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Préservation des zones humides : et si Le Chambon montrait la voie à la Haute-Loire ?

Par Susie Carbone , Mise à jour le 30/10/2026 à 06:00

Fossés comblés, débardage à cheval et mares réhabilitées : à La Celle, un chantier de restauration important vient de s'achever. Longtemps méprisées, ces zones humides sont pourtant nos meilleures alliées face aux canicules et aux inondations. A quoi ça sert ?

Longtemps qualifiées de simples "mouillères" à assécher, les zones humides sont en fait bien plus que cela. Qu'il s'agisse de forêts, de prairies ou de tourbières, ce sont en fait de véritables écosystèmes entre terre et eau. Agissant à la manière d'éponges géantes, elles stockent l'eau et la ralentissent lors des pluies, ayant pour effet d'atténuer les crues en restituant l'eau en période de sécheresse. 

Mais ce n'est pas tout ! Comme quoi la nature nous réserve bien des surprises. Elles retiennent aussi les matières azotées et les pesticides, et grand bien en fasse à notre eau potable. Ce qui représenterait une économie de traitement de 2 000 € par hectare et par an. 

Elles sont aussi de merveilleux petits nids pour des espèces végétales menacées, des amphibiens et des oiseaux. Loin de l'image de la parcelle de boue, elles constituent un écosystème vital qu'il convient de protéger et de restaurer.

Le Chambon, bon élève 

Au Chambon-sur-Lignon, c'est un cas d'école, et la commune est bonne élève. 

La zone de La Celle a longtemps été banalisée, mais en 2022 et 2024, le Conservatoire d'espace naturels (CEN) d'Auvergne a réalisé un diagnostic édifiant. 

Pourtant, dès les années 80, un tiers de la zone a été artificialisée avec un réseau de fossés drainant de 80 cm de profondeur. À l'époque, il s'agissait d'assécher les lieux, mais ces fossés ont trop bien marché. L'effet drainant s'est étendu jusqu'à 20 mètres de part et d'autre des tranchées, altérant le ruisseau, désormais à sec avec les canicules dès le début de l'été. 

C'est pour inverser la tendance qu'un chantier a été mené en septembre, pour un coût total de 90 000 €, financé à 70 % par l'Agence de l'eau Loire-Bretagne, 20 % par EDF, 6 % par Valorem et 4 % par la commune. 

D'ici un an, l'herbe aura reverdi la zone humide.
D'ici un an, l'herbe aura reverdi la zone humide. Photo par SC

Objectif ? Supprimer plus de 300 mètres linéaires de fossés en les comblant à l'aide de panneaux en bois. Pour ne surtout pas écraser le sol, les travaux ont été réalisés sur terre sèche, avec des mini-pelles et des brouettes motorisées. Le débardage fut fait par des bûcheronnes du coin, et à cheval pour évacuer les pins abattus sans abîmer la terre... Entre tradition et modernité !

Aussi, les anciennes mares creusées dans les années 50, qui servaient de réserves incendie et s'asséchaient l'été depuis le dérèglement climatique, ont été redessinées avec des berges en pentes douces et des écoulement de contournement pour éviter qu'elles ne se réchauffent. À côté, une pompe à museau a été installée pour abreuver les chevaux de l'éleveur sur le terrain sans qu'ils ne détruisent les berges ni ne s'enlisent. Enfin, clou du spectacle, une ORE (Obligation Réelle Environnementale) a été signée afin de garantir la protection du site sur les 90 prochaines années. 

Il est vital de réparer la nature

Au-delà de la parcelle chambonnaise, ce chantier met en lumière une urgence qui concerne tout un pays. À l'échelle nationale, la France a perdu 50 % de ses zones humides, et 40 % de celles qui subsistent ont été dégradées entre 2006 et 2020. Pourtant, ces milieux situés en tête de bassin-versant, jouent "un rôle de tampon indispensable face au dérèglement climatique", comme le rappelle Guillaume Chevallier, chargé du projet au CEN.

"Les zones humides produisent des services gratuits dont la préservation coûte cinq fois moins cher que le traitement par les organismes publics, avance-t-il. Avec un retour sur investissement estimé sur 17 ans, au Chambon, l'enjeu est aussi d'éviter de nouvelles artificialisations de terrains."

Une bouffée d'oxygène pour la biodiversité, et on espère voir revenir vite les libellules et les espèces d'amphibiens protégés. "On ne multipliera peut-être pas le nombre d'espèces, conclut Guillaume Chevallier. Mais chacune d'entre elle se reproduira davantage et elles seront plus nombreuses."

 

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