C'est le « plus vaste et le plus complet fouillé à ce jour dans le monde antique, permettant d’appréhender toute la chaîne de production monétaire, et de confirmer le statut de capitale des Arvernes attribué à la ville de Corent avant la guerre des Gaules », explique le Conseil départemental du Puy-de-Dôme - qui a soutenu financièrement cette opération, également subventionnée par l’État.
Voilà le résultat des fouilles menées cet été 2026 sur le site de l’oppidum* de Corent. Des recherches menées par Matthieu Poux, archéologue et professeur d’archéologie à l’université Lyon-2, et portées par l’association LUERN (Laboratoire Universitaire d’Enseignement et de Recherche en archéologie Nationale).
Matthieu Poux a dirigé la fouille jusqu'au 10 septembre 2026
*Un oppidum est une ville fortifiée construite sur des hauteurs par les peuples gaulois avant et pendant la conquête romaine.
Les fouilles précédentes avaient révélé l’existence de l'oppidum, ainsi que celle d'un quartier artisanal, d'un théâtre, et d'un atelier de production monétaire.
Un nouvel atelier découvert
Long de 40 mètres et fondé sur de solides murs en pierre, il s'agirait même d'un complexe comprenant en fait cinq à six ateliers contigus. Les indices recueillis montrent que cet atelier a principalement produit des monnaies en or et en argent, émises par le peuple arverne au 1er siècle avant J.-C. Ceci avant que la ville ne soit abandonnée à son triste sort, dans un contexte de guerre, notamment celui de la bataille de Gergovie, qui s'est déroulée à seulement 7 km au nord de Corent.
La bataille de Gergovie
La bataille de Gergovie a eu lieu en 52 avant J.-C, opposant les troupes de Jules César aux Arvernes, dirigés par Vercingétorix. Les Gaulois remportèrent la bataille, un des principaux revers militaires de César durant la guerre des Gaules.
Des trouvailles d'or et d'argent
Les archéologues ont retrouvé de nombreux outils, ainsi que des fragments de creusets servant à la fonte des alliages. Certains d’entre eux ont conservé d’infimes traces de métaux jaunes ou argentés s’apparentant à de l’or et à de l’argent.
Un disque monétaire en plomb, portant l’empreinte de deux poinçons monétaires correspondant à une variante de statère (pièce en or) a également été retrouvé.
Un disque monétaire avec empreintes de poincons
Photo par Conseil départemental du Puy-de-Dôme
Toute la chaîne de production sur un même site
De plus, certains espaces, dotés de foyers ou de fours et de bassins - alimentés en eau par des canalisations - ont été découverts et étaient manifestement destinés pour certains à la fonte des alliages métalliques, pour d'autres, à la mise en forme des flans (monnaies non frappées) à la production des coins (poinçons monétaires) ou encore à la frappe des pièces.
Le vaste atelier de production monétaire découvert à Corent
Photo par Conseil départemental du Puy-de-Dôme
Même si des analyses permettront de valider les hypothèses des archéologues, cette découverte majeure permet de reconstituer toute la chaîne de production monétaire : fonte des alliages, fabrication des flans, production des coins monétaires, et frappe des pièces, et tend à confirmer le statut de capitale des Arvernes attribué à la ville de Corent avant la guerre des Gaules.
Une terre vouée à la création monétaire ?
Un complexe qui de par son envergure et sa position centrale rappelle les établissements publics d’émission de la monnaie connus : Athènes, Thessalonique ou encore Rome.
Et coïncidence ou non, c'est en contrebas de ce site de Corent, sur la commune de Longues, qu'a été construit en 1919 un bâtiment qui deviendra en 1923 un centre papetier, et en 2015, une filiale de la Banque de France.