36 chaumières en Haute-Loire. » Selon le CAUE 43, entre 30 et 40 % des toitures en lauze ont disparu depuis 1995.

Le manque d'artisans qualifiés, la pénibilité du métier, les coûts de restauration et des délais d'attente pouvant atteindre deux ans fragilisent ces savoir-faire ancestraux. « Pour la lauze, nous n'avons plus que quelques entreprises avec des entrepreneurs épuisés. Il n'y a pas le remplacement nécessaire », explique le directeur.

Même combat pour le chaume. Il explique avec détermination : « On se bat pour qu'il y ait des formations. Ces savoir-faire anciens, il faut absolument les défendre. »

Dans ce contexte, le parcours de Bastien Machet apparaît comme une lueur d'espoir. Car au-delà de la sauvegarde des toitures, c'est une part de l'histoire et du paysage local qui est en jeu. « On doit sauvegarder l'identité de notre territoire », conclut Éric Andron.

Des ateliers pour faire découvrir ces savoir-faire
Des ateliers pour faire découvrir ces savoir-faire Photo par Hugo Uliana

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