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« Ça va être très compliqué pour ceux qui n’ont que ce mode de chauffage »

Par nicolas@zoomdici.com ven 02/09/2022 - 12:00 , Mise à jour le 02/09/2022 à 12:00

Qui que ce soit utilise les granulés de bois l’a remarqué. Les prix flambent (comme toutes les autres énergies). Les distributeurs et les revendeurs n’hésitent pas à employer un mot sur ce phénomène qui mêle inflation et pénurie : historique.

Des coups de téléphone à différents revendeurs en Haute-Loire. 9 fois sur 10, le répondeur. Et 9 fois sur 10 le même message : « Face à la trop forte demande de pellets que nous subissons actuellement, nous vous invitons à rappeler ultérieurement ».

Et sur leur site, sensiblement la même information à l’instar de celle de l'un des deux gros fabricants de granulés Moulin Bois Energie à Dunières : « Dans le but de satisfaire notre fidèle clientèle et face à une demande importante de nos produits, nous servons les clients déjà référencés sur notre fichier ».

« Je reçois des appels de Paris pour savoir s’il me reste des granulés ici, en Haute-Loire »

Depuis trois mois, les granulés de bois semblent être pris d’assaut dans le département et en France entière. Clients, vendeurs, fournisseurs...devant eux se dressent deux problèmes d’envergure et qui ne cessent de s’intensifier à savoir le manque de matière et le prix de cette matière. « Depuis quelques temps, je reçois des appels de Paris pour savoir s’il me reste des granulés ici, en Haute-Loire, s’étonne le patron de Cevenn’Service au Chambon-sur-Lignon. Ces gens sont prêts à venir jusqu’ici pour s’approvisionner ! C’est du jamais vu, ça  »

« Il y a un an, je recevais moins de 5 appels par jour de clients qui souhaitaient commander des sacs de 15 kg ou des palettes d’une tonne. Aujourd’hui, je suis plus que débordé avec une vingtaine d’appels juste pour les pellets ». Cevenn’Service

Et concernant le prix ? « C’est simple. Nous sommes passés de 300 euros la tonne à 600 euros en un an. Le granulé a pris 100 % d’augmentation », poursuit le dirigeant de Cevenn'Service.  Selon les magasins, le conditionnement et la qualité des granulés, le prix diffère. Nous avons sollicité les internautes altiligériens pour savoir combien ils déboursaient actuellement par rapport à l’année dernière. « Nous dépensions 340 euros la tonne en 2021, livre une participante. Nous allons l’acheter 530 euros cette année. Le vendeur nous a conseillé d’attendre un peu, le temps que les gens se calment un peu ».

Un autre ajoute : « J’achète mes granulés par sac de 15 kg. Je le payais environ 4 euros il y a un an. Aujourd’hui, je l’ai vu à 7 euros voir plus cher en fonction de la qualité du pellet ». Une autre encore : « Avant je payais mes granulés 3€99 le sac de 15kg. L'hiver dernier j'étais plus sur 4€40. Je ne me suis toujours pas penchée sur la question pour cet hiver mais j'ai vu des sacs à plus de 5 euros ».

Emilie partage : "275€ la palette de 65 sacs l’année dernière et 400€ en juin cette année pour la même palette. Pas de différence de qualité".

Sébastien confie : "A la base, les granulés étaient fabriqués à partir des déchets de bois, branches,...Prix de la tonne en 2017 à Weldom 262, 50 euros livrés sur Chadrac. Prix actuel 667 euros. Il me semble que la qualité a légèrement baissé. Actuellement les scieries broient des arbres entiers pour la fabrication des pellets pour faire face à la demande".

Elizabeth poursuit : "Nous avons évité le pire : 3,95€ le sac pour une palette de 70 sacs l'an dernier. 7, 20 € cette année. Depuis deux jours 8,90 €".

Cédric ajoute : "Sac de 15kg acheté 4€80 l'an dernier. 7€20 il y a 3 semaines et maintenant il est à 9 euros prix sortie d'usine et sera à priori vendu 13 euros dixit patron d'une jardinerie revendeuse dès qu'il sera en magasin la semaine prochaine. Pas de pénurie de bois mais filière pas organisée pour produire la demande qui a explosé cette année (forte hausse des ventes de poêles et gens qui ont fait des stocks)"

Julie termine : "J'ai fait installer mon poêle à granulés à la fin de l'hiver dernier, suite logique des travaux de rénovation dans ma maison. Avant ça, j'ai passé un moment à rechercher/me renseigner, notamment sur des groupes Facebook spécifiques car je savais justement que le prix des pellets commençait à grimper et c'était avant la crise de l'énergie que l'on rencontre, donc j'ai choisi de mettre un modèle hybride granulés et bois (pareil, il fallait aussi rechercher le modèle le plus performant et fiable etc), choix qui s'impose quand tu brûles majoritairement du bois mais que tu veux aussi le confort du pellet, la programmation, le contrôle à distance etc.
Cet hiver, je n'ai pas acheté de palettes car on arrivait sur la fin de l'hiver mais seulement quelques sacs en dépannage autour de 4,90 euros le sac. Là, je suis bien contente d'avoir du bois à brûler l'hiver prochain car le surcoût du poêle hybride (en moyenne 2500/3000 euros de plus que le poêle à pellets) représente désormais trois palettes et dans ma maison j'estime qu'il m'en faut deux pour un hiver. Donc j'ai déjà bien amorti la dépense supplémentaire si jamais été en 100% pellet".

« C’est la toute première année que j’assiste à ça »

« Nous naviguons en plein flou, s’exprime le responsable du rayon bazar au Super U d’Aiguilhe. Nous avons passé des commandes durant le mois d’août et nous serons peut-être livrés sans certitude durant le mois de septembre ». Il affirme : « C’est la toute première année que j’assiste à ça depuis que nous proposons des granulés dans le magasin ».

Il continue sur le sujet de l’approvisionnement : « Avant cette crise de l’énergie, les fournisseurs nous indiquaient les prix des granulés pour la saison. Maintenant, ils nous le disent deux jours avant la livraison. Et ça change constamment ».

D’après certains sites spécialisés comme la FF3C, la ruée des utilisateurs pour s’approvisionner en granulés a débuté dès le mois d’avril cette année 2022 soit quatre mois plus tôt qu’à l’accoutumée.

« Ce n’est pas un début de pénurie. Il y a une pénurie »

Nous avons toqué à la porte d’un magasin de bricolage du bassin ponot dont le directeur souhaite garder l’anonymat. Il prévient sans hésiter : « Ça va être très compliqué pour ceux qui n’ont que ce mode de chauffage »

À la question de savoir si il y a effectivement un début de pénurie de granulés en ce moment, il répond en rectifiant : « Ce n’est pas un début de pénurie. Il y a une pénurie ! Nous sommes des revendeurs. Le problème est que les distributeurs comme Cogra ou Moulin sont tellement sollicités que, de notre côté, nous n’en recevons que très peu. Je vous assure que le phénomène est exceptionnel. Jamais nous n’avions été confrontés à ça ».

« Nos marges sont pourtant infimes »

« Nous avons honte de proposer ces prix-là à nos propres clients, confie-t-il. Mais nos marges sont pourtant infimes voir totalement nulles ». D’après ses données, le sac de 15 kg était vendu environ 3,75 euros il y a trois ans. Au mois de juillet 2021, ce même sac est proposé à 4 euros. En juin 2022, il grimpe à 5,90 euros.
« Au mois de septembre, il atteindra certainement les 7,90 euros, déplore le dirigeant. Pour moi, je pense que c’est du grand n’importe quoi et je suis absolument confus d’afficher ce genre de prix aux consommateurs même si la qualité des pellets est indéniable ».

Pour les revendeurs de poêle et de chaudière à granulés, les parts de ventes affichent des résultats qui crèvent le plafond. « Entre 2020 et 2021, nous avons eu une augmentation de 41 % pour la vente des poêles, partage un employé du Comptoir du Poêle à Bois à Saint-Paulien. Et bien plus encore pour les chaudières car, dans cette même période, c’est un accroissement de 120 % constaté »

« L’État a encouragé et encourage encore à s’équiper ainsi afin d’utiliser de moins en moins les énergies fossiles, rappelle l’employé. En parallèle, l’installation de chaudière à fioul n’est plus possible depuis ce mois de juillet ».

1 million de tonnes supplémentaires de granulés réparties entre 2021 et 2024

« Oui, il y a une pénurie de granulés, admet-il. Mais elle n’est que provisoire. Les gens se sont jetés sur les poêles et chaudières à pellets. Cet engouement n’a pas été correctement anticipé pour la production de granulés. Il faudra plusieurs années pour que tout s’équilibre mais cela va arriver. »

En ce sens, Propellet France, association nationale du chauffage au granulé de bois/pellet, assure que : « Grâce à l’extension de certaines lignes de production et la construction de nouvelles usines de granulation , la filière prévoit 1 million de tonnes supplémentaires réparties entre 2021 et 2024 et un doublement de la capacité de production d’ici 2028 ».

« Une pénurie qui n’est que la première d’une longue série »

Pour lui, les raisons sont multiples. « La demande dans ce mode de chauffage a explosé. Des aides de l’État ont été distribuées pour s’équiper, chose que les gens ont logiquement suivi. Ce n'est que mon avis mais je pense que le problème n’est pas les retentions d’approvisionnements dues à la guerre en Ukraine comme on l'entend souvent, mais au manque de moyens de production en France identités. ((mais il faut deux à trois ans pour construire des unités de production) L’État n’a pas su anticiper cette demande et nous nous retrouvons à présent avec cette pénurie qui n’est que la première d’une longue série ».

Accélération de la demande par peur du manque : 15 sacs en juin 2021. 1 600 en juin 2022.

D’autre part, les consommateurs se sont équipés très tôt cette année. « En juin 2021, j’ai vendu une quinzaine de sacs, partage le directeur. En juin 2022, ce sont 1 600 sacs de 15 kg qui sont partis ! Quand avant je commandais un camion complet, les sacs étaient liquidés en une semaine. Aujourd’hui, si je pouvais recevoir trois camions du coup, il ne faudrait pas plus de temps pour les voir vidés en totalité ».