Cette décision, lourde et difficile pour Emmaüs 43, reflète l’ampleur de la crise textile qui touche l'association et les nombreuses structures locales. "Nous devons stopper l’accueil des dons de textiles jusqu’à nouvel ordre", partage l'entité qui ne cesse de se démener pour fournir des biens très peu chers à qui veut.
Les portes-paroles de l'association humanitaire soulignent que depuis le mois de novembre, les plateformes de collecte telles que le Tri d’Emma ont cessé leurs ramassages. Les conséquences sont la saturation des locaux d'Emmaüs 43.
"Le stockage est devenu très problématique, s'inquiètent-ils. À ce jour, nous ne sommes pas en mesure de savoir quand les collectes reprendront".
70% des dons ne sont pas réemployables
Si ce problème se positionne en aval de la chaîne, deux autres écueils d'envergure se placent en amont. Le premier est l'état des vêtements donnés. "Il est important de préciser que ce ne sont pas les textiles que nous revendons qui nous restent sur les bras, mais bien ceux que nous ne pouvons pas valoriser", déplore l'association.
D'après Emmaüs 43, des tonnes d'articles confiés sont trop abîmées, tachées ou trouées. Un T-shirt taché... qui l’achèterait ?
En ce sens, l'association partage un chiffre ahurissant. 70% des dons ne sont pas réemployables car irrécupérables. "Ces vêtements sont malheureusement très difficiles, voire impossibles, à revaloriser", se désole l'entité altiligérienne.
Le dilemme aussi inédit que déplorable : trop de dons car bien trop de consommation.
Photo par Emmaüs 43
Tous acteurs d'une consommation à outrance
Le second problème de taille est le comportement des consommateurs du XXIième siècle. L'achat facile et pas cher, de tout et partout, par le biais notamment de site internet où des articles de qualités médiocres sont proposés par milliard.
Les collections été, les soldes d’hiver, les ventes privées, les offres exceptionnelles pour "bien préparer la rentrée", les chaussures de contre-façons, les sous marques, les fausses marques… Tout est orchestré pour une consommation à outrance et compulsive de produits mauvais à des prix excessivement bas issus de volumes de production massifs. Combo gagnant de la Fast Fashion.
Ce phénomène, qui s’est intensifié au fil des décennies, impose un rythme effréné, soutenu par des conditions sociales et environnementales souvent déplorables.
"Cette mode jetable entraîne un cycle de vie très court des vêtements", abonde en ce sens l'association. Avant d'ajouter : "Elle inonde le marché de la seconde main avec produits de faible qualité, difficilement recyclables ou réemployables. Et c’est là que la crise textile entre en scène".
Et si nous changions tous nos habitudes
Emmaüs Haute-Loire souhaite apporter tout de même un élan d'espoir dans cette absurdité de consommation que nous alimentons tous. "Nous voulons sensibiliser le public aux conséquences de la Fast Fashion. Il est essentiel que le réflexe de la seconde main devienne une priorité pour chacun. Si cette idée commence petit à petit à s’installer dans les esprits, elle n’est pas encore systématique".
Les responsables poursuivent : "À travers ses activités de réemploi, Emmaüs 43 se doit d’informer et sensibiliser le grand public à ces enjeux. Dans cette optique, des portes ouvertes seront organisées le mercredi 4 mars, à destination de tous".
Pour terminer en ces termes : "Ce sera l’occasion de découvrir les coulisses du tri, de mieux comprendre les impacts de cette crise et de découvrir la seconde main sous un autre regard".
Des tonnes et des tonnes de vêtements tapissent tous les coins des locaux d'Emmaüs 43.
Photo par Emmaüs 43