Frédérique Braemer, Stéphanoise de 56 ans, mariée et mère de trois enfants, n’était pas destinée à la médecine… ni à la Haute-Loire. Pourtant, c’est ici qu’elle a construit une carrière aussi exigeante que passionnante, au gré des opportunités et des épreuves.
De la pratique à la passion
Malgré un profil scientifique et un environnement familial tourné vers le médical, Frédérique Braemer n’avait pas de vocation toute tracée.
« Je ne savais pas trop ce que j’allais faire. »
Elle choisit médecine pour la diversité des débouchés. Travailleuse, elle réussit le concours, mais doute en 4e ou 5e année, faute d’avoir trouvé sa voie. Elle envisage l’anesthésie-réanimation, mais n’obtient pas le classement nécessaire. Elle pense d’abord à repasser son internat mais un stage aux urgences change tout.
Attirée par la variété et le rythme, elle s’y épanouit. Entre études, stages et petits boulots pour vivre, l’idée de repasser le concours s’éloigne.
Faute de postes à Saint-Étienne, ses supérieurs lui suggèrent la Haute-Loire. Peu convaincue au départ, elle découvre Le Puy-en-Velay « un jour de carte postale ». Avec son mari, ils décident de tenter. Le couple, alors parents d’un petit garçon, se résout finalement à y rester.
Une vocation trouvée à l’hôpital
Aujourd'hui encore, après plus de 30 ans de pratique urgentiste, elle continue de s’épanouir dans son métier : « J’adore et je défends l’exercice hospitalier. »
Elle y trouve une richesse qui la comble : formations continues, échanges entre spécialités, stimulation permanente.
« On apprend tout le temps. Il y a une vraie émulation intellectuelle. »
Malgré un travail à temps plein et la gestion des plannings du service, Frédérique passe une dizaine de diplômes supplémentaires grâce aux formations financées et incitées par l’hôpital. Après 15 ans aux urgences, elle se lance en 2017 dans une nouvelle voie : la médecine légale.
Une double casquette urgentiste et légiste
Médecine légale
La médecine légale comprend :
- la thanatologie (examens post-mortem),
- la médecine du vivant.
Au centre hospitalier Émile Roux, seule la médecine du vivant est pratiquée. Les autopsies sont réalisées au CHU de Saint-Étienne.
Encouragée par un collègue, elle suit un DU (Diplôme universitaire) d’expertise des dommages corporels, puis intègre une formation sélective en médecine légale à Montpellier, sous la direction du professeur Eric Baccino.
Pendant deux ans, elle alterne entre Le Puy et Montpellier, partageant son temps entre urgences où elle effectue toujours un temps plein mais sur trois semaines et formation la quatrième.
Autopsies le matin, consultations médico-légales du vivant et cours l’après-midi, voici une nouvelle discipline qui la passionne, sans remplacer les urgences.
Médecine légale du vivant à l’hôpital Émile Roux
À l’unité médico-judiciaire, elle intervient sur réquisition judiciaire auprès de victimes de violences (physiques, sexuelles, psychologiques) ou d’accidents.
Elle réalise des examens médicaux à la demande du procureur, puis transmet ses rapports aux autorités judiciaires.
Elle reçoit aussi des patients hors réquisition, orientés par des associations ou structures d’accueil, notamment pour des certificats médicaux.
Cancer et changement de regard
En 2020, alors que la crise du Covid retarde ses examens jusqu’au mois d’octobre, un cancer agressif du sein lui est diagnostiqué dans le même temps.
Pendant son arrêt, elle apprend qu’elle a validé son diplôme.
« Je disais toujours : "je me reposerai quand je serai morte". Quand la maladie est arrivée, ça ne m’a plus fait rire du tout. »
Elle reprend le travail en février 2022, après quinze mois d’arrêt et commence enfin son activité en médecine légale.
Mais cette épreuve transforme profondément sa pratique.
« Aux urgences, tout est très intense mais court. On rentre chez nous et on essaie de passer à autre chose. On se dit que ça n’arrive qu’aux autres. »
Confrontée à la maladie et au deuil, elle développe une approche plus empathique.
« Aujourd'hui, je ne suis pas le même médecin que j’étais avant de connaître la maternité, le deuil, la peur de mourir moi-même ; et je pense que ça fait évoluer et tant mieux, c’est un mal pour un bien. Ça nous permet de prendre conscience de beaucoup de choses. Je vois les choses différemment, de manière moins technique, plus humaine. »
Désormais en rémission, elle partage son temps entre urgences (60 %) et médecine légale (40 %), notamment avec l’ouverture de la maison des femmes.