Le 1er mai, fête des travailleurs et travailleuses, célèbre les conquêtes sociales du monde du travail et est reconnu dans une grande partie du monde. Institué en 1890, il est inscrit dans le Code du travail à l’article L3133-4. « C'est le seul jour férié qui est chômé et payé » rappelle Pierre Marsein, secrétaire général de la CGT. Ce jour-là, l’employeur ne peut imposer le travail, sauf exceptions prévues par la loi. Depuis 1947, certaines activités essentielles, notamment dans la santé ou les transports, peuvent toutefois fonctionner.
« C'est quand même 100 ans de lutte sociale. » Pierre Marsein
Cette date est marquée par des événements douloureux, « la répression autour du 1er mai a été terrible avec des morts au sein des salariés », rappelle Pierre Marsein. Face à la proposition actuelle, l’intersyndicale affirme clairement : « on demande que cette journée-là ne soit pas passée à la moulinette. »
Une remise en cause du Code du travail
Pour les syndicats, cette proposition de loi constitue une attaque directe contre le droit du travail. « c'est une manière d'allonger le temps de travail sur l'année », dénonce Pierre Marsein. Au-delà du symbole, la suppression du caractère chômé et payé du 1er mai entraînerait une perte de droits et de revenus, notamment pour les salariés des petites entreprises. Pierre Marsein rappelle également « qu'il ne faut pas de salariés, mais le patron, s'il veut ouvrir, il a tout à fait un droit.»
Julien Paintandre, délégué à la FSU, critique les arguments avancés, estimant que les préoccupations réelles des Français sont bien éloignées de la question de savoir « comment trouver un morceau de pain ou une baguette un 1er mai. ». Selon lui, les enjeux prioritaires restent l’emploi, le logement, l’accès aux services publics et à la santé, particulièrement dans les territoires ruraux. Il dénonce ainsi « un argument profondément démagogique. »
Alors que « ce jour férié est quasiment présent dans tous les pays », les syndicats y voient une régression sociale.
Une mesure au profit des grandes entreprises
Les organisations syndicales doutent de l'aspect volontaire de la démarche, accentué par la perte de salaire d'une journée qui était jusqu'alors chômée et payée. « Si on légifère sur ce truc-là, on autorisera toutes les grandes surfaces à ouvrir parce que les salariés n'auront pas le choix, contrairement à ce qu'on veut essayer de faire croire.»
« Ce sont les grandes surfaces qui en bénéficient et qui font concurrence alors que les petits commerces tiraient un petit chiffre d'affaires ce jour-là avant que toutes les grandes surfaces soient ouvertes ». Pierre Marsein
Le travail du dimanche en est déjà un exemple, selon Chantal Gros, déléguée à la CFDT: « maintenant les jeunes qui arrivent sur le marché du travail, le dimanche est intégré à leur contrat de travail ce n'est plus du volontariat. » Les syndicats soulignent également que les compensations financières accordées aujourd’hui aux salariés travaillant le dimanche pourraient disparaître à terme, transformant ce jour en « un jour travaillé comme tous les autres » déclare l'UNSA.
Des exceptions appelées à se généraliser
Les syndicats craignent un mécanisme bien connu : « chaque fois qu'un principe est remis en cause, la dérogation s'étend progressivement à toutes et tous. » Comme le rappelle l'UNSA « Le travail du dimanche, au fil des années, on voit bien qu'il se généralise, qu'il se banalise, qu'il est de plus en plus fréquent. »
Le 1er mai suivrait alors la même logique, dont les principes risquent d’être progressivement remis en cause, « le premier mai, c'est la même chose, mais le symbole est encore plus fort, parce que la fête du travail.» En attendant la décision les syndicats se tiennent prêts « on ne se laissera pas se faire voler le 1er mai » conlut Pierre Marsein.