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La Haute-Loire face aux inégalités d’accès aux soins

Par nadia , Mise à jour le 20/05/2026 à 17:20

Départs à la retraite, difficultés de recrutement, délais qui s’allongent … Alors qu’une étude de la fondation Jean-Jaurès et de Doctolib met en lumière les inégalités d’accès aux soins en France, les médecins altiligériens décrivent une situation appelée à durer.

« Pendant 15 à 20 ans, on a perdu des médecins. » résume Roland Rabeyrin, président du syndicat des médecins généralistes en Haute-Loire. Malgré les mesures prises ces dernières années, il estime qu’il faudra encore « une dizaine d’années » avant une amélioration réelle.

« Les difficultés sont quand même bien réelles »

Pour les médecins du département, certaines zones restent particulièrement fragiles. Roland Rabeyrin cite notamment le secteur de Cayres-Pradelles, où un médicobus a été mis en place par la Communauté Professionnelle Territoriale de Santé (CPTS) Velay Sud pour compenser la baisse du nombre de praticiens.

Lancé le 20 avril, le dispositif intervient quotidiennement à Costaros, Landos et Pradelles. À Landos, un médecin devrait prochainement partir à la retraite, ce qui ne laisserait plus qu’un seul médecin à Cayres. À Costaros, le centre de santé fonctionne avec deux médecins présents chacun une journée par semaine.

« C’est ce qui nous a amenés à mettre en place un médicobus » explique le praticien.

Mais la médecine générale n’est pas la seule concernée. « Sur certaines spécialités, c’est encore plus tendu », estime Roland Rabeyrin. Selon lui, les délais d’accès aux spécialistes compliquent désormais fortement le travail des généralistes, parfois contraints de gérer seuls certaines situations faute d’orientation rapide.

Malgré ces tensions, il juge la Haute-Loire « relativement bien placée » concernant le nombre de patients sans médecin traitant, notamment grâce au travail mené par la CPAM et les professionnels libéraux. Il cite aussi les structures de soins non programmés comme le Centre Médical de Soins Immédiats au Puy ou EFFIC Santé à Yssingeaux.

95 % du département concerné par des aides à l’installation

Le nouveau zonage, établi par l’ARS et entré en vigueur au 1er janvier 2026, illustre aussi ces difficultés d’accès aux soins.

Selon l’Agence régionale de santé, pour les médecins généralistes, 158 des 257 communes de Haute-Loire sont classées en zone d’intervention prioritaire (ZIP), ouvrant droit à des aides spécifiques à l’installation. Parmi elles figurent notamment Coubon, Langeac, Lavoûte-Chilhac, Loudes, Mazeyrat-d’Allier, Saugues ou encore Le Monastier-sur-Gazeille.

86 autres communes sont classées en zone d’accompagnement complémentaire (ZAC), dont Le Puy-en-Velay, Brives-Charensac, Blavozy ou Saint-Julien-Chapteuil.

Au total, 95 % du département est donc concerné par des dispositifs d’aide à l’installation des médecins généralistes. Seules 13 communes restent hors zonage, parmi lesquelles Bas-en-Basset, Monistrol-sur-Loire, Tence ou Beauzac.

L’ouest du département apparaît particulièrement touché, même si certaines parties de l’est ne sont pas épargnées.

Carte "Zonage conventionnel des médecins généralistes" - ARS Auvergne Rhône Alpes

L’étude Jean-Jaurès-Doctolib s’intéresse également aux délais d’obtention des rendez-vous. Peu de données sont disponibles pour la Haute-Loire, faute d’un nombre suffisant d’utilisateurs sur la plateforme. Les chiffres disponibles indiquent néanmoins un délai médian de 4 à 5 jours pour obtenir un rendez-vous chez un généraliste en 2025, soit une hausse de 0,5 jour depuis 2023. Au niveau national, ce délai est stabilisé à trois jours.

Carte extraite de l'étude "Cartes de France 2026 de l’accès aux soins." jean-jaures.org
Carte extraite de l'étude "Cartes de France 2026 de l’accès aux soins" jean-jaures.org

« Dans certains hôpitaux, il ne resterait plus grand monde »

Le président du syndicat évoque également le recours croissant aux médecins formés à l’étranger, notamment à l’hôpital. Plusieurs médecins roumains se sont aussi installés en Haute-Loire ces dernières années, parfois via des « chasseurs de tête ».

« Si on enlevait tous les médecins qui n’ont pas été formés en France dans certains hôpitaux, il ne resterait plus grand monde. » avance Roland Rabeyrin.

Dans les cabinets, les praticiens tentent de préserver des créneaux pour les urgences ou les consultations rapides. Mais l’équilibre devient difficile à tenir.

« On est un peu dans le monde de l’immédiat. Beaucoup de patients veulent tout, tout de suite. » souffle-t-il.

Du côté des autres professions de santé, les données de l’ARS montrent notamment un zonage partiellement sous-doté pour les orthophonistes, tandis que Le Puy-en-Velay est considéré comme sur-doté. Les sages-femmes affichent quant à elles des délais d’attente compris entre 15 et 21 jours, en hausse de deux jours entre 2023 et 2025.

L’étude nationale confirme également les fortes tensions sur certaines spécialités. Au niveau national, les délais médians pour obtenir un rendez-vous atteignent 42 jours chez les cardiologues, 32 jours chez les dermatologues ou encore 21 jours chez les ophtalmologues.

Ces mêmes chiffres, illustrés sur un graphique
Graphique extrait de l'étude "Cartes de France 2026 de l’accès aux soins." jean-jaures.org

Des spécialités qui figurent aussi parmi les moins représentées en nombre de praticiens. La densité nationale est estimée à seulement 3,6 dermatologues pour 100 000 habitants, 6,5 ophtalmologues ou encore 7,6 cardiologues.

Une crise appelée à durer

Pour Roland Rabeyrin, les difficultés actuelles sont le résultat de plusieurs décennies de baisse du nombre de médecins, toutes spécialités confondues.

« Les mesures ont été prises beaucoup trop tardivement » estime-t-il.

Le médecin rappelle que le numerus clausus concernait l’ensemble des spécialités médicales. Selon lui, les pouvoirs publics auraient pu anticiper les départs à la retraite grâce à la pyramide des âges de la profession.

Aujourd’hui, il observe toutefois un « point d’équilibre » au niveau national entre les médecins qui cessent leur activité et ceux qui s’installent. Mais cela ne suffira pas à combler rapidement les pertes accumulées.

« Il faut faire le gros dos pour passer toutes ces années avant que le nombre de médecins remonte. »

Le praticien souligne également que les besoins augmentent avec le vieillissement de la population et la multiplication des pathologies chroniques. Former davantage de médecins demande aussi du temps, des enseignants et des capacités d’accueil supplémentaires dans les facultés.

Il observe enfin une évolution des modes d’exercice : les jeunes générations cherchent davantage à préserver un équilibre entre vie professionnelle et vie familiale.

« Les jeunes médecins sont dans des organisations de vie différentes. » résume-t-il.

Malgré les dispositifs mis en place et l’augmentation progressive du nombre d’étudiants en médecine, il ne croit pas à une amélioration rapide.

« Il faut faire le gros dos pour passer toutes ces années avant que le nombre de médecins remonte. » conclut-il.

  • Pour consulter l'étude "Cartes de France 2026 de l’accès aux soins." Jean-Jaurès - Doctolib, suivez ce lien.
  • Pour consulter les cartographies en vigueur des zonages des professionnels de santé en Auvergne-Rhône-Alpes, suivez cet autre lien.

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