La saison apicole s'étend habituellement de mars-avril jusqu'à août. Cette année, tout avait pourtant bien commencé. Les pluies printanières et des températures clémentes avaient offert des conditions favorables aux colonies, laissant espérer une belle récolte.
Mais la première vague de chaleur de juin a changé la donne. La sécheresse s'est rapidement installée, tarissant les ressources des abeilles et mettant les colonies à rude épreuve. Trois apiculteurs altiligériens témoignent des conséquences de ces épisodes de canicule sur leur activité.
« Le printemps a sauvé la saison »
Pour Yannick Martin, apiculteur récoltant à Bains, la rupture est nette. « On a eu des soucis de production à partir de la mi-juin sur la production de miel de montagne, mais aussi sur des productions de miel où on va chercher la lavande en Basse-Ardèche ou Drôme. La sécheresse a marqué la baisse de la production. »
« Toutes les fleurs sont grillées pour la période d'été. Les abeilles souffrent de la chaleur dans les ruches, où la température grimpe si elles ne sont pas à l'ombre. Il y a aussi très peu de fleurs, donc très peu de pollen, très peu de nectar pour qu'elles se nourrissent. »
L'apiculteur souligne toutefois que le printemps a permis de limiter les dégâts. « On a eu un printemps qui a été assez sympa. Il a fait beau assez tôt, donc le printemps a sauvé la saison. » Malgré cela, les miels de montagne, récoltés entre fin juin et début juillet, ainsi que les miels de lavande figurent parmi les plus touchés le concernant.
Yannick Martin, Alti Miel
Photo par Hugo Uliana
Perte de 30 %, seaux d'eau et bouts de bois
À Saint-Jean-Lachalm, l'apiculteur Stéphane Pays observe lui aussi les effets directs des fortes températures sur ses colonies. « Quand ça dépasse 30 °C, les abeilles ne font plus rien, elles vont chercher de l'eau. »
Pour éviter que les insectes ne s'épuisent, il adapte ses pratiques. « On est obligés de leur mettre des seaux d'eau avec des bouts de bois pour qu'elles flottent. »
Conséquence directe sur la récolte : « Sur la production, j'ai observé une perte de 30 %. » Concrètement, cela représente environ six kilogrammes de miel en moins sur des ruches qui produisent habituellement autour d'une vingtaine de kilos.
Stéphane Pays a observé une perte de 30 % cette saison
Photo par Hugo Uliana
« On en est à faire des prières »
Apiculteur à Saint-Geneys-près-Saint-Paulien depuis vingt ans, Christophe Avont évoque la pénibilité de la chaleur : « C'est très dur physiquement de travailler avec une combinaison. Dès midi, ça devient insupportable. C'est aussi très dur pour les colonies, elles ont vraiment chaud. »
Pour maintenir une température acceptable dans la ruche, les abeilles consacrent une grande partie de leur énergie à ventiler. « Elles se mettent en ventilation avec leurs ailes et ça leur demande beaucoup d'énergie », explique-t-il.
Comme ses confrères, il se souvient d'un excellent début de saison. « La première partie de la saison, jusqu'à la première canicule de juin, a été très bonne. On a eu de belles pluies au printemps. » Puis tout s'est accéléré. « Ça s'est arrêté très vite, fin juin, c'était déjà plié et là, il semblerait que la saison soit finie. »
L'espoir repose désormais sur une ultime récolte. « On se dirige vers une fin de saison assez précoce, il reste encore une chance sur deux pour que le miel de sapin marche. On en est à faire des prières. »
Christophe Avont fait ce métier depuis 20 ans
Photo par Hugo Uliana