Un an après leur lancement, les lignes BlaBlaCar – Hugon vers Clermont-Ferrand et Lyon ont été interrompues faute de fréquentation suffisante, illustrant la difficulté de développer de nouvelles offres de mobilité régionale.
Le lundi 28 avril 2025 ouvraient des connections quotidiennes au départ du Puy-en-Velay et en direction de Lyon et de Clermont-Ferrand. Des lignes ouvertes d’après la demande locale et mises à des horaires différents des trains régionaux, pour compléter l’offre de transports locaux.
Pour cela, Hugon Tourisme et BlaBlaCar se sont alliés sous une forme inédite pour la plateforme de réservation – la franchise – dans le but de mutualiser les points forts de chacun :
- la connaissance du marché local et la visibilité territoriale pour Hugon Tourisme
- la maturité de la plateforme de réservation de BlaBlaCar
Ces nouvelles lignes ont été pensées pour offrir :
- des trajets directs avec un seul arrêt intermédiaire (Brioude et Saint-Étienne), sans changement
- des temps de parcours légèrement réduits (de 10 à 15 minutes)
- des tarifs jusqu'à deux fois moins chers que ceux des TER aux horaires les plus proches
Là où les avantages étaient là pour certains, ils ne l’ont visiblement pas été pour la plupart.
Place au bilan ou Hugon assume les risques
Un an plus tard, Zoomdici a contacté Florian Lavaure, président de Hugon Tourisme et Clémence Perrard responsable communication chez BlaBlaCar pour savoir si l’expérience a pris.
Le Puy-en-Velay → Clermont-Ferrand, a été rapidement retiré – au bout d’à peine deux mois – en raison d’un trop faible nombre d’usagers : « au mieux, dix personnes par trajet » confie Florian. « Je pense que les gens du Puy sont plus tournés vers Saint-Étienne que vers Clermont-Ferrand », poursuit-il. Ce manque de fréquentation faisait perdre trop d’argent à Hugon lequel, au vu de la forme de l’engagement avec BlaBlaCar, est le seul à subir les pertes financières.
En effet, le système de franchise protège BlaBlaCar du risque financier : la plateforme fournit sa marque et sa technologie, mais n’investit pas dans l’exploitation des lignes. Hugon, en tant que franchisé, assume tous les coûts liés aux bus, au personnel et au carburant mais « peut résilier le contrat si l’activité n’est pas rentable », explique Florian.
Le Puy-en-Velay → Lyon, a quant à elle été arrêtée début 2026 – après quelques mois – également à cause d’un taux de remplissage, cette fois-ci trop aléatoire, renvoyant à des pertes mensuelles non tenables sur la durée, déplore le transporteur. « Saint-Étienne → Lyon a un taux de remplissage énorme côté SNCF », qui s’est vérifié en partie du côté d’Hugon mais « Le Puy-en-Velay → Saint-Étienne n’a malheureusement pas suffisamment pris », complète Florian.
Les deux acteurs ont donc arrêté leur collaboration sur ces deux lignes. Clémence confirme, sans ajouter plus d’information.
Pourquoi ça n’a pas marché
« Quand on prend un billet sur BlaBlaCar, on a un questionnaire à la fin », précise Florian. Celui-ci a fait remonter du positif en ce qui concerne les horaires, les conducteurs – encensés et par les usagers et par Florian – ainsi que la qualité du service.
Seul point négatif remonté : le tarif. « Pas assez avantageux » selon les retours.
Il semblerait, selon Florian, que le tarif ne soit avantageux que pour les clients ne bénéficiant pas de réductions via des abonnements. Un point qui a donc pesé lourd dans le choix des usagers, révélant ainsi leur priorité et, potentiellement, le type de clientèle intéressée.
D’autres projets mis de côté à cause des variations du cours du pétrole
Au lancement de ces lignes, les deux acteurs espéraient pouvoir rapidement rajouter des rotations et d’autres trajets mais l’expérience en a voulu autrement : « On a essayé ça n’a pas marché », se résout le transporteur.
Face à l’incertitude présente et à venir autour du prix du baril de pétrole et les tarifs actuels du gazole, Florian prend la précaution de rester sur les lignes qui sont rentables. Les autres projets sont donc pour le moment laissés de côté :
« Avec le recul, on était en train de regarder d’autres projets – toujours en tant que lignes BlaBlaCar Bus – mais les risques financiers dus à l’augmentation du prix du gazole sont trop importants », résume Florian
Pour le moment, les deux acteurs continuent de travailler ensemble sur une autre ligne Lyon → La Plagne en hiver, pour le ski. Et qui sait, peut-être qu’un jour une offre de mobilité plus adaptée aux besoins des usagers sera possible. Hugon Tourisme et BlaBlaCar restent mobilisés.
« C’était une bonne année pour essayer. Ça nous fait une expérience », conclue le transporteur.